Vers où cela mène-t-il ?
De façon un peu provocatrice, je répondrais que ça mène surtout vers l'étranger… :/
Les lettres classiques sont la voie la plus naturelle pour le premier cycle (la France n'ayant pas de cursus d'études indo-européennes dès ce niveau, contrairement à ce qui peut se faire aux
https://hum.leidenuniv.nl/indo-europees Pays-Bas, en Allemagne, en Suisse, et dans une moindre mesure au
https://www.orinst.ox.ac.uk/eanes/old_iranian_language.html Royaume-Uni et la plus indiquée au vu de tes intérêts. Bien sûr,
in abstracto, le latin et le grec ne sont pas des prérequis : certains collègues sont formés principalement en sanskrit, d'autres en germanique, etc. En France, il n'y a guère le choix, et l'on compte(en tout cas dans les langues indo-européennes) très peu de grammairiens issus d'autres filières (romanistique, germanistique), même s'il y en a. Ce qui compte, c'est d'avoir de bonnes bases dans quelques langues ou familles de langues, et de rapidement s'intéresser à la comparaison linguistique.
En restant en France, le plus pratique est de venir à Ulm (si possible dès la L3, ce qui permet de découvrir la matière et de commencer à te spécialiser en année de licence : Paris IV propose une spécialité "linguistique et philologie" en troisième année de licence de lettres classiques ; nous sommes une quinzaine à l'avoir suivie dans ma promotion, mais seulement deux ou trois à continuer dans un master de linguistique, et je suis le seul en grammaire comparée… Il est vrai que les cours proposés ne permettent pas, sans complément, de se former complètement dans la discipline, c'est dommage). Tu suivras à l'ENS les cours de M. Petit, et aussi les conférences de l'EPHE. Ces deux établissements sont incontournables pour la discipline en France. L'EPHE propose également un master spécifique de grammaire comparée. (qui est une coquille vide, mais bon, il y a tout de même de bons directeurs). Cette année, nous sommes 2 en M1 et 1 en M2, tous trois également à l'ENS. Ensuite, selon ta spécialisation, tu peux suivre d'autres cours (en langues germaniques, dans les UFR de langues germaniques ou slaves de Paris IV ; à l'INALCO pour les langues modernes ; en sanskrit, à Paris III dans un cursus "d'études indiennes" qui ne commence qu'à partir de la L3, etc.). En dehors de Paris, il y a quelques professeurs en province (surtout des jeunes en début de carrière), qui enseignent en général la linguistique grecque et latine, et proposent parfois des enseignements optionnels (sanskrit, mycénien, akkadien, par exemple), mais rien qui puisse bâtir une réelle spécialisation.
Ces étudiants passent généralement l'agrégation de grammaire (d'où l'importance de bonnes bases dans les langues classiques, et dans une moindre mesure en ancien français et en littérature française), bien que certains préparent à la place celle de lettres classiques, voire une agrégation de langue vivante. A la sortie de l'Ecole, ils effectuent leur service d'allocataire à l'université, tout en préparant leur thèse, généralement à l'EPHE, plus rarement à la Sorbonne. Mais il est aussi possible d'obtenir des postes plus originaux (aux départements des manuscrits orientaux de la Bibliothèque nationale, par exemple, lorsque l'on choisit un sujet à forte connotation philologique). Avoir des contacts à l'étranger (lors d'écoles d'été commme je l'ai fait le mois dernier, en échange universitaire un an ou plus, ou simplement per litteras) est plus qu'ailleurs primordial : ne serait-ce que pour trouver des réponses à ses questions, mais surtout étant donné la place restreinte de la discipline en France (seulement trois chaires de linguistique indo-européenne en tant que telle : une à Ulm et deux à l'EPHE, auxquelles on peut ajouter deux ou trois postes "à forte connotation linguistique" au Collège de France ou dans les universités parisiennes). Cela ne doit pas faire particulièrement peur, pour peu qu'on ne soit pas hostile à la mobilité.
Bref, en entrant dans la grammaire comparée tu mets un pied dans les "sciences auxiliaires" et dans l'érudition, qui s'est toujours située à la marge de l'Université et des cursus bien tracés. Cela se voit encore au quotidien, n'est pas sans poser problème parfois, mais cela participe un peu du charme aussi. 🙂 Pour l'instant, le meilleur conseil à te donner, c'est de profiter de la prépa pour maîtriser correctement le grec et le latin (même si tu y feras très peu de linguistique à proprement parler, la connaissance des textes reste un atout majeur !), de pouvoir lire l'anglais de manière fluide, et de te mettre rapidement à l'allemand (absolument indispensable) lorsque tu en seras sorti. J'ajoute qu'évidemment, la linguistique historique ne se limite pas aux seules langues indo-européennes. Il y a notamment une longue tradition d'études sémitiques. Mais là encore, pour des raisons historiques, le passage par les études classiques (grec latin hébreu) est le plus courant. La linguistique indo-européenne est une très bonne école de rigueur, même pour des savants qui se dirigeront vers d'autres domaines (langues sémitiques en premier lieu, mais aussi, langues altaïques, sino-tibétaines, africaines…). Il y a certes quelques petits cursus autonomes dans des langues non-indo-européennes (par exemple l'unité de langues océaniennes de l'INALCO), mais ils ne sont pas spécifiquement orientés vers la linguistique. Il y a bien sûr aussi des spécialistes qui ont fait toute leur formation, depuis la première année, dans leur langue d'étude, mais ceux-ci manquent parfois du regard comparatiste… De toute façon, en tant qu'indo-européaniste, tu seras amené au cours de ta formation à étudier au moins rapidement quelques langues non-indo-européennes (pour ma part, du copte et du turc, un petit peu d'hébreu et d'araméen), et tu pourras toujours décider à un moment ou un autre de faire le grand saut vers d'autres horizons. 🆒