Beckett, Fin de partie - Rôle des accessoires / Peut-on parler d’une crise de la communication ?

Entraide scolaire

5 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

Pour m'entrainer à l'épreuve de littérature du bac, j'ai essayé de composer un plan répondant au sujet sur Fin de Partie proposé cette année au Liban. Les deux questions étaient :
1 - Quel rôle les accessoires jouent-ils dans Fin de Partie ?
2 - Peut-on parler d'une crise de la communication dans Fin de Partie ?

Pour la première question, j'aurais organisé ma réponse comme ceci :

I. Les accessoires permettent de donner un ton comique à la pièce.
- La situation de Nell et Nagg dans les poubelles
- Le "chien" de Hamm
II. Mais ils soulignent aussi la situation tragique dans laquelle se trouvent les personnages
- Le fauteuil de Hamm, à roulettes, peut faire penser à une chaise percée
- Le cathéter, symbole de la "mauvaise santé" de Hamm
- Les rideaux "fermés" rendent l'espace scénique fermé, presque sordide
III. Les accessoires servent à mettre en valeur la condition des personnages
- La pantomime de Clov dans la didascalie initiale, avec les rideaux, soulignent le non-sens dans lequel ils évoluent
- Le "tour du monde" en fauteuil (p.40-44) met en relief l'exiguïté de l'espace scénique dans lesquels Hamm, Clov, Nell et Nagg vivent.

Enfin, pour la deuxième, j'aurais organisé ma réponse comme ceci :

I. La communication et le langage en crise dans Fin de Partie
- Les mots perdent de leur sens ("Hier" qui semble ne plus rien évoquer pour Nell à la page 29)
- Le dialogue est souvent vidé de tout son sens (Passage où Clov déroule simplement les conséquences des projets de son père "Alors nous mourrons …")
- Le silence révèle un malaise dans la communication (Répétition de la didascalie "Un temps")
II. Toutefois, les bribes de communication restantes sont essentielles
- Communication nécessaire pour le théâtre (Mise en abîme)
- Pour les personnages, les mots, si vidés de sens soient-ils, sont le seul moyen d'exister.
III. La communication en crise est nécessaire pour les échanges entre personnages
- La communication permet de rendre le rapport de force entre les personnages ("Boucle le" p.22 qui montre l'ascendant de Hamm sur les autres, la tension qui s'est installée entre eux => Impératif présent)
- La communication permet toutefois de garder le lien entre les différents personnages : souvenir (le tandem, la blague du tailleur et l'anecdote sur le lac de Côme) et parenté (quasi lyrisme de l'évocation de l'enfance de Hamm par Nagg)

Ai-je convenablement traité ces sujets ?
Je pense qu'il faut tout d'abord te féliciter : tu sembles bien connaître la pièce, tu as bcp d'exemples, les mots que tu emploies montrent que tu l'as comprise dans l'ensemble (bien vu le lyrisme - pas besoin de quasi - de l'évocation de l'enfance ; Beckett a en effet une dette à l'égard de la poésie lyrique romantique qui traite de paysages-états d'âme ; pense aussi au lac de Côme, au petit youyou sur la rivière cher à H dans Comédie et j'en passe. Au lieu de quasi-lyrisme, parle plutôt de lyrisme brisé par le burlesque, le comique, le prosaïque, bref). De plus, tes plans en trois parties seront bien vus.
Pour les accessoires, je pense qu'il faut te rappeler que l'on est au théâtre, dans un théâtre qui refuse le naturalisme et qui, pourtant, met en scène des objets tout-à-faits banals ; si l'on pense aux objets de jadis d'En attendant Godot et Oh les beaux jours (une vielle pipe-bouffarde, un montre-gousset, une vieille ombrelle) ou aux objets incongrus (un flingue), ceux de Fin de Partie sont quand-même tout-à-faits banals, neutres, ils peuvent donc représenter le quotidien et nous placer dans une perspective naturaliste (à briser bien entendu) ; ces objets connoteraient le quotidien, nous plongeraient dans une journée banale des personnages présents.
Ta deuxième et ta troisième parties se répètent ; fais une partie sur la force symbolique des objets, mais pas deux, insiste plutôt sur le rôle dramatique des objets ; ils font parler les personnages, ils les font agir, ou tout simplement ils sont là, n'ont aucun autre rôle que celui d'être là, on les regarde car ils sont ob-jets (au sens étymologique ; jetés devant les yeux). Le rôle dramatique des objets manque un peu.
Bonjour !

Je trouve très pertinentes les remarques de la partie une. Mise en forme et problématisée, il y a certainement là tous les ingrédients en tout cas d'une bonne partie.
J'émettrai quelques réserves sur la deuxième, qui relève déjà plus d'une énumération de cas. En étant vraiment très méchante, je pourrais dire qu'elle manque de recul.

Cela dit comme je ne connais rien de pire que de reprendre un sujet en donnant sa propre version, toute mâchée et hiérarchisée (comme en plus, jouons franc jeu, je n'ai pas envie de le faire), il faudra se contenter de mon avis, et de quelques observations qui peuvent en les méditant, induire une problématique. Dans le fond je trouve domage de ne pas relever d'emblée que le langage se pose à la fois comme un moyen de tuer le temps c'est à dire de remplir, masquer par le dit l'absence de contenu même, et par le récit l'absence d'évènements(métonimie : tout comme le monde est réduit à quelques accessoires) donc un moyen de faire passez le temps, mais en même temps qui strucutre le temps, contruit le temps, découpe la partie en manches et le chant en refrains _ donc a pour effet de le retenir. "Fin de partie", pose la fin avant même d'avoir joué le début. Il n'y a rien à voir : c'est une fin qui a lieu. Mais alors la première phrase de Clov pose des enjeux bien particuliers : : "fini, c'est fini, ça va finir, ça va peut être finir…"


A partir d'une fin, le simple fait d'annoncer la fin, de prôner la fin, de dire qu'il n'y a plus rien retarde la fin effective, et au contraire fournit l'aliment d'une parole, d'une surenchère qui, déclinée et étoffée deviendra une pièce. Il n'y a donc rien _ que le fait de dire qu'il n'y a rien. Il n'y a plus de Dieu, plus d'idéaux, plus de nature plus d'autres, plus de mouvements, plus de meubles intérieurs _ il ne reste rien à faire, rien à penser, rien en quoi croire, nulle part où aller. Il ne reste plus qu'à dire qu'il n'y a nulle part où aller, rien en quoi croire, rien à penser etc… Estropiés comme ils sont, si les personnages s'arrêtaient de parler il y a tout à parier qu'il ne se passerait alors plus RIEN - vraiment rien.

Maintenant si l'on considère que c'est une pièce sur une fin, sur la fin de tout _ alors n'est ce pas précisément le moment où plus qu'à tout autre la parole devrait être inutile?
Parler vaut-il le coup quand ce n'est que pour affirmer les négations de ce qui était ? Il n'y a plus de nature, Il ny a plus d'espoir, il n'y a plus d'ailleurs…. Le langage n'a-t-il pas vocation à affirmer au contraire, à éllaborer un discours ? Est-ce un langage, que de conctater encore et sans fin ce qu'il n'y a plus, ce qu'il n'y a pas _ n'est ce pas la négation du langage, ce constat perpétuel qui raporte le monde, est fidèle au monde, et ne transforme rien de ce qu'il perçoit ? Est ce un triomphe du langage, qui survit à tout le reste, ou une crise du langage ? Est ce que cette pièce est la preuve qu'il faut du contenu pour dramatiser le langage et lui donner un sens autre que son énumération absurde excercée sur le vide ? ou bien est ce qu'au contraire on vit très bien sans contenu, de la simple énuméartion , et que cette manière de meubler constitue une vie à part entière. ("ça avance") Mais qu'est ce qui avance ? Ce n'est pas la vie : c'est le commentaire de cette vie que père et fils se jouent chaque jour. Tout comme les accessoires sont le commentaire du monde (chien = nature; fenêtre = réalité astrale; réveil = temps; poubelle = confort et installations humaines…) leur substitut grotesque et vidé de lyrisme, de vrai souffle vital.


Accessoires et langage ne jouent-ils pas au fond le même rôle ?
Merci pour vos conseils, j'en prend note 🙂.
Petite question assez générale … mais comment savoir que l'on a "problématisé", comment "problématiser" ? S'il semble que je ne rencontre que peu de problèmes à le faire en histoire, voire en philosophie, on me fait souvent ce genre de reproche en littérature. Pourtant, j'essaye d'éviter le plus possible la simple narration.
Personnellement je ne me suis jamais embêtée à problématiser pour cette épreuve et ça ne m'a jamais pénalisée… Les questions posées sont suffisamment claires, à mon avis, pour éviter de se casser la tête à trouver une "problématique" originale. Ce sera de toute façon ton développement qui montrera que tu as bien vu toutes les subtilités (ou pas) que cachait le sujet.