Bonjour,
J'aimerais découvrir cet auteur (son écriture, apparemment répétitive et obsessionnelle, retient mon attention) mais devant le nombre de ses ouvrages, je ne sais pas trop par quoi commencer. Je préférerais lire d'abord son oeuvre romanesque. Que me conseillez-vous ?
Je vous remercie d'avance pour vos réponses.
Peut-être d'abord ses romans autobiographiques (L'Origine, La Cave, Le Souffle, Le Froid, Un enfant), réunis dans un volume de la collection Biblos de Gallimard (et plus récemment dans la collection Quarto) ? C'est ce qui te permettra sans doute le mieux de découvrir (et apprécier) Bernhard. 🙂
Merci, mais si on veut n'en lire qu'un seul… ? (je n'ai pas vraiment le temps de lire tout un Quarto en ce moment)
Oui, je vois…
Mais d'abord, les cinq récits cités plus haut n'occupent qu'un demi-Quarto (l'édition rassemble en effet d'autres récits comme Oui, et Marcher, - que je n'ai pas lus).
Ensuite, difficile de choisir… Les quatre premiers récits présentent une unité, de l'adolescence à l'expérience de la maladie dans Le Souffle et Le Froid (importante chez Bernhard, elle nourrit sa fureur et le paradoxe qui le caractérisent - le désespéré-suicidaire passionné par la vie). L'enfant est un peu à part : c'est un retour en arrière, de sa petite enfance, jusqu'au collège… La naissance de sa personnalité. Saute celui-là si tu veux.
Je trouvais pas mal de commencer par ces récits autobiographiques, pour comprendre l'oeuvre. Mais j'avais bien aimé aussi Perturbation et Extinction. Il y a aussi Le naufragé, autour de Glenn Gould et de deux autres jeunes pianistes, dont l'un se suicide (trois destinées avec l'analyse précise du naufrage de l'un d'eux)…
Bon, je ne t'aide pas beaucoup à choisir, là…
Et Le Neveu de Wittgenstein et Maîtres anciens ?
Je n'ai pas pour ambition de tout connaître de Bernhard, mais je m'intéresse aux écritures du ressassement, en partie pour mon mémoire de master. Mais bon je peux aussi prendre un livre au pif. 😀
Merci encore.
Polo a écrit :Et Le Neveu de Wittgenstein et Maîtres anciens ?
Pas lus. Tu peux effectivement prendre un livre au pif : tout est ressassement chez Bernhard, de longs monologues, circulaires, obsédants, obsédés 🙂 ; la pentalogie autobiographique vient juste expliquer
pourquoi. Tu m'as donné envie d'en lire plus et je viens de lire les premières pages de
Marcher…
Avant que Karrer soit devenu fou je ne marchais que le mercredi avec Oehler, mais maintenant - après que Karrer est devenu fou - je marche aussi le lundi avec Oehler. Parce que Karrer marchait avec moi le lundi, vous aussi, vous marchez avec moi le lundi - maintenant que Karrer ne marche plus avec moi le lundi, dit Oelher après que Karrer est devenu fou et a été amené aussitôt à Steinhof. Et sans hésiter, j'ai dit à Oehler : bon marchons aussi le lundi, maintenant que Karrer est devenu fou et se trouve à Steinhof. Tandis que, le mercredi, nous marchons toujours dans cette unique direction (l'est), c'est vers l'ouest que nous marchons le lundi, et curieusement, nous marchons beaucoup plus vite le lundi que le mercredi ; sans doute, me dis-je, Oehler a-t-il toujours marché plus vite avec Karrer qu'avec moi, car le mercredi il continue à marcher plus lentement, le lundi beaucoup plus vite. Par habitude, voyez-vous, dit Oehler, je marche beaucoup plus vite le lundi que le mercredi, parce qu'avec Karrer (le lundi donc) j'ai toujours marché plus vite qu'avec Vous (le mercredi). Du fait que - depuis la folie de Karrer - vous marchez avec moi non seulement le mercredi, mais aussi le lundi, je n'ai pas à modifier mon habitude qui est de marcher le lundi et le mercredi, dit Oehler, il est vrai que c'est vous - du fait que vous marchez maintenant avec moi le mercredi et le lundi - qui avez dû très probablement modifier vos habitudes et ce d'une manière que vous n'auriez sans doute pu imaginer, dit Oehler. Mais c'est une très bonne chose, estime Oehler et il dit sans ambages, sur un ton édifiant, qu'il était de la plus grande importance pour l'organisme de modifier ses habitudes de temps à autre et à des intervalles pas trop longs, et il ne songeait pas à une simple modification, mais à une modification radicale des habitudes.
Je continue ? 😀
(lis plutôt
Perturbation ou l'un des récits autobiographiques 😉, ou encore
Le neveu de Wittgenstein que je vais découvrir de ce pas. 🙂 )
Bonsoir.
Bonsoir belleslettres (j'espère que ta rentrée s'est bien passée 😉),
Je viens de lire Le neveu de Wittgenstein et j'ai vraiment adoré. Après avoir lu il y a quelques temps un avis assez développé et très critique de Bernhard par Nancy Huston dans Professeurs de désespoir, j'avais quelques appréhensions. Finalement, ces pages-ci m'ont paru très sensibles et très sincères sur l'amitié qui lia le narrateur (auteur ?) et ce fameux Paul Wittgenstein. J'ai particulièrement aimé son constat -cruel- sur la mort imminente d'un ami : plutôt que de s'y confronter et d'aller visiter son ami quand ses jours sont comptés, par lâcheté et par peur on préfère se cacher cette dure réalité. D'autres passages étaient assez réjouissants à lire, notamment celui, aussi bien drôle qu'absurde, sur la remise des prix littéraires. Quant au style, j'avoue qu'il ne m'a pas déconcertée, ça se lit d'un (long) souffle et, par certains aspects, j'y ai retrouvé un peu de Kertész -par anticipation, dirait Pierre Bayard.
J'ai peut-être commencé par un de ses textes les plus abordables (voire optimistes), mais celui-ci me donne au moins envie d'en lire d'autres. 🙂
Polo a écrit :D'autres passages étaient assez réjouissants à lire, notamment celui, aussi bien drôle qu'absurde, sur la remise des prix littéraires.
Bonsoir Polo,
Je te réponds rapidement sur ce point… J’ai eu l’occasion de feuilleter récemment dans une librairie (je passe mon temps dans les librairies en ce moment, les débuts de prépa sont… onéreux, il faut le savoir, je sais bien qu’il faut soutenir le marché de l’édition, mais bon…) le livre
Mes prix littéraires un ensemble de petits récits de Bernhard. Ça m’a semblé assez drôle, acerbe, rageur… Comme d’habitude. Et voici ce que j’en ai lu dans la presse :
« C'est un Thomas Bernhard obsessionnel qui sourd de chaque page, maniant, vrillant, à son habitude, presque à les user, les idées et les mots comme on enfonce avec hargne une cheville dans du bois dur. Si ses phrases sont ici plus courtes, et l'ensemble plus ramassé, on retrouve des thèmes du Bernhard de
Des arbres à abattre (sous-titré
Une irritation), ce livre aux frontières du roman et de l'autobiographie où, installé dans un fauteuil après les obsèques de son amie Joanna, l'écrivain rumine sa haine de la bêtise et d'une morale bourgeoise, observant les invités avec dégoût et amusement, le spectacle étant le prétexte d'une description sociale minutieuse, notamment du milieu littéraire. »
J’espère que cela te donnera envie, comme à moi ….
Effectivement. Merci. 🙂
J'ai finalement emprunté le Quarto sur ses récits autobiographiques, non seulement parce que Bernhard m'a intriguée mais parce qu'il va falloir ausi que je le lise très attentivement pour mon master. Ou comment joindre l'utile à l'agréable… 😉
[Pour les achats de début de prépa, je suis d'accord même si -d'expérience- on est vraiment poussé par les profs à acheter beaucoup de livres d'un coup sans que tous servent réellement (ou alors ils ne sont utiles qu'un court laps de temps), ce qui est vraiment dommage, y compris et surtout pour le porte-monnaie…]
Polo, si tu t'intéresses toujours à Thomas Bernhard, voici un lien. Si tu supportes le débit assez lent de la conférencière, tu y apprendras peut-être des choses intéressantes… 🙂
https://cle.ens-lyon.fr/allemand/arts/theatre/thomas-bernhard-le-briseur-de-silenceMerci belleslettres 🙂 Je regarderai cette conférence quand j'aurai une connexion qui ne saute pas toutes les dix minutes… 😉
Je vais sous peu me replonger dans Th. Bernhard, d'ailleurs, surtout dans ses récits autobiographiques, pour la deuxième partie de mon "mémoire".