Le ᾱ du féminin vient d'un suffixe indo-européen *h2 ("laryngale deux") ajouté à la voyelle thématique *e. La consonne *h2 change le timbre de la voyelle *e en *a, puis elle tombe et le *a s'allonge (allongement compensatoire).
Ensuite, le groupe *ᾱνς du proto-grec passe à *ᾰνς (dans tous les dialectes), c'est la loi d'Osthoff (voyelle longue + sonante + consonne > abrègement ; il y a quelques exceptions problématiques).
-ανς est conservé dans les inscriptions crétoises. En ionien, le groupe /νς/ est simplifié et un nouvel allongement compensatoire a lieu, d'où *ᾱνς > *ᾰνς > ᾱς. Cet allongement a lieu après le passage de *ᾱ ionien à η, sans quoi on aurait **ης. Enfin le dialecte lesbien diverge des autres avec -ᾰνς > -αις (je ne connais pas assez la dialectologie de l'éolien pour expliquer l'évolution sans me reporter à un manuel…).
PS : l'appellation schwa est totalement désuette aujourd'hui.
Mais cela n'avait rien à faire ici. Désolée…
h2 est une laryngale, je crois …
Edit : désolé, je n'avais pas vu les messages qui suivaient !
Merci à tous ! J'ai de quoi travailler. 😀
Merci également !
Mais Chantraine (cf. le paragraphe sus-mentionné) écrit ceci : Devant consonne "-ans" aboutissait à "-as" avec "a" bref et cette forme a parfois été employée devant voyelle : τροπάς, ἀθρόας, ὄχνας
Je ne comprends pas très bien
Moi non plus je ne suis pas sûr de comprendre. Il semble vouloir dire que dans un groupe /ᾱνς#C- (sandhi externe), il y a simplification du groupe de consonnes et qu'elle n'entraîne pas d'allongement. D'où l'existence d'un allomorphe en -ᾰς utilisé en poésie… J'essaierai d'aller voir d'autres références là-dessus.
Arthur a écrit :l'appellation schwa est totalement désuette aujourd'hui.
Cette appellation est peut-être désuète, mais elle était commode, à l'époque où je découvrais la "philologie" (mais diable pourquoi l'appelle-t-on ainsi?) à la Faculté des Lettres de Nantes, dans un temps fort ancien où ton âme, loin encore d'être enclose dans la prison d'un corps, contemplait librement le monde des Idées! 🙂
😂
Mais elle est abandonnée parce qu'il est beaucoup plus convenable de caractériser ces phonèmes comme des consonnes et non des voyelles (*h2 > ḫ en hittite, et maintien de l'hiatus dans certains cas en indo-iranien, ce que ne ferait en aucun cas un pauvre petit schwa coincé entre deux voyelles pleines 😉).
Bonjour,
j'aurais aimé savoir si les mots "λανθάνω" et "latere" sont apparentés. (vous imaginerez ma fierté quand j'ai réussi à coller mon professeur - qui est, je crois, plutôt compétent en la matière - en lui posant cette question ! 😜)
Merci à vous !
Oui si l'on en croit Gaffiot et Bailly, mais Chantraine emploie le conditionnel…
Il semblerait que oui. Robert historique, à propos de
latent :
emprunté au latin latens, participe présent de latere, mot qui correspond au grec lanthanein (aoriste lathein).
Oui, mais le détail est un peu plus compliqué que ça en a l'air.
DELG p. 594 s.u. λανθάνω a écrit :
Dans le système grec les formes anciennes sont λήθω, ἔλαθον, mais λα-ν-θ-άνω doit être une réfection, p.-ê. d'après μανθάνω. D'autre part, le type λαθι-, λαθ-ρο- est archaïque. On peut admettre que comme dans πύθω à côté de πύος, βρίθω à côté de βρίαρος, le -θ- serait suffixal, ce qui permet de rapprocher le lat. lă-t-eō avec une formation différente. Le grec lui-même présente la glose λῇτο · ἐπε<λά>θετο (Hsch.), mais la forme possède deux traits obscurs, d'une part le vocalisme long, d'autre par le radical *lāi- (?). Voir aussi. s.u. ἀλάστωρ. Les autres rapprochements proposés sont en l'air.
Complété par les
Chroniques d'étymologie grecque :
CEG p. 1322 s.u. λανθάνω a écrit :
C. J. Ruigh, Sound Law 267, n.13, considère que la glose d'Hésychius λήϊτο · ἐπε<λά>θετο est une correction fautive de la glose λῆτο · ἐπελάθετο parce que cette dernière "est précédée de λητή "prêtresse" et suivie de λητόν "publi", mots issus par contraction de ληϊτός, originellement *λᾱϝ-ιτός "accessible aux hommes adultes de la communauté". Comme le lexique comporte aussi la forme non contracte ληΐτη "prêtresse", le lexicographe a inventé la glose λήϊτο "il oublia" pour l'insérer après ληΐτη". C. J. R. voit dans λῆτο un aoriste du type χύτο et pose *l̥h2-tó.
Et pour le latin :
DELL p. 343 s.u. lateō a écrit :
Si l'on admettait que i.-e. *th est toujours représenté par gr. τ, comme dans certains exemples clairs (πλατύς, etc.), le rapprochement avec gr. λανθάνω "je suis caché", λαθρός "caché" et dor. λᾱ́θω (ion. λήθω), qui est évident, supposerait que -θ- grec est un élargissement et que lat. lateō serait formé comme fateor en face de fārī. Du reste, le grec a λῇτο, λήιτο · ἐπελάθετο (Hes.), d'où il résulterait que la dentale est un élargissement dont les formes peuvent être diverses. Mais le *th expressif semble représenté par gr. θ dans certains cas. Dès lors, lat. lat- pourrait répondre exactement à gr. λαθ-. Cf. Benveniste, Formation des noms en indo-européen, p. 192. Les autres rapprochements proposés, comme celui de v. isl. lómr "tromperie", sont en l'air.
Benveniste, loc. cit. a écrit :
λήθω, dor. λᾱ́θω, ἔλαθον, etc., avec une abondante dérivation nominale (dor. λᾶ́θος, ion. λήθη, λαθρός, ἀ-ληθής, etc.) est renforcé par -θ- dans la valeur de verbe d'état que possède déjà la racine grecque *lā(i)- (cf. Boisacq, p. 554) d'après λῇτο, λήιτο · ἐπελάθετο. L'existence de la racine non élargie en grec engange à ne pas comparer le -θ- de λήθω au -t- de lat. lateō, en posant *th (Ernout-Meillet, s.u. lateō) ; puisque lateō peut s'expliquer comme fateor mieux vaut ne pas engager dans ce rapprochement le traitement grec de *-th- et considérer comme indépendantes les formations grecque et latine. [note :] πέρθω "détruire, ravager" est bien transitif, mais d'origine peu claire. Le rapprochement très médiocre avec skr. bardhakaḥ "taillant, rasant" n'enseigne rien sur la racine, et celui avec lat. forfex est repoussé avec raison par Walde-Hofmann, p. 526 fin.
Et enfin, Schrijver est le seul à mentionner les parallèles slaves :
Schrijver, Etymological Dictionary of Latin… a écrit :
PIE *lh2-to- "hidden". IE cognates : Gr. λανθάνω, λήθω, aor. λαθεῖν "to be hidden", λάθρη, -ᾱ "secretly" < *l(e)h2-dh- ; λῇτο/λήιτο "he forgot" (Hsch.) < *leh2- ; Old Church Slavonic lajati, Old Czech lákati, Upper Sorbian łakać "to lie in wait for".
Latēre represents a stative verb in *-ē- derived from *latos "hidden". Since the -e- of latebra was short (see Serbat 1975 : 62f.), it is best explained by analogy with tenebrae ; if the noun were deverbal, one would expect *latēbra.
Arthur, Jacques, connaissez-vous les abréviations utilisée ici ?
Root / lemma: lat-
English meaning: wet, damp; swamp
German meaning: `feucht, nas|; Sumpf, Lache'
Material: Gr. λάταξ -αγος `Tropfen, Weinrest' (vgl. das Lw. lat. latex, -icis), λαταγέω schleudre klatschend die Neige Wein', λατάσσω ;
mir. laith `Bier, Flu"ssigkeit; Sumpf' = gall. Are-late Stadt `o"stlich des Sumpfes', corn. lad `liquor', acymr. llat ds. , cymr. llaid (*lati_o-) `Schlamm', mir. lathach ds. ;
aisl. leja (*lajo:n-) `Lehm, Schmutz', ahd. letto `Ton, Lehm', nhd. Letten (dessen e, obwohl in bair. -alem. Mundarten offen, doch Umlaut e- ist);
lit. FlN La~t-upe`, Latuva\, lett. FlN Late (Mu"hlenbach-Endzelin II 425).
References: WP. II 381 f. , WH. I 770.
Page(s): 654 - 655
vgl. = vergleichen Sie…
Lw. = Lehnwort.
mir. = Mittelirisch.
gall. = Gallisch (gaulois et non gallois).
corn. = Cornisch.
acymr. = Altcymrisch (vieux gallois).
cymr. = Cymrisch.
ds. = dasselbe.
aisl. = Altisländisch.
ahd. = Althochdeutsch.
nhd. = Neuhochdeutsch.
bair. = Bairisch.
alem. = Alemanisch.
lit. = Litauisch.
lett. = Lettisch.
Merci à vous tous.
J'ai plusieurs fois lu que le lituanien était la plus archaïque des langues IE encore parlées aujourd'hui. A quels niveaux son archaïsme se situe-t-il ? Est-il comparable à celui de langues anciennes comme le latin ou le grec ? Davantage encore ?
En espérant ne pas trop dévier du fil de ce sujet !
Pour en revenir aux "schwas"… Comment explique-t-on de nos jours la forme senex? De montemps, j'avais entendu parler d'une théorie de Martinet à ce sujet, mais hélas, je ne puis la retrouver car j'ai "égaré" certains livres de "philologie" (en clair, je les ai prêtés et on ne me les a jamais rendus…). Martinet parlait d'un "durcissement" du schwa dans la séquence seneh1 - s…
Bonjour,
Voici une question très secondaire, mais qui me travaille depuis quelques temps déjà … Comment se préoccuper de bêtises !
On trouve sur ces deux sites la même explication de l'évolution du latin archaïque
dingua > latin classique
lingua :
https://wordinfo.info/unit/1193https://web.archive.org/web/*/https://www.indo-europeens.info/indo-europeen.html
Seulement,
l et
d ont le même point d'articulation, et passer de l'un à l'autre ne me semble pas particulièrement "irrégulier" …
Qu'en pensez-vous ?
automatofix a écrit :
Seulement, l et d ont le même point d'articulation, et passer de l'un à l'autre ne me semble pas particulièrement "irrégulier" …
La phonétique articulatoire a assez peu d'importance ici. Le tout est de savoir si l'évolution d > l (dans un certain environnement phonétique, par exemple à l'initiale, devant voyelle d'avant, ou autre) a lieu en latin, de manière systématique. La réponse est clairement non. Le changement dingua > lingua n'est donc pas phonétique, mais relève de l'analogie, en l'espèce de *leigh (> lat.
lingō) "lécher".
La reconstruction d'un étymon PIE pour la langue pose de nombreux problèmes (à cause d'autres langues et d'autres problèmes que celui-là).
L'osque a par ailleurs
fangvam (Acc. sg.),
fancua (N. pl.), ce qui suppose une initiale *dh-. La forme osque a donc vu également son initiale changer par une autre analogie (que l'on ignore, apparemment).