Dans la pièce de théâtre Antigone écrite par Sophocle, l'héroïne éponyme transgresse les interdits, défie les lois édictées par Créon pour offrir une sépulture digne de ce nom à son frère Polynice.
Néanmoins, je pense qu'il serait bon pour la compréhension de cette oeuvre magistrale de comprendre, de percer les motivations d'Antigone. Qu'est-ce qui pousse cette figure tragique à enterrer son frère ? Son amour pour celui-ci, ou la piété religieuse, le respect de la religion et des morts ?
Je pense personnellement que ces deux critères sont pris en compte simultanément. Je suis cependant curieux de recueillir vos avis.
Respectueusement.
Alexis,
L'ayant lu, je pense que Antigone agit,certes, par amour pour son frère, mais pour moi,son acte s'inscrit essentiellement dans le cadre d'une justice morale (face à la justice "légale" exercée par Créon) et d'une piété religieuse, d'un respect des coutumes et traditions…
Antigone, en ce qui me concerne, est l'histoire de la sulfureuse opposition entre légitimité, qu'incarne Antigone. et la légalité, que représente Créon.
Merci pour vos réponses qui confirment bien mes hypothèses 🙂 . Par piété religieuse, je voulais aussi signifier l'action au nom de ces lois "non écrites".
Pour pousser l'idée d'un respect des coutumes et des traditions, on pourrait aussi dire qu'Antigone reste figée sur sa famille (par l'intermédiaire de Polynice, mais aussi d'Oedipe qu'elle accompagne à Colone dans une autre pièce de Sophocle) et presque nostalgique du passé des grandes familles (vs. le droit, qui commence à s'écrire, d'une démocratie qui frôle la tyrannie et qui réduit donc le pouvoir de ces familles). Je n'ai pas eu l'impression qu'elle était véritablement attachée à Hémon, qui fait presque figure d'amoureux éconduit, prêt à se sacrifier pour Antigone. Le prénom même d'Antigone (qui nie l'engendrement, la naissance -ce qui est d'autant plus troublant pour une possible future mère) déterminerait une peur, moins assumée, moins criée par l'Antigone rebelle de la polis, de l'engagement à autrui et à l'amour. Sa détermination à réclamer une digne sépulture à son frère serait pour elle une tentative d'affirmer ce repli dans la structure familiale (même si l'expression me paraît assez anachronique ici) et son attachement indéfectible pour les liens du sang les plus proches qui soient.
Cette interprétation est sans doute plus psychologisante, mais elle peut aussi se valoir à côté des interprétations communément défendues (légitimité / légalité en particulier).