Identité auteur / narrateur

Littérature

6 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Pourquoi, dans un récit à la troisième personne, persiste-t-on à distinguer auteur et narrateur? Dès lors que le narrateur n'est pas un personnage de l'histoire (par exemple à titre de témoin), par conséquent dès lors qu'il n'est pas identifiable, n'est-ce pas qu'il est l'auteur lui-même?
Salut Alph,

On parle de narrateur homodiégétique quand il est un personnage de l'histoire ; de narrateur hétérodiégétique (à ne pas confondre avec hétérosexuel ) quand il est absent de l'histoire qu'il raconte.

Par exemple (sauf erreur), je pense qu'on peut dire que le moi proustien est homodiégétique au même titre que le moi de Radiguet. Ceci n'enlève en rien à leur sens de la narration et au recul du romancier.

Autre exemple célèbre, le début de Madame Bovary, et le fameux "Nous étions à l'étude", il s'agit d'un narrateur homodiégétique. Peu à peu, le narrateur s'efface et devient hétérodiégétique.

C'est ce qu'on appelle les instances narratives ou les voix narratives.

Sauf erreur - j'admets volontiers que je ne maîtrise pas assez le Genette encore. 😉
Ah! Je pensais précisément à Madame Bovary, tout à l'heure, comme à un modèle d'ambivalence. On ne sait pas, au juste, qui raconte.
Je discerne dans ce "nous" du départ une épistémé de l'époque où Flaubert raconte l'histoire - avec son code romanesque - et où celui qui raconte intègre le récit à bras le corps (et, soyons fous, l'âme) pour peu à peu se détacher du "nous" balzacien et rentrer définitivement dans l'idéal flaubertien : le romanesque implacable où l'esprit d'invitation n'existe plus (qu'il soit entre lecteur et auteur d'ailleurs) et où le détachement de l'écrivain s'effectue devant son histoire (et l'Histoire avec sa grande hache), expression aboutie d'une religion de la littérature, du gueuloir jusqu'à la chasse aux relatifs.
Bonsoir "epistémé", "homo et hétéro diégétique", et tutti quanti.
L'auteur a le droit de se balader. Il est devant, derrière, à côté, dans celui-ci, dans celui-là, dans Sirius, dans ses rêves, où il veut: il se balade. Pourquoi essayer de le coincer ?
Il se promène. Vous ne voulez pas vous laisser promener ? Comment comprenez-vous "Madame Bovary, c'est moi" ?
Pourquoi voulez-vous l'empêcher de regarder la chose sous toutes ses coutures ? Pourquoi voulez vous le coincer ?
Qu'est-ce qu'il vous a fait ?
Je suis d'accord avec vous Putakli ; je suis plutôt de l'école de Quignard où, pour aimer la lecture, il ne faut pas forcer les gens. Il faut aimer partir à l'aventure, aimer l'inconnu. Entre nous, je n'aime pas décortiquer un texte comme on décortiquerait une poule pour savoir pourquoi, comment, son oeuf a la couleur de l'or.
Faut-il pour autant négliger tous ces outils essentiels ? Je ne le crois pas.

Pour tenter un élément de réponse sur le fameux "Madame Bovary, c'est moi", un de mes profs me disait qu'il s'agissait non pas de la personne, mais de l'oeuvre.
Mais, selon moi, Flaubert voudrait dire que le "Moi et l'Autre" ne font qu'un dans le miracle romanesque. Le romancier se reconnaît coupable du péché dont il accuse son médiateur.
Comme dirait Balzac dans Pons : "Il devina le monde sur le point de le quitter."

Et je m'appelle Jérémy. 🙂