Mes questions sur les modes et les temps
44 réponses · Page 2 / 3
Ah d'accord. Non, je n'ai pas fait exprès, merci de me l'avoir fait remarquer. Je corrige ça. Bonjour,
Pour les phrases suivantes, l'indicatif reste possible, n'est-ce pas ?
"Si jamais j'étais amoureux de vous et l'envie me prenait/prît de sauter sur vous, que feriez-vous ?"
"C'est grâce à cet homme si je mange et que je suis/sois en forme."
J'ai entendu dire que l'usage classique requérait le subjonctif après "et que" remplaçant "et si", mais l'usage moderne permet-il l'indicatif ? Quel mode préférez-vous ?
Merci.
Bonjour.
Dans la première phrase, le "si" exprime une hypothèse, une éventualité.
Et la règle veut toujours que dans ce cas, le "que" qui le reprend soit suivi du subjonctif. Et ici du subjonctif présent, puisque l'éventualité ne concerne pas un fait passé :
Si jamais j'étais amoureux de vous, et que l'envie me prenne de vous sauter dessus, que feriez-vous ?"
Mais on n'est pas obligé de reprendre par que.
Et si l'on choisit de répéter le si, on garde l'imparfait de l'indicatif :
Si jamais j'étais amoureux de vous, et si l'envie me prenait de vous sauter dessus, que feriez-vous ?"
Dans la seconde phrase, le si exprime non plus une éventualité, mais un constat, un fait certain. Donc indicatif.
Si je mange et si je suis en forme, c'est grâce à cet homme.
Mais il convient d'écrire sans "si" :
"C'est grâce à cet homme que je mange et que je suis en forme."
Merci pour votre réponse, Jehan.
Pourtant, j'ai visité plusieurs sites et je suis tombé sur celui-là, qui n'applique pas cette règle :
https://grammaire.reverso.net/3_1_51_si_conjonction.shtml
De même, je viens d'appeler un ami qui a aussi le Grevisse et il m'a dit de regarder ce passage là :
"§1157 : Après que remplaçant si (ou comme si) dans la coordination de propositions conditionnelles (§1078, b, 2°), on met, selon l’usage le plus soigné, le subjonctif. Cependant on trouve aussi l’indicatif."
Ça reste donc possible, non ?
Le présent de l'indicatif peut certes se rencontrer (la preuve avec Reverso), mais le Robert des difficultés rappelle :
Pour éviter la répétition de si en tête de deux propositions coordonnées, on peut remplacer la seconde conjonction par que, qui doit être suivi du subjonctif : Si jamais vous allez à Rome et que vous puissiez y faire un petit séjour, je vous donnerai des adresses (J. ROMAINS). Il en est de même après sauf si, et comme si. L'emploi de l'indicatif après ces tours est incorrect.
On notera que dans l'exemple du Reverso, le verbe de la subordonnée est au présent de l'indicatif, et non à l'imparfait à valeur modale d'irréel comme dans ta phrase.
De toute manière, dans ta phrase, le choix "prenait" que tu proposes est également un imparfait à valeur modale d'irréel, il n'a pas vraiment une valeur d'indicatif au sens strict.
Cela ne m'arrange pas car votre source indique que c'est une faute, et Grevisse affirme que l'on peut le trouver sans affirmer que c'est incorrect.
On notera que dans l'exemple du Reverso, le verbe de la subordonnée est au présent de l'indicatif, et non à l'imparfait à valeur modale d'irréel comme dans ta phrase.
De toute manière, dans ta phrase, le choix "prenait" que tu proposes est également un imparfait à valeur modale d'irréel, il n'a pas vraiment une valeur d'indicatif au sens strict.
Que voulez-vous dire par là ? Que l'imparfait à valeur modale d'irréel est possible après que remplaçant si parce qu'il n'a pas vraiment une valeur d'indicatif ? Que penser alors de Reverso, qui semble utiliser une tournure fautive, selon le Robert des difficultés ?
Effectivement, les avis semblent partagés sur le mode…
Mais puisque tu tiens tant à garder l'imparfait, pourquoi te compliques-tu la vie avec ce que source de problèmes ? Je t'ai également proposé :
Si jamais j'étais amoureux de vous, et si l'envie me prenait de vous sauter dessus, que feriez-vous ?
Ainsi, personne ne risquerait plus de te reprocher quoi que ce soit…
En fait, je n'aime pas la répétition de "si" et je préfère donc le remplacer par un "que". Le comble, c'est que je n'aime pas non plus le subjonctif, donc si je peux ne pas l'utiliser, je ne vais pas hésiter. Peut-être ai-je également une tendance rebelle… allez savoir…
En tout cas, merci beaucoup pour vos réponses, Jehan. 😉
Tu n'aimes peut-être pas la répétition de "si", mais tu as bien aimé la répétition de "vous"… C'était également une intention stylistique ? 😉
Ah, ça, c'est une autre histoire ! 🆒
Post-scriptum… L'avis de Riegel, p. 855 :
Un que reprenant un si se construit avec le subjonctif : S'il vient et que nous ne soyons pas là…
Merci pour ce lien.
Grevisse affirme tout de même une préférence pour le subjonctif…
On pouvait mettre l'indicatif au XVII[sup]e[/sup] siècle… dit-il.
Mais il le dit au passé.
Il note certes qu'on le rencontre encore à l'époque actuelle… mais il ne se mouille pas du tout quant à la correction de la tournure.
Logiquement, vu la référence susdite au XVII[sup]e[/sup] siècle, il devrait y voir au moins un archaïsme.
Oui, j'avoue qu'il ne se mouille pas, mais je prends son silence au niveau du caractère fautif ou non de l'indicatif comme une affirmation de sa validité. Vu qu'il cite des auteurs contemporains ayant utilisé l'indicatif après "que" remplaçant "si", dont Mauriac (Académicien français), ça veut dire que c'est dans l'usage (le Bon usage cite d'autres exemples, donc ce n'est pas une utilisation isolée), et je pense même qu'il est plus courant d'utiliser l'indicatif, notamment dans le registre courant.
Le subjonctif, bien que considéré par vos sources comme seule forme correcte, me parait être une forme soutenue, qui tend à se perdre de nos jours (c'est un avis personnel, mais je le rencontre dans la langue parlée).
Tout dépend alors si tu veux écrire dans un registre soutenu ou dans un registre courant… Mais vu que tu n'aimes pas le subjonctif, je suppose que ton choix était déjà quasiment arrêté au moment où tu as posé la question ! 🙂
Peut-être que vous avez raison, Jehan. Je n'aime pas du tout le subjonctif, ça complique vainement les choses… Surtout qu'il y a des cas où le subjonctif est supposé être de rigueur, mais dont l'utilisation ne permet pas d'exprimer une nuance propre à l'indicatif.
Par exemple :
"Ne pas penser/croire que" requiert le subjonctif.
"Je ne pense pas qu'il soit là". Là, ça va. Mais que faire si on veut exprimer le futur ?
"Je ne pense pas que cet assassin meure sur la chaise électrique car la peine de mort a été abolie." => Nous sommes donc obligé de faire l'impasse sur le subjonctif et utiliser le futur de l'indicatif : "Je ne pense pas que cet assassin mourra sur la chaise électrique car la peine de mort a été abolie."
Peut-être pouvons-nous utiliser une indication temporelle du type "dans deux ans" pour préciser que l'action se passe dans le futur, mais même comme ça, ce n'est pas naturel.
Par conséquent, à chaque fois que je peux ignorer le subjonctif (moche à l'imparfait, dur à appliquer, même pour les français), je le fais avec joie.
Effectivement, le subjonctif n'a pas de futur.
L'actualisation détaillée, c'est la vocation du mode indicatif, qui comporte une impressionnante série de tiroirs temporels, bien plus que tout autre mode.
Le subjonctif n'en a plus que quatre, ce qui est déjà supérieur, tout de même au nombre de temps des modes impératif, conditionnel, infinitif, participe et gérondif.
De façon générale, le subjonctif s'emploie quand l'interprétation du locuteur est plus importante que l'actualisation du fait.
"Je ne pense pas que cet assassin meure sur la chaise électrique car la peine de mort a été abolie." => Nous sommes donc obligé de faire l'impasse sur le subjonctif et utiliser le futur de l'indicatif : "Je ne pense pas que cet assassin mourra sur la chaise électrique car la peine de mort a été abolie."
Obligés ? Et pourquoi donc ? Le futur n'est d'aucune utilité ici.
On se doute bien que l'opinion négative ne nie pas un fait passé (
soit mort) ou présent
(soit en train de mourir). Le sens futur va donc de soi, et c'est bien ainsi que la phrase est comprise.
Quant aux éventuels CC de temps que tu juges non naturels pour le subjonctif… Il me semble que tu es un peu partial, là. 😜 Les juges-tu superflus avec le présent de l'indicatif, quand tu distingues :
Je sors tous les matins. (habitude)
Je sors dans deux minutes. (futur proche)
Je sors l'an prochain. (futur )
Je sors à l'instant.(passé proche) ?
Obligés ? Et pourquoi donc ? Le futur n'est d'aucune utilité ici.
On se doute bien que l'opinion négative ne nie pas un fait passé (soit mort) ou présent (soit en train de mourir). Le sens futur va donc de soi, et c'est bien ainsi que la phrase est comprise.
Disons que le futur au lieu du seul subjonctif présent permet de ne pas avoir de doute entre le futur et le présent, même si le contexte permet souvent d'en faire la différence. Si l'exemple que j'ai présenté semble s'offrir à une interprétation plutôt logique de la situation (bien que je préfère malgré tout le futur), il y a des cas où le futur me parait plus clair :
"Je prépare un gâteau pour mon papa. C'est un gâteau à la fraise, il va l'adorer ! Mais je ne pense pas que maman le goûte."
Quant aux éventuels CC de temps que tu juges non naturels pour le subjonctif… Il me semble que tu es un peu partial, là. tongue Les juges-tu superflus avec le présent de l'indicatif, quand tu distingues : Je sors tous les matins. (habitude) Je sors dans deux minutes. (futur proche) Je sors l'an prochain. (futur ) Je sors à l'instant.(passé proche) ?
Je me suis mal exprimé. C'est l'ensemble de mon exemple précédent qui ne me paraissait pas naturel (j'ai dit que je préférais le futur), et même comme ça, avec le CC de temps, ce n'est pas plus naturel.
il y a des cas où le futur me parait plus clair :
"Je prépare un gâteau pour mon papa. C'est un gâteau à la fraise, il va l'adorer ! Mais je ne pense pas que maman le goûte."
Disons qu'ici le futur aurait "l'avantage" - tout relatif ici - de sortir de l'homophonie indicatif / subjonctif.
Mais logiquement, maman n'a pas encore goûté le gâteau, et elle ne peut pas être en train de le goûter. Donc, quelle importance de préciser que l'estimation de "non-goûtage" concerne le futur ?
Disons qu'ici le futur aurait "l'avantage" - tout relatif ici - de sortir de l'homophonie indicatif / subjonctif.
Mais logiquement, maman n'a pas encore goûté le gâteau, et elle ne peut pas être en train de le goûter. Donc, quelle importance de préciser que l'estimation de "non-goûtage" concerne le futur ?
Et si je remets "ne pas croire" à l'affirmatif ?
"Je prépare un gâteau pour mon papa. C'est un gâteau à la fraise, il va l'adorer ! Et je pense que maman le goûte."
Le problème avec le subjonctif présent, c'est qu'il n'y a pas de futur. Même si la logique permet parfois de combler cette faille, il manque une véritable structure pour montrer qu'il s'agit bien d'un futur. Dans le cas de mon changement au niveau de mon exemple, on peut appliquer votre raisonnement : ici encore, le contexte permet de savoir que maman n'a pas encore goûté. Vu que je suis en train de préparer le gâteau à la fraise, elle ne peut pas le goûter, c'est logique. Est-ce une raison pour ne pas mettre le futur, ici ?
Je prépare un gâteau pour mon papa. C'est un gâteau à la fraise, il va l'adorer ! Et je pense que maman le goûte.
Là, l'action de goûter est présentée comme une certitude : indicatif. Et comme tu le dis toi-même, ce présent de l'indicatif exprime lui aussi forcément un futur… Certes, on peut aussi mettre "goûtera" si l'on y tient, mais dans ce cas non plus cette forme verbale ici n'est pas indispensable au sens.
Pour un mode (le subjonctif) dont la fonction est justement d'estomper l'actualisation et de mettre en priorité l'accent sur l'interprétation, on ne peut pas véritablement dire qu'il "manque" un temps.
Et même pour l'indicatif, mode de l'actualisation, certaines langues n'ont pas un éventail de tiroirs temporels aussi large qu'en français… Je me demande par exemple s'il est des Anglais et des Allemands qui ressentent véritablement comme un manque le fait d'avoir un seul tiroir temporel pour traduire notre imparfait et notre passé simple…