Là, l'action de goûter est présentée comme une certitude : indicatif. Et comme tu le dis toi-même, ce présent de l'indicatif exprime lui aussi forcément un futur… Certes, on peut aussi mettre "goûtera" si l'on y tient, mais dans ce cas non plus cette forme verbale ici n'est pas indispensable au sens.Là, notre débat s'enlise ici, pour finir vers la question : "Le futur est-il nécessaire pour exprimer le futur ?"
Peu importe que l'action soit présentée comme une certitude, nous avons un temps qui est le futur et qui sert à présenter les événements dans le futur. Avec un tel raisonnement basé sur le contexte et le sens implicite que dégage une phrase, nous n'avons pas non plus besoin du passé.
Exemple : "Hé, tu te rappelles le chat d'hier ? Il fait quoi dans le tonneau et il joue à quoi, d'après toi ?"
On évoque le passé, le lecteur sait que c'est du passé, et pourtant, on utilise du présent (selon vous) parce que l'imparfait n'est pas nécessaire au sens déjà établi par le contexte ?
Pourquoi se briser une jambe pour courir ? Le présent sert à évoquer le présent, il a une valeur modale qui permet parfois d'exprimer le passé et le futur, mais ce temps ne doit pas remplacer les autres, surtout lorsque leur utilisation est considérée comme normal ! Passé pour des choses passées, futur pour des choses futures.
Pour un mode (le subjonctif) dont la fonction est justement d'estomper l'actualisation et de mettre en priorité l'accent sur l'interprétation, on ne peut pas véritablement dire qu'il "manque" un temps.Selon Grevisse, à propos du subjonctif :
§1126 b) Aux supports exprimant le doute ou la négation, on peut joindre les supports exprimant une constatation, une certitude, une vraisemblance ou une probabilité, quand ils sont accompagnés d'une négation (explicite ou implicite) ou quand ils sont soit dans une phrase interrogative soit dans une proposition de condition.Ici, on voit bien que l'usage ne tient pas seulement compte de l'interprétation, mais du temps utilisé. Il "manque" bien un temps, si l'on tient compte du fait que les écrivains utilisent l'indicatif pour exprimer des nuances temporelles absentes au subjonctif. "Ne pas croire que" peut être suivi de l'indicatif si on tient à utiliser l'imparfait ou le pqp de l'indicatif, voir le futur.
Cependant, même dans ce cas, l'indicatif est possible si l'on veut marquer la réalité du fait. Ce mode permet aussi d'exprimer des nuances temporelles absentes au subjonctif (surtout si l'on évite l'imparfait et le plus-que-parfait)
Et même pour l'indicatif, mode de l'actualisation, certaines langues n'ont pas un éventail de tiroirs temporels aussi large qu'en français… Je me demande par exemple s'il est des Anglais et des Allemands qui ressentent véritablement comme un manque le fait d'avoir un seul tiroir temporel pour traduire notre imparfait et notre passé simple…Certes, mais la langue qui nous intéresse est le français, ici. Nous avons cette distinction imparfait et passé simple, une horreur pour les non-natifs (et le natifs), et c'est le fondement de notre temps du passé. Et même pour l'anglais (je ne sais pas pour l'allemand), les anglais ont recours à la forme BE + …ing afin de traduire cette idée d'en cours de l'imparfait, calquer sur notre "en train de" pour imiter la progression d'une action au passé. Exemple : "She was eating in the living room when her brother called her."
=> Elle mangeait dans le salon quand son frère l'a appelé (appela).
Les Anglais sont obligés de recourir à un tel subterfuge quand ils veulent exprimer cet aspect en cours, même s'il peuvent se contenter de leur preterit pour les autres actions où on utiliserait l'imparfait en français.