Bonjour, voilà j'ai un exposé a faire sur le personnage de Don José dans Carmen de Mérimée.
Le Sujet est " Pourquoi peut on dire que l'existence de Don José l'entraîne vers la déchéance ? "
J'ai déjà fait l'introduction sans trop de difficultés mais je n'arrive pas à faire le plan.
Si quelqu'un pouvait me donner quelques idées je le remercie d'avance.
Bonjour bonjour !
Graou, que cela est stimulant d'intervenir à nouveau sur ce forum.
Je vais me donner un peu de libertés pour cette réponse _ après tout cela est aussi une bonne occasion de parler pour soi.
L'existence et la destinée de Don José ne diffère pas beaucoup d'un certain type de destinée échue à toute une génération de jeune héros romantiques. De préférence naïfs, provinciaux, relativement aisés, et lancés ou plutôt propulsés hors de la sphère aux moeurs pures de la famille, pour y faire connaissance avec le démon des villes. Nous avons le choix : qu'ils s'appellent Fabrice DelDongo (la chartreuse de Parme, Stendhal), Lucien de Rubembré (Les illusions perdues, Balzac) Le Chevalier, amant de Manon Lescaut (L'abbé Prévost), ou Nathanaël (Hoffmann, pour ne pas nous focaliser uniquement sur notre tricolore nombril) il s'agit bien toujours du même personnage de jeune naïf, aux conceptions du monde entièrement pures, pétri d'honneur et de piété familiale, émotif et sensible aux beautés du monde. Avec les répugnances que je mets à manipuler ce mot, je pourrais presque le qualifier d'"archétype" : car il s'agit bien d'un type, en lequel le romantisme s'est entièrement reconnu, et qu'il s'est entièrement approprié, au point de le ressortir sous des noms différents _ mais au fond nous imaginerions parfaitement Lucien de Rubembré ou Rastignac dans les postures de Don José.
C'est en effet une des caractéristiques fondamentales du personnage romantique : il est sans expérience à priori. Il peut convenir à toutes les aventures, car aucune aventure n'a encore eu d'impression sur lui : il découvre le monde effervecsant d'une capitale, d'une grande ville, la concentration des intrigues et des drames humains, les répugantes facettes de ce kaléidoscope où tous les vices ont leur place, et lui dont la compréhension est encore pleine de naïveté, va devenir leur proie potentielle. Informe, il va se former, sous l'effet de la première influence qui va vouloir en faire l'épreuve. Pour Rastignac, c'est un bandit. Pour DonJosé, c'est la Carmencita.
La nature de l'influence en effet est décisive pour la forme que va prendre la destinée du jeune homme. Nous connaissons déjà assez la Carmencita pour comprendre, avant même leur véritable rencontre, à quel point son détournement d'un homme dont le fond est honnête a été désastreux : l'épisode par lequel le narrateur nous raconte sa propre rencontre avec cette créature ne laisse pas d'équivoque quant à sa nature. Nous la savons trompeuse, vénale, sans scrupules, coléreuse, irrésistible, envoûtante. "Tu es le diable" lui dit Don José. Là est toute la fatalité du destin de ce jeune égaré : il a passé un pacte avec le démon. Il ne peut ni se révoquer ni se soustraire.
Et de fait, nombreux sont les personnages romantiques qui ont contracté ce pacte : Faust, Frankenstein, Nathanaël, mais aussi le personnage de la nouvelle célèbre de Cazotte (le diable amoureux ), Rastignac… Le pacte a été signé à l'usine des cigarillères : Et prenant la fleur de cassie qu’elle avait à la bouche, elle me la lança, d’un mouvement du pouce, juste entre les deux yeux. Monsieur, cela me fit l’effet d’une balle qui m’arrivait… Je ne savais où me fourrer, je demeurais immobile comme une planche. Quand elle fut entrée dans la manufacture, je vis la fleur de cassie qui était tombée à terre entre mes pieds; je ne sais ce qui me prit, mais je la ramassai sans que mes camarades s’en aperçussent et je la mis précieusement dans ma veste. Première sottise!
La Carmencita n'est -elle pas maîtresse enchanteuse dans l'art d'envoûter ? Ne lit-elle pas l'avenir ? Ne connaît-elle pas l'issue de son destin à des signes qu'elle déchiffre à même la nature ? Les bohémiens n'entretiennent-t-ils pas dans l'imaginaire collectif la figure qui se rapproche le plus des sorcières de sabbat, invocatrices du diable ?
Oui, la Carmen est sorcière. En tant que sorcière elle connaît l'avenir de son "Minchujo" et le sien, et loin de vouloir l'empêcher, elle s'y précipite au contraire, car elle sait leurs destinées irrévocables.
L'irrévocabilité, est une des caractéristiques de ce destin que je traiterais. L'irrévocabilité liée au pacte démoniaque.
A la lumière de ces réflexions (bon, je ne me relis pas, on va dire que tout cela était cohérent) , ayant énoncé ces réflexions dis-je, je me sens mûre pour proposer un plan dont l'idée générale se présenterait comme ceci (aux variantes près… )
Tout d’abord il serait bienvenu de traiter du caractère fondamentalement naïf et sans expérience du personnage de don José. Rappeler qui il est, d'où il vient, relever les indices de son peu d'expérience, de sa timidité, de sa bonne éducation religieuse… C'est d'ailleurs un bon soldat : il obéit au doigt et à l'oeil. Il accourt quand on le siffle. Bref, évoquer le peu de résistance spirituelle qu'il est disposé à opposer à une créature aussi rodée et calculatrice que Carmen, à un monde aussi redoutable que celui des bohémiens.
I) La soumission du naïf
II) Le pacte diabolique
Ce titre est assez explicite en lui même. Le pacte diabolique est une métaphore dont l'idée est omniprésente, dans le texte. Elle a été choisie à dessein, l'auteur l'a magnifiquement ménagée par des allusions à répétition, il est absurde de n'en pas traiter.
III) Un destin proleptique (ou "réglé d'avance", si ce terme est trop pédant)
Enfin dans une troisième partie, il n'est peut être pas inutile de faire une parenthèse sur l'intéressante composition de Carmen : qui nous montre Don José à son achèvement avant de nous raconter son histoire. Autrement dit, nous avons déjà le résultat sous les yeux, auparavant que d'en suivre le déroulement. Il n'existe aucune incertitude ainsi _ ou pour parler moderne , aucun "suspens" : nous savons comment tout cela va finir. "prolepse", est le terme de jargon pour désigner cette figure de style. C'est donc un destin proleptique. L'existence de Don José le bandit est posée comme un fait accompli. Aussi, toute son histoire même est vaine. A mesure que progresse son histoire, justement, au lieu d'ouvrir de nouvelles perspectives, elle nous rapproche un peu plus du dénouement que nous connaissons. Elle l'approche un peu plus de la déchéance.
Donc en choisissant cette composition, l'auteur a choisi de ne pas laisser d'espoir à son personnage. Il a choisi de l'entraînner "irrémédiablement" (au sens littéral, il ne peut y remédier) vers la déchéance.
Ce ne sont bien sûre qu'une proposition d'idées en l'air, mais j'espère qu'elle pourront être utiles. S'il y a ici et là quelque idées qui peuvent sembler bienvenues, ce sera déjà ça !
Bon courage, ou bonne continuation. J'aurais bien traité ce sujet en profondeur mais le devoir m'appelle loin de l'ordi !
merci cela m'a beaucoup aidé.