Bonjour à tous.
Futur élève de 1°S, je dois lire, pour la rentrée, trois œuvres sur lesquelles je pourrais être interrogé, dont le recueil
Alcools, de Guillaume Apollinaire.
Si le sens des poèmes qu'il réunit n'est généralement pas facile à déterminer, l'obstacle ne tient le plus souvent qu'au lexique, voire à l'absence de ponctuation. Cependant, parmi tant d'autres, l'un échappe sérieusement à mon bon sens : il s'agit de "Cortège".
Examinons sa première strophe :
Oiseau tranquille au vol inverse
Qui nidifie l'air
À la limite où notre sol brille déjà
Baisse ta deuxième paupière la terre t'éblouit
Quand tu lèves la tête
Ce qui me pose problème, précisément, ce sont deux vers ou fragments de vers. D'abord, "À la limite où notre sol brille déjà" : que signifie ce groupe prépositionnel ? Faisons abstraction de l'adverbe "déjà" : oui, mais qu'est-ce donc que cette "limite où notre sol brille" ? Ensuite, "la terre t'éblouit/Quand tu lèves la tête" : comment l'oiseau peut-il être ébloui par la terre s'il lève la tête ? Dans ce cas, ce serait plutôt le soleil qui l'incommoderait !
Conscient que lire Apollinaire fait appel à un minimum d'imagination et d'abstraction, je sais à quel point ces remarques peuvent sembler naïves. Cependant, si quelqu'un pouvait m'aider, je lui en saurais gré.
Veuillez, du reste, pardonner la maladresse de ma syntaxe et les erreurs que j'aurais pu commettre en tant que nouveau sur ce forum.
Bonsoir,
Justement, le "vol inverse" semble signifier un vol sur le dos. Tout le reste en découle.
Bonsoir,
En complément de ma première piste, il pourrait y avoir une autre grille d’analyse que ce monde à l’envers.
Apollinaire est un catholique convaincu et moderniste. Il reprend peut-être un symbolisme qu’il a abondamment développé dans « Zone ».
Dans ce poème d'ouverture, l’oiseau se confond avec l’aéroplane et le Christ dans son ascension :
« C'est le Christ qui monte au ciel mieux que les aviateurs
Il détient le record du monde pour la hauteur ».
Dans « Cortège », l’oiseau reprend son sens divin, mais dans un « vol inverse », un vol en piqué du ciel vers la terre. Il s’agirait alors de cette colombe que l’on trouve dans certaines églises catholiques ou temples protestants, la tête vers le bas. Elle représente l’Esprit-Saint promis par le Christ après son départ vers le Père. L’oiseau est alors l’inspirateur du poète amené à interpréter le monde et ses mystères selon une perspective nouvelle, à rebours des pensées trop humaines…
Bonjour,
Je suis en première et je dois faire un commentaire sur cortège de appolinaire, plus précisemment sur ces vers ci-dessous :
Un jour je m'attendais moi-même
Je me disais Guillaume il est temps que tu viennes
Et d'un lyrique pas s'avançaient ceux que j'aime
Parmi lesquels je n'étais pas
Les géants couverts d'algues passaient dans leurs villes
Sous-marines où les tours seules étaient des îles
Et cette mer avec les clartés de ses profondeurs
Coulait sang de mes veines et fait battre mon cœur
Puis sur terre il venait mille peuplades blanches
Dont chaque homme tenait une rose à la main
Et le langage qu'ils inventaient en chemin
Je l'appris de leur bouche et je le parle encore
Le cortège passait et j'y cherchais mon corps
Tous ceux qui survenaient et n'étaient pas moi-même
Amenaient un à un les morceaux de moi-même
On me bâtit peu à peu comme on élève une tour
Les peuples s'entassaient et je parus moi-même
Qu'ont formé tous les corps et les choses humaines
Temps passés Trépassés Les dieux qui me formâtes
Je ne vis que passant ainsi que vous passâtes
Et détournant mes yeux de ce vide avenir
En moi-même je vois tout le passé grandir
je constate que ce poème est difficile et je voudrais bien le comprendre, pouvez vous m'aider à l'analyser ?
Merci d'avance, en attandant votre réponse.
C'est vrai que c'est un poème compliqué.
Voici pour toi, quelques pistes à méditer.
* Guillaume est le poète . Or le poète connaît tout le monde.
* Ce sont les autres qui construisent le poète ce qui laisse place à la création poétique. C'est le principe du cortège. Il y a concentration de la multiplicité en un seul être, le poète.
* Il y a un balancement tout au long du poème entre la multiplicité et le singulier, l'unique.
* Enfin on peut voir qu'un basculement s'opère entre le début et la fin de l'extrait. Le poème distingue divers moments.
Bonjour,
Tu devrais relire la discussion précédente.
Bonjour, je suis en 1ES, j'ai un dm à rendre pour demain.
Je dois proposer une explication illustrée de la vision de la religion du poète dans "Cortège".
Mais je ne comprends pas le poème lui-même pouvez m'éclaicir sur le poème afin que je puisse répondre à la question ?
Merci
Il faudrait que tu lises les messages précédents.
Je me demande personnellement si Apollinaire ne reprend pas des images de l'Apocalypse : la foule innombrable qui psalmodie, qui agite des rameaux, la cité mystique…, pour définir sa conception du rôle du poète et de la poésie.
Bonjour, je suis en 1ere S, et j'ai lu ce livre qui m'a amené à une étude de texte, une des questions est Comment ce texte donne-t-il la naissance d'un nouveau moi? J'ai fait plusieurs recherches et ma première piste serait que la progression est présente tout au long du texte de par les citations "un jour je m'attendais moi même" puis "Guillaume il est temps que tu viennes" et enfin "pour que je sache enfin qui je suis" mais notre professeur nous a demandé une copie entière sur cette question , il faut donc que j'aille plus loin avez vous des pistes?
De quel extrait exactement parles-tu ?
Nous parlons dans cette question de tout le poème Cortège
Cortège
Guillaume Apollinaire
Oiseau tranquille au vol inverse oiseau
Qui nidifie en l’air
A la limite où notre sol brille déjà
Baisse ta deuxième paupière la terre t’éblouit
Quand tu lèves la tête
Et moi aussi de près je suis sombre et terne
Une brume qui vient d’obscurcir les lanternes
Une main qui tout à coup se pose devant les yeux
Une voûte entre vous et toutes les lumières
Et je m’éloignerai m’illuminant au milieu d’ombres
Et d’alignements d’yeux des astres bien-aimés
Oiseau tranquille au vol inverse oiseau
Qui nidifie en l’air
A la limite où brille déjà ma mémoire
Baisse ta deuxième paupière
Ni à cause du soleil ni à cause de la terre
Mais pour ce feu oblong dont l’intensité ira s’augmentant
Au point qu’il deviendra un jour l’unique lumière
Un jour
Un jour je m’attendais moi-même
Je me disais Guillaume il est temps que tu viennes
Pour que je sache enfin celui-là que je suis
Moi qui connais les autres
Je les connais par les cinq sens et quelques autres
Il me suffit de voir leur pieds pour pouvoir refaire ces gens à milliers
De voir leurs pieds paniques un seul de leurs cheveux
De voir leur langue quand il me plaît de faire le médecin
Ou leurs enfants quand il me plaît de faire le prophète
Les vaisseaux des armateurs la plume de mes confrères
La monnaie des aveugles les mains des muets
Ou bien encore à cause du vocabulaire et non de l’écriture
Une lettre écrite par ceux qui ont plus de vingt ans
Il me suffit de sentir l’odeur de leurs églises
L’odeur des fleuves dans leurs villes
Le parfum des fleurs dans les jardins publics
O Corneille Agrippa l’odeur d’un petit chien m’eût suffi
Pour décrire exactement tes concitoyens de Cologne
Leurs rois-mages et la ribambelle ursuline
Qui t’inspirait l’erreur touchant toutes les femmes
Il me suffit de goûter la saveur de laurier qu’on cultive pour que j’aime ou que je bafoue
Et de toucher les vêtements
Pour ne pas douter si l’on est frileux ou non
O gens que je connais
Il me suffit d’entendre le bruit de leurs pas
Pour pouvoir indiquer à jamais la direction qu’ils ont prise
Il me suffit de tous ceux-là pour me croire le droit
De ressusciter les autres
Un jour je m’attendais moi-même
Je me disais Guillaume il est temps que tu viennes
Et d’un lyrique pas s’avançaient ceux que j’aime
Parmi lesquels je n’étais pas
Les géants couverts d’algues passaient dans leurs villes
Sous-marines où les tours seules étaient des îles
Et cette mer avec les clartés de ses profondeurs
Coulait sang de mes veines et fait battre mon coeur
Puis sur cette terre il venait mille peuplades blanches
Dont chaque homme tenait une rose à la main
Et le langage qu’ils inventaient en chemin
Je l’appris de leur bouche et je le parle encore
Le cortège passait et j’y cherchais mon corps
Tous ceux qui survenaient et n’étaient pas moi-même
Amenaient un à un les morceaux de moi-même
On me bâtit peu à peu comme on élève une tour
Les peuples s’entassaient et je parus moi-même
Qu’ont formé tous les corps et les choses humaines
Temps passés Trépassés Les dieux qui me formâtes
Je ne vis que passant ainsi que vous passâtes
Et détournant mes yeux de ce vide avenir
En moi-même je vois tout le passé grandir
Rien n’est mort que ce qui n’existe pas encore
Près du passé luisant demain est incolore
Il est informe aussi près de ce qui parfait
Présente tout ensemble et l’effort et l’effet
Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913
Récit d'un protagoniste à la recherche de son identité. Il observe les gens, les connaît. Il contemple le cortège dont il ne fait pas partie mais qui peu à peu le constitue, lui apprend la langue. Il assume l' humanité qui l'a précédé. Le passé, le présent participent de cette identité qui se constitue. Le Moi dédoublé du début se constitue, se multiplie et le poète rend compte de la diversité des mondes par un langage renouvelé.
Je trouve que ce n'est pas le présent qui révèle au moi "celui-là que je suis". Le présent n'est qu'ombre et dissolution dans une fuite éperdue.
Mais c'est du fond des temps que monte le cortège du passé que le moi "ressuscite" et qui va le constituer. Ce passé est invoqué et convoqué de façon chronologique, avec le lyrisme d'une âme apaisée et enthousiaste.
C'est la même idée que dans Vendémiaire : Apollinaire est vêtu de l'habit d'Arlequin fait des pièces du passé et il claironne sa (re)naissance avec la même voix prophétique. Le grand œuvre s'accomplit ici, sous le regard mort et tellement vivant des anciens alchimistes (Agrippa de Cologne).
Rien n'est mort que ce qui n'existe pas encore
Près du passé luisant demain est incolore