Construction du verbe "enjoindre"

Langue française

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour à tous,

La construction d'enjoindre me paraît en pleine évolution. Comme l'article que le TILF lui consacre est assez touffu, peu compréhensible et incomplet, je reste sur ma faim.

Peut-on dire enjoindre quelqu'un de faire quelque chose ? Ou enjoindre quelqu'un à faire queque chose ? Ou doit-on s'en tenir au classique enjoindre à quelqu'un de faire quelque chose ?

Je pose cette question parce que je lis de plus en plus souvent (livres, journaux…) enjoindre qqn à ou de faire qqch. Et Touratier écrit dans sa Syntaxe latine (p. 251) : Admonent filium a me amari, Ils enjoignent mon fils à se laisser aimer.

Toutes ces tournures sont-elles à mettre sur un pied d'égalité ? Qu'en pensent les grammairiens ?

Merci à tous.

Zorah
Bonjour,

La construction traditionnelle (cf le Littré) est bien : enjoindre à qqn de faire qqch; c'est du reste la construction "classique" du verbe latin adjungere…
Nous sommes bien d'accord. Mais, pour prendre un exemple d'évolution grammaticale, il fut un temps (début XXè siècle) où il m'en souvient coexistait avec je m'en souviens. Anatole France n'emploie guère encore que il m'en souvient. Et aujourd'hui qui écrit encore "il m'en souvient…", si ce n'est pour obtenir un effet particulier ? Une construction a détrôné l'autre. Peut-être sommes-nous à une époque charnière en ce qui concerne enjoindre ? Connaissez-vous de bons auteurs actuels qui écrivent enjoindre quelqu'un ?

Même remarque pour substituer. On voit de plus en plus souvent l'affreux substitué par mis à la place de remplacé par…
Bonjour Zorah,

Après avoir énoncé l'usage :
On dit correctementenjoindre à qqn de faire qq.ch. et non °enjoindre qqn de.
Le Bon Usage, 14e édition, § 285, a), 7°, cite :
° Il écrivit à sa sœur pour l'avertir de ses dispositions testamentaires, L'enjoignant d'avoir à les faire exécuter. (M. GALLOT, Les hommes naissent tous le même jour, t. I, p. 43). [Phrase négligée.]
Suit un autre exemple, de POIROT-DELPECH, dans Le Monde.

Muriel
Zorah,

Excuse-moi, mais je ne vois aucun rapport entre les constructions personnelle ou impersonnelle de "se souvenir" et le cas qui nous occupe!!! En ce qui concerne enjoindre, il me semble qu'on lui donne un COD sous l'influence de verbes comme forcer, persuader, etc…
C'était, je l'ai précisé, un exemple d'évolution grammaticale. C'est dans ce sens qu'il y a un "rapport" entre enjoindre et se souvenir.
Bonjour à tous,

Le paragraphe ci-dessous est tiré de La Libre Belgique en ligne d'aujourd'hui.
Citation : ''Des responsables de la Maison Blanche m'ont raconté qu'ils avaient été enjoints par les avocats de la Maison Blanche de retirer la transcription électronique du système informatique où de telles transcriptions sont d'ordinaire conservées'', affirme le lanceur d'alerte. Fin de citation.
Ce qui me pose question c'est la construction d'enjoindre. On la rencontre de plus en plus souvent, presque exclusivement je dirais, au lieu de la construction ancienne enjoindre à quelqu'un. Est-elle vraiment fautive ?

Merci à l'avance.
Le verbe enjoindre étant à ma connaissance intransitif, cette tournure passive me semble étrange.
D'après le CNRTL, enjoindre est transitif.
Ah bon ? Eh bien il n’est jamais trop tard pour apprendre.
Je lui enjoins de… (?)
La transitivité porte sur la chose qu'on enjoint : il lui enjoint l'abstinence, il lui enjoint de s'abstenir. On a bien là des compléments d'objet direct pour la chose enjointe, et, bien sûr un cas indirect pour la personne à qui l'on enjoint.

C'est la construction traditionnelle, mais elle est mise à mal depuis pas mal d'années par une poussée de cas direct pour la personne à qui l'on enjoint, sous l'influence (à mon avis) de l'anglais to enjoin, dont c'est la construction normale
transitive verb
1 : to direct or impose by authoritative order or with urgent admonition
// enjoined us to be careful
2a : forbid, prohibit
//was enjoined by conscience from telling a lie
b : to prohibit by a judicial order : put an injunction on
//a book had been enjoined prior to publication
https://www.merriam-webster.com/dictionary/enjoin

Cette construction anglaise est d'ailleurs héritée de l'ancien français :
Empl. trans.
A. - "Ordonner, commander expressément"
- Enjoindre qqc. à qqn : Reconforte le doulcement, Je le t'encharge et le t'enjong (Mir. st Ign., 1366, 103). Si ne doi estre repris, Se j'empris A vous amer, que je pris, Quar Amours fine et entiere Le m'a enjoint et apris ; S'est mes pris, Que ne m'aiés en despris, Ma tres doulce dame chiere. (MACH., Les lays, 1377, 468). Se c'est pour privacion on luy doit enjoindre oizeusité et diete moiste resumptive (GORDON, Prat., c.1450-1500, II, 1). Et n'ayez doubte, vous avez assez bescuit, eaue doulce, vin aigre, chars salees, poissons salez et de bons vins pour grant temps. Et alez a la garde de Nostre Seigneur qui vous vueille conduire, et pensez de bien faire, et de tenir ce que je vous ay enjoint. (ARRAS, c.1392-1393, 88). …et obeiray à luy ou à celluy qu'il luy plaira ordonner son lieutenant en ceste partie, en tout ce qu'il luy plaira à moy enjoindre et commander (LA MARCHE, Mém., II, c.1470, 385).
https://www.cnrtl.fr/definition/dmf/enjoindre?idf=dmfXdXpcYefe;str=0


Néanmoins, toutes les instances grammaticales tentent d'endiguer l'inondation :
https://www.canalacademie.com/ida8104-On-n-enjoint-personne-et-personne-n-est-enjoint.html
https://parler-francais.eklablog.com//enjoindre-a19164292
https://www.academie-francaise.fr/enjoindre-quelquun
https://www.lefigaro.fr/langue-francaise/expressions-francaises/2017/10/19/37003-20171019ARTFIG00005-il-enjoint-a-paul-de-venir-ne-faites-plus-la-faute.php
En fait je n'aurais pas dû dire « intransitif », mais « transitif indirect », ce qui de toute façon exclut la tournure passive , non ?
Par ailleurs, je trouve la phrase citée d’une lourdeur et d’une longueur telle qu’elle en devient obscure.
Pour moi, elle est incorrecte.
En fait je n'aurais pas dû dire « intransitif », mais « transitif indirect », ce qui de toute façon exclut la tournure passive
La tournure passive est possible pour l'objet de l'injonction :
L'abstinence a été enjointe à mon mari.
mais normalement prohibée pour la personne objet de l'injonction :
*Mon mari a été enjoint de s'abstenir.
On peut dire, bien sûr :
Il a été enjoint à mon mari de s'abstenir.
La tournure passive est possible pour l'objet de l'injonction :
Oui. Mais ce n’est pas le cas dans l’objet qui nous occupe.
Laoshi a écrit :Ah bon ? Eh bien il n’est jamais trop tard pour apprendre.
Je lui enjoins de… (?)
Je l'enjoins de ?

Pourquoi pas ? Toute langue évolue, et la grammaire de Littré a vieilli. Un éminent grammairien au moins semble admettre cette construction (message 4 ci-dessus).
Je ne suis pas sûr de suivre. Dit-on :
je l'enjoins de lire le CNRTL,
ou
je lui enjoins de lire le CNRTL ?

(Je choisirais la première tournure.)
Mauvaise pioche ! 😂
Je l'enjoins de ?
Pourquoi pas ? Toute langue évolue, et la grammaire de Littré a vieilli.
Et pourquoi pas : Je l’ordonne de… ou je le demande d’aller me chercher du pain ?
Toute langue évolue certes, mais alors, je préfère qu’on évite d’utiliser un verbe plutôt rare de façon erronée si l’on ignore sa construction.
On a déjà tellement de *pallier à .
Au temps pour moi. 😞
Ne sois pas triste Hippocampe. Tu vois, si tu lis la libre Belgique , tu seras dans le ton. 🙂