Beckett, Fin de partie - Comment justifier l’humour dans une pièce aussi désespérée ?

Entraide scolaire

9 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,
Mon professeur de Littérature m'a donné un sujet sur l'humour que l'on peut trouver dans Beckett, le sujet est le suivant : "Comment justifier l'humour dans une pièce aussi désespérée que "Fin de Partie"? Je ne m'en sors pas aisément avec le théâtre de l'absurde, si vous pouviez m'aider cela me ferait avancer.
J'avais pensais en premier a faire une partie sur l'auto dérision des personnages et une deuxième sur l'humour pour mieux évoquer toucher le lecteur
Merci d'avance
Sambre a écrit :Je ne m'en sors pas aisément avec le théâtre de l'absurde
Ah bah, tant mieux, Fin de Partie n'est pas, n'a jamais été et ne sera jamais du théâtre de l'absurde.
Cela dépend de ce que l'on prétend mettre sous le mot "absurde" !
Ce milieu austère avec ces fameux "bras cassés" n'est pas le quotidien de chacun, dans l'absolu !
L'accentuation de ces malheurs concentrés, laissent filtrer une sorte d'humour-amour au second degré. Lire autrement, différemment, peut se dire et se nommer absurde, voyez-vous !
J'emprunte le terme d'absurde à mon professeur, ce sont ces propres mots. Je me suis assez documentée pour savoir que Beckett n'aimait pas trop que l'on nomme son théâtre ainsi… Mais mon problème n'est pas là, ceci dit.
Sur l'instant, je tenterais de développer dans un premier temps chacun des deux thèmes, rire (goût des personnages pour la plaisanterie, situations extravagantes, mais le rire se perd, notamment lorsque Hamm et Clov ne parviennt pas à "pouffer") et désespoir (personnages infirmes et souffrance, décor post-apocalyptique, pénurie). Enfin, j'essayerais dans une troisième partie d'adopter une position plus nuancée, en montrant comment le tragique et le comique s'imbriquent au sein de la pièce (humour noir, dérision), et quels effets en découlent (humanité qui se perd, grotesque etc.).

Cela dit, ce sont les éléments qui me sont directement venus à l'esprit. Il ne sont peut-être pas très pertinents.
Voila qui peut t'etre utile :

« Le comique étant intuition de l'absurde, il me semble plus désespérant que le tragique. Le comique n'offre pas d'issue. »
Merci, je pense que tes éléments vont m'être très utile je vois déjà beaucoup plus ce que je peux en dire 🙂
Aldebaran a écrit :Cela dépend de ce que l'on prétend mettre sous le mot "absurde" !
Ce milieu austère avec ces fameux "bras cassés" n'est pas le quotidien de chacun, dans l'absolu !
L'accentuation de ces malheurs concentrés, laissent filtrer une sorte d'humour-amour au second degré. Lire autrement, différemment, peut se dire et se nommer absurde, voyez-vous !
Jouer sur les mots est tentant, mais avec l'expression figée de "théâtre de l'absurde", ce n'est plus possible ; elle a été figée par Esslin et l'utiliser revient à se placer sous la coupe d'Esslin, ce qui est destructeur pour Beckett. De même, le sentiment d'abs-trait, d'abs-urde, d'abs-olu est légitime mais doit être vite nuancé par le caractère extrêmement précis du texte de Beckett, qui est moins un abstracteur qu'un soustracteur ("Devenir moindre, toujours moindre, sans jamais disparaître" Cap au pire).
Bonjour, dans ton sujet, le rire englobe toutes les formes de comique, c'est-à-dire aussi bien:

La blague→ récit bref amusant qui comporte une chute
Le calembour→ jeu d'esprit fondé sur un double sens des mots, des sens
Le burlesque→ comique éxagéré, lourd
Le gag→ effet de surprise et qui peut se répéter
L'humour→ forme d'esprit qui a pour but de critiquer, de se moquer pour faire ressortir un comportement, un trait de caractère
L'humour noir→ idem mais le sujet n'ets pas quelque chose de drôle (ex: la maladie, la mort)
La bouffonerie ou pantalonnade→ jeu de scène exagéré, grosse farce

..tu peux donc repére plusieurs de ces aspects dans la pièce:
*les ressorts du comique dans la pièce, à savoir →
_L'absurde; "Si je ne tue pas ce rat il va mourir" p.88
_Calembours: jeux de mots (ex: "elle s'est éteinte" p.58)
_humour noir: Nagg et Nell dans les poubelles
_burlesque: démarche de Clove (raide et vacillante)- Nagg et ?ell qui sortent et rentrent dans leurs poubelles- Nagg et Nell qui essayent de s'embrasser- la puce dans le pantalon de Clov p.48
_comique de répétition: -déisodes- de répliques-de mots
_parodies: "il pleure donc il vit", "Il regarde la maison sans doute, avec les yeux de Moïse mourant" p.102, références bibliques

*le rire des personnages →
Ils sont dans un mauvais état, mais ils rient, donc ils refusent la compassion, ils rient d'eux-mêmes, ils ne veulent pas s'apitoyer. De plus ils peuvent commander leur rire, or le rire est spontané.
_p.23 Hamm. "On ne rit pas?" Clov. "Je n'y tiens pas"
_p.29 et 68 didascalie→ Ils rient.
_p.31 Nell. "Rien n'est plus drôle que le malheur" (phrase préférée de Beckett dans sa pièce)
_p.43 "Une foule en délire"
_p.79 Hamm. "C'est ça qui te fait rire?"
_p.80 Clov. "Je ne pourrais plus pouffer aujourd'hui"

Tu peux donc dire que le rire est bien présent dans la pièce et qu'il est utilisé de manière atypique, peu commune, c-à-d que les personnages tournent leur désespoir en dérision, comique que l'on ne comprend pas toujours, mais qui sert à mettre le spectateur à distance, cf. la distanciation de Brecht.