Bonjour à tous !
J'ai réfléchi à ce que je voulais faire dans ma vie et j'en suis arrivé à cette constatation : j'ai très envie d'enseigner mais j'hésite entre deux choix opposés :
- soit enseigner aux petits (maternelle et primaire) parce que je m'entends très bien avec les enfants, qu'ils sont très dynamiques et que j'ai envie de leur faire découvrir le monde.
- soit enseigner à la fac parce que cette ambiance me plait et que le contact avec les étudiants est très agréable. Le niveau d'études et les qualifications requises ne sont pas les mêmes j'en ai conscience.
Je sais que c'est le grand écart mais c'est un peu problématique pour moi. Je n'ai pas spécialement envie d'enseigner au collège ni au lycée.
J'attends vos avis !
Salut !
Essaie de savoir si tu te vois continuer tes études jusqu'à un doctorat ou si tu préfère passer le CAPE pour être prof des écoles. Est-ce que tu aimerais enseigner une matière en particulier, que partager ta passion pour une discipline est pour toi essenciel, ou est-ce que tu préfère enseigner différentes disciplines et être plus dans l'aspect "pédagogique", être plus proche des élèves (parce que moins autonomes, moins adultes, ayant besoin d'affectif aussi etc.).
Pour enseigner avec les tout-petits, il faut savoir être très patient, avoir les yeux partout, improviser, consoler, accepter que toutes les connaissances acquises en fac ne te serviront surement que dans une très infime portion etc.
Sinon, as-tu déjà été anim dans une colo ou un CLSH avec des maternelles ou des enfants de 8-10ans ? Si non, tente l'expérience, c'est vraiment très enrichissant et ça te permettra de savoir si tu es fait pour ça ou non (de plus parfois le BAFA peut être remboursé par la mairie ou autre, renseigne toi).
D'autant que le problème avec l'enseignement en fac, c'est que c'est très, très difficile d'y accéder.
Il y a dix ans, on pouvait se permettre d'avoir seulement un doctorat, de se trouver un poste dans une université à l'étranger et de revenir en France par la suite. Et c'était déjà très difficile.
La réalité fait que l'on doit aujourd'hui cumuler plusieurs critères qui sont plus ou moins injustes, au sens où ils ne dépendent pas seulement de ton parcours :
- avoir un doctorat mention TB (bon ça, ça se comprend) ;
- avoir plusieurs années d'enseignement dans le supérieur avant d'espérer décrocher un poste de maître de conférence (je m'appuie seulement sur les propositions de poste émises sur Fabula) : ce qui veut dire qu'avant d'avoir un poste fixe, il faut galérer entre les postes d'ATER et ceux de PRAG ;
- avoir l'agrégation (externe), c'est aujourd'hui un sésame quasi incontournable ;
- avoir un directeur de thèse qui sache jouer du piston (c'est hélas vrai), se faire en plus des contacts dans le supérieur pour faire avancer les choses ;
- publier des articles dans diverses revues pour espérer se faire un nom ;
- doubler les normaliens qui décrochent la plupart des postes (sauf si bien sûr tu es toi-même normalien, dans ce cas, ce sera plus facile).
Je ne veux pas te décourager (enseigner dans le supérieur est également mon but à terme, donc je sais ce que c'est d'avoir cela en tête) mais il faut en être conscient.
Le parcours le plus classique, c'est un an en post-doc, puis un ou deux ans en tant qu'ATER, puis pas mal d'années dans le secondaire avant de décrocher un poste… y compris pour les normaliens (sauf qu'eux ne sont pas ATER mais AMN pendant leur doctorat). Parfois aussi, pendant ton doctorat, si tu n'es pas normalien, tu peux avoir une bourse de thèse tout en enseignant (contrat doctoral), ça facilite un peu les choses mais c'est, là aussi, rare à décrocher.
Sans compter le nombre de postes, qui se raréfie…
devoralyce a écrit :…tableau apocalyptique…
Malheureusement, je ne peux guère démentir ces propos, et cela ne risque pas de s'arranger.
devoralyce a écrit :y compris pour les normaliens (sauf qu'eux ne sont pas ATER mais AMN pendant leur doctorat). Parfois aussi, pendant ton doctorat, si tu n'es pas normalien, tu peux avoir une bourse de thèse tout en enseignant (contrat doctoral), ça facilite un peu les choses mais c'est, là aussi, rare à décrocher.
Les normaliens peuvent être ATER pour la dernière année de leur doctorat, ou le post-doctorat, pas pendant les années normales du doctorat puisqu'ils sont soit en contrat doctoral (de plus en plus) soit AMN c.-à-d. allocataire moniteur normalien.
Donc les étudiant normaux ont soit le contrat doctoral, soit rien du tout, mais pas de statut d'ATER les deux premières années, impossible statutairement (sauf s'ils sont fonctionnaires…). 🙂
Ensuite, le contrat doctoral, ce n'est pas une bourse, ou un truc un peu bizarre, c'est un vrai salaire chaque mois garanti par un contrat de travail (recherche seule, ou recherche + activité complémentaire). C'est ça la vraie révolution de ce machin.
D’où sortez-vous,Tenno, que la situation est différente pour les normaliens et les autres doctorants ? A part évidemment la durée du statut d’ATER puisque les premiers sont fonctionnaires, donc 3 ans au lieu de 1 + 1 ?
Anne345 a écrit :D’où sortez-vous,Tenno, que la situation est différente pour les normaliens et les autres doctorants ? A part évidemment la durée du statut d’ATER puisque les premiers sont fonctionnaires, donc 3 ans au lieu de 1 + 1 ?
La situation est différente dans la mesure où les normaliens peuvent être AMN et pas les étudiants, vu que AMN signifie Allocataire-Moniteur Normalien…
Et les normaliens sont fonctionnaires stagiaires, pas titulaires.
Anne345 a écrit :… la durée du statut d’ATER puisque les premiers sont fonctionnaires, donc 3 ans au lieu de 1 + 1 ?
Heu, non… A ma connaissance, normalien ou pas, on est ATER pour un an, éventuellement reconductible. Mais les choses ont pu changer sans que je m'en sois aperçu (dans mon cas, c'était il y a 12 ans).
Donc, il n'y a aucune différence ni pour ATER, ni pour le contrat doctoral.
En gros ça sert strictement à rien d'être Normalien? Si ce n'est pour le salaire quoi…
Et pour la qualité du candidat lors des candidatures aux différents postes.
Oui, mais je veux dire, l'école en soit n'apporte rien de "plus". Ce qui est important c'est surtout qu'un Normalien aura un bon niveau. Mais c'est tout, il galerera autant que les autres. L'ENS c'est pas du tout une "porte dorée" qui ouvre à tout en fait.
C'est pour ça, je n'en vois pas trop l'interrêt si ce n'est par prestige. Après Ulm, ne peut-on pas bifurquer sur Science po ou autre?
Parce qu'à moins de vouloir vraiment travailler dans l'enseignement (et donc vraiment galérer avant d'y arriver), autant taper dans d'autres établissements prestigieux non?
SimRack a écrit :L'ENS c'est pas du tout une "porte dorée" qui ouvre à tout en fait
Si deux candidats se présentent pour un poste en fac et que l'un d'eux est normalien, c'est le normalien qui emportera le poste, à moins que le directeur du labo de recherches soit anti-normalien à fond (il y en a) ou que le non-normalien soit le poulain de son meilleur chercheur (son meilleur pote, sa femme…).
Arrive devant un labo de recherches et fais "salut je suis normalien", ils t'ouvriront grand les bras. Arrive en disant "salut, j'ai un super doctorat et l'agrégation", ils te poseront d'abord la question : "hum, sortez-vous de l'ENS, monsieur/madame?". Et si tu n'as pas telle quantité d'articles de relative bonne qualité, si ton directeur de thèse ne fait pas trembler de peur et d'admiration les bras de ses condisciples, si en clair tu ne t'es pas déjà fait un petit nom dans le milieu, ils te riront au nez, et te recommanderont d'aller d'abord galérer dans le secondaire.
Moi j'appelle bien ça une "porte dorée". Même si, il est vrai, les normaliens
aussi commencent à avoir du mal à trouver des postes en fac -
mais ce seront toujours les premiers servis.
Notons qu'il n'y a aucune amertume ni mépris dans mon message : juste une constatation pure et dure de la réalité.
Je vois. Disons que ce n'est pas une voie assurée à 100%, mais que les Normaliens sont les mieux lottis.
Mais bon, c'est rageant tout de même de se dire qu'on est rentré dans la meilleure école Française (dans ce domaine là en tout cas), et que même ainsi on doive tout de même avoir du mal à trouver des postes.
Euh je crois qu'on s'écarte du sujet
De toute façon, Thomas, tu as encore pas mal de temps devant toi avant de te décider pour telle ou telle carrière de l'enseignement… Continue à bien travailler et encadre des enfants l'été comme l'a justement suggéré quelqu'un et ton dilemme se résoudra en partie avant l'entrée en master.
Ce serait trop facile, s'il suffisait d'avoir réussi un concours à 20 ans pour avoir sa carrière toute tracée. Par ailleurs, désolé, mais le salaire est un énorme avantage, sauf peut-être pour l'énorme majorité des normaliens qui n'en a pas besoin… Mais pour ceux qui viennent de milieux sociaux défavorisés, c'est une chance (j'en sais quelque chose).
SimRack a écrit :Je vois. Disons que ce n'est pas une voie assurée à 100%, mais que les Normaliens sont les mieux lottis.
Mais bon, c'est rageant tout de même de se dire qu'on est rentré dans la meilleure école Française (dans ce domaine là en tout cas), et que même ainsi on doive tout de même avoir du mal à trouver des postes.
Il y a une autre voie pour le doctorat et le possible enseignement en fac, sinon, qui est un peu plus faisable : s'expatrier. Aux Etats-Unis. Mais il faut parler l'anglais (avoir une très bonne note au TOEFL), avoir un solide dossier, 3 lettres de recommandation, et toujours un peu de piston. Mais oui, c'est un peu plus faisable… Au moins, on est payé et on donne des cours pendant son doctorat, on participe à des colloques, on publie des articles, et on peut toujours revenir en France après.
Enfin, Thomas, je te conseille d'abord de bien te renseigner de toutes les façons possibles. Et, si le supérieur se révèle au final être ta voie, de te faire des contacts
dès ton arrivée à la fac. De te renseigner sur la recherche, et de potasser à fond. A partir de là, tu auras toutes les chances de réussir. Enfin, c'est ce que je te souhaite.