Études de linguistique comparée

La filière littéraire

12 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonsoir.

Je saisis l'occasion de ces deux dernières semaines avant la rentrée pour me renseigner davantage sur une filière qui m'intéresse tout particulièrement, quoique je ne la connaisse pas bien encore : la linguistique comparée, ou grammaire comparée (je crois). Je pensais en passer par une licence de lettres classiques, mais, après avoir eu une discussion avec un professeur suite à la menace de suppression du CAPES (voire Agreg) LC, celui-ci m'a déconseillé cette filière, pas assez spécialisée selon lui. Mais alors quel chemin emprunter (j'ai entendu parler d'une licence LM spécialité Grammaire comparée, est-ce vrai ?) ? Vers où cela mène-t-il ?

Merci pour toutes vos réponses 🙂 !
Vers où cela mène-t-il ?
De façon un peu provocatrice, je répondrais que ça mène surtout vers l'étranger… :/

Les lettres classiques sont la voie la plus naturelle pour le premier cycle (la France n'ayant pas de cursus d'études indo-européennes dès ce niveau, contrairement à ce qui peut se faire auxhttps://hum.leidenuniv.nl/indo-europees Pays-Bas, en Allemagne, en Suisse, et dans une moindre mesure au https://www.orinst.ox.ac.uk/eanes/old_iranian_language.html Royaume-Uni et la plus indiquée au vu de tes intérêts. Bien sûr, in abstracto, le latin et le grec ne sont pas des prérequis : certains collègues sont formés principalement en sanskrit, d'autres en germanique, etc. En France, il n'y a guère le choix, et l'on compte(en tout cas dans les langues indo-européennes) très peu de grammairiens issus d'autres filières (romanistique, germanistique), même s'il y en a. Ce qui compte, c'est d'avoir de bonnes bases dans quelques langues ou familles de langues, et de rapidement s'intéresser à la comparaison linguistique.

En restant en France, le plus pratique est de venir à Ulm (si possible dès la L3, ce qui permet de découvrir la matière et de commencer à te spécialiser en année de licence : Paris IV propose une spécialité "linguistique et philologie" en troisième année de licence de lettres classiques ; nous sommes une quinzaine à l'avoir suivie dans ma promotion, mais seulement deux ou trois à continuer dans un master de linguistique, et je suis le seul en grammaire comparée… Il est vrai que les cours proposés ne permettent pas, sans complément, de se former complètement dans la discipline, c'est dommage). Tu suivras à l'ENS les cours de M. Petit, et aussi les conférences de l'EPHE. Ces deux établissements sont incontournables pour la discipline en France. L'EPHE propose également un master spécifique de grammaire comparée. (qui est une coquille vide, mais bon, il y a tout de même de bons directeurs). Cette année, nous sommes 2 en M1 et 1 en M2, tous trois également à l'ENS. Ensuite, selon ta spécialisation, tu peux suivre d'autres cours (en langues germaniques, dans les UFR de langues germaniques ou slaves de Paris IV ; à l'INALCO pour les langues modernes ; en sanskrit, à Paris III dans un cursus "d'études indiennes" qui ne commence qu'à partir de la L3, etc.). En dehors de Paris, il y a quelques professeurs en province (surtout des jeunes en début de carrière), qui enseignent en général la linguistique grecque et latine, et proposent parfois des enseignements optionnels (sanskrit, mycénien, akkadien, par exemple), mais rien qui puisse bâtir une réelle spécialisation.

Ces étudiants passent généralement l'agrégation de grammaire (d'où l'importance de bonnes bases dans les langues classiques, et dans une moindre mesure en ancien français et en littérature française), bien que certains préparent à la place celle de lettres classiques, voire une agrégation de langue vivante. A la sortie de l'Ecole, ils effectuent leur service d'allocataire à l'université, tout en préparant leur thèse, généralement à l'EPHE, plus rarement à la Sorbonne. Mais il est aussi possible d'obtenir des postes plus originaux (aux départements des manuscrits orientaux de la Bibliothèque nationale, par exemple, lorsque l'on choisit un sujet à forte connotation philologique). Avoir des contacts à l'étranger (lors d'écoles d'été commme je l'ai fait le mois dernier, en échange universitaire un an ou plus, ou simplement per litteras) est plus qu'ailleurs primordial : ne serait-ce que pour trouver des réponses à ses questions, mais surtout étant donné la place restreinte de la discipline en France (seulement trois chaires de linguistique indo-européenne en tant que telle : une à Ulm et deux à l'EPHE, auxquelles on peut ajouter deux ou trois postes "à forte connotation linguistique" au Collège de France ou dans les universités parisiennes). Cela ne doit pas faire particulièrement peur, pour peu qu'on ne soit pas hostile à la mobilité.

Bref, en entrant dans la grammaire comparée tu mets un pied dans les "sciences auxiliaires" et dans l'érudition, qui s'est toujours située à la marge de l'Université et des cursus bien tracés. Cela se voit encore au quotidien, n'est pas sans poser problème parfois, mais cela participe un peu du charme aussi. 🙂 Pour l'instant, le meilleur conseil à te donner, c'est de profiter de la prépa pour maîtriser correctement le grec et le latin (même si tu y feras très peu de linguistique à proprement parler, la connaissance des textes reste un atout majeur !), de pouvoir lire l'anglais de manière fluide, et de te mettre rapidement à l'allemand (absolument indispensable) lorsque tu en seras sorti. J'ajoute qu'évidemment, la linguistique historique ne se limite pas aux seules langues indo-européennes. Il y a notamment une longue tradition d'études sémitiques. Mais là encore, pour des raisons historiques, le passage par les études classiques (grec latin hébreu) est le plus courant. La linguistique indo-européenne est une très bonne école de rigueur, même pour des savants qui se dirigeront vers d'autres domaines (langues sémitiques en premier lieu, mais aussi, langues altaïques, sino-tibétaines, africaines…). Il y a certes quelques petits cursus autonomes dans des langues non-indo-européennes (par exemple l'unité de langues océaniennes de l'INALCO), mais ils ne sont pas spécifiquement orientés vers la linguistique. Il y a bien sûr aussi des spécialistes qui ont fait toute leur formation, depuis la première année, dans leur langue d'étude, mais ceux-ci manquent parfois du regard comparatiste… De toute façon, en tant qu'indo-européaniste, tu seras amené au cours de ta formation à étudier au moins rapidement quelques langues non-indo-européennes (pour ma part, du copte et du turc, un petit peu d'hébreu et d'araméen), et tu pourras toujours décider à un moment ou un autre de faire le grand saut vers d'autres horizons. 🆒
Tout d'abord, merci pour ta réponse. Une question qui me vient immédiatement, en aucune façon provocatrice (non non, elle est innocente) : sans l'ENS , quel est le mieux à faire ? S'engager dans cette voie, c'est donc nécessairement s'avancer vers la recherche ? J'aurai sûrement d'autres questions, au fur et à mesure… Encore merci pour ces explications détaillées 🙂 !
La recherche est le seul débouché (mais c'est pareil pour la littérature ou l'archéologie…).
Sans l'ENS, ce n'est pas impossible, mais c'est un peu plus compliqué. A fortiori en province. En général, les étudiants restent en linguistique grecque ou latine jusqu'à l'agrégation, éventuellement en se formant un peu par eux-mêmes (ou avec les quelques cours qu'ils peuvent avoir à leur disposition) dans d'autres langues, et attendent la thèse (avec un bon rang à l'agrégation et une allocation) pour se lancer dans d'autres langues (une connaissance a ainsi fait tout son parcours à Lyon jusqu'à l'agrégation de grammaire, l'a majorée, a fait le stage en enseignant un an dans le secondaire en région lyonnaise, puis a obtenu une allocation pour faire une thèse en tokharien aux Hautes études : elle s'est formée presque exclusivement toute seule en tokharien jusqu'à l'an dernier ; ce n'est pas impossible non plus). Mais ce ne sont pas tant les diplômes que la formation réelle (professeurs, et surtout quantité de lectures) qui compte, étant donné qu'il n'y a pas de cursus totalement idoine (mon collègue, de la même promotion que moi, a fait une licence de philosophie cette année car il n'était pas décidé sur son orientation : ce genre de choses ne pose pas de problème, quand cela en poserait peut-être pour faire des lettres classiques au sens académique du terme).
A voir aussi les formations proposées à Louvain par exemple https://www.uclouvain.be/ pou la licence en langues et littératures anciennes, orientation orientales. Avantage les cours sont en français et les frais de scolarité moins prohibitifs que ceux des universités catholiques en France.

Mais pourquoi crindre la disparition du CAPES et de l'agrégation ? Il y aura toujours un concours de recrutement des enseignants.
Louvain ne me semble pas très indiquée pour les langues indo-européennes (en revanche, je crois que c'est un vivier de sémitisants). En Belgique, je conseillerais plutôt Liège (Eric Pirart). De toute façon, le français ne doit pas être une barrière (la grande majorité de mes lectures, au bout d'à peine un an, est en langue étrangère), et je ne dis pas ça parce que je suis à l'aise à l'oral en anglais, en allemand ou en néerlandais, loin de là. 😀

Quant aux concours, ils n'ont aucune importance pour la recherche… il faut arrêter avec cette obsession française du concours (ce qui n'empêche pas de reconnaître leur avantage et de les défendre, bien entendu).
Anne345 a écrit :Mais pourquoi craindre la disparition du CAPES et de l'agrégation ? Il y aura toujours un concours de recrutement des enseignants.
Oui mais il parlait de ceux de Lettres classiques, recrutant les professeurs de français/latin/grec amenés à disparaître pour ne laisser que les concours de Lettres modernes, recrutant des professeurs de français.
Quand vous écrivez ENS, c'est les trois ENS ou seulement Ulm?
Theophilius a écrit :Quand vous écrivez ENS, c'est les trois ENS ou seulement Ulm?
Deux (Cachan ne fait rien qui se rapprocherait, même de loin, de la Linguistique). Ulm est quand même fortement indiquée, étant réputée (et de fait) comme l'ENS "classique" : quoi de plus "classique" que des études d'indo-européen 😀?

Sinon, Arthur est flippant sur ce topic.
HugoO a écrit :Sinon, Arthur est flippant sur ce topic.
Ah, seulement sur ce topic ? 😀
Je ne veux pas me le mettre à dos, je lui dois le respect en tant que conscrit, et lui, vieux con (a). STOP FLOOD.
Bonjour,

J'arrive sur ce sujet avec deux ans de retard, mais peut-être que quelqu'un pourra quand même m'aider… Je m'intéresse depuis longtemps aux langues et à la grammaire comparée, mais sans vraiment regarder quelles sont les filières possibles. Je fais actuellement un doctorat en littérature, je suis donc dans une filière Lettres, mais pas linguistique. Je songe toutefois à soit recommencer des études en grammaire comparée, soit faire un complément pour accéder ensuite à une école doctorale ou un groupe de recherches. J'ai donc plusieurs questions: 1) en ayant un master littéraire (russe) et de bonnes connaissances dans plusieurs langues (formation grec/latin, allemand, anglais, russe, chinois, polonais, un peu de copte, de sanskrit, de vieux-persan, de vieux-slave, d'arménien et de coréen), est-il possible d'accéder directement, ou moyennant quelques examens / tests de niveaux, à un niveau supérieur d'études dans quelque université/école que ce soit, en France ou ailleurs? 2) et surtout: existe-t-il des filières grammaire comparée par correspondance? J'habite en Suisse, et toutes les formations en linguistique que proposent les universités ici sont des études de linguistique générale, c'est-à-dire grammaire/syntaxe/sémantique du français, mais pas de grammaire comparée. Je n'ai pas la possibilité de me déplacer chaque semaine pour aller suivre des cours, je cherche donc une formation que je pourrais suivre à distance et pour laquelle je ne devrais venir que lors des examens… je suis tout à fait ouverte sur le domaine d'études, puisque à peu près tous les groupes linguistiques m'intéressent. 3) quel est le meilleur pays pour faire ce genre d'études? France, Grande-Bretagne, Etats-Unis? Je ne suis pas du tout au courant des différentes "cotes" des écoles de ce pays dans le monde de la linguistique.
Voilà… ce sont des questions très vagues, j'aimerais surtout savoir où et comment chercher avant de me lancer dans quoi que ce soit. Merci à ceux qui pourront m'aider!