Un bon auteur n’est-il pas toujours dépassé ?

Littérature

6 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,
Peut-être le titre du topic ne convient pas exactement à mon interrogation, mais je ne vois pas comment l'interpréter en une seule phrase.
Je suis parti d'un constat : mes professeurs, et beaucoup d'intervenants du forum évoquent souvent leurs préférences personnelles en matière littéraire. Comme argument d'autorité, beaucoup expliquent que l'auteur a réussi à créer une œuvre dans des situations difficiles : soit son concept était innovateur pour son époque, soit culturellement (même aujourd'hui) il a su se détacher de ses origines pour créer une œuvre universelle.
Voici mon incompréhension : un livre qui est intéressant seulement du point de vue synchronique n'est pertinent qu'en fonction de l'étude d'une époque, ou d'une certaine admiration pour l'auteur. A partir du moment où ce qu'il dit est devenu du sens commun, on ne peut s'intéresser réellement au propos…
Or admirer un auteur (ou étudier une époque) ne me paraît pas une source d'intérêt intense (ou en tout cas de "plaisir"). Un livre classique qui a porté un avis tellement universel qu'il s'est incorporé aux mœurs peut-il véritablement être apprécié et pourquoi ? Y aurait-il quelque chose qui m'a échappé, un critère d'intérêt oublié ?

On pourrait alléguer que la prose de l'auteur suffit amplement. On devrait alors distinguer deux cas : les textes qui se veulent uniquement esthétiques (et dans ce cas, ils sont toujours parfaitement d'actualité), et les textes porteurs d'un message (l'esthétique me paraissant alors indissociable du message, la beauté du texte ne risque-t-elle pas d'être ternie par son sens déjà deviné d'avance ?). Et même si les seconds ne perdaient rien de leur beauté, ne vaudrait-il pas mieux lire les premiers, tant qu'à ne pas en savourer le sens ?
Bonjour. Selon moi, mes préférences s'orientent selon plusieurs critères:

Un bon auteur doit avant tout avoir un style écrit qui porterait son esthétique, donc pouvant être

apprécié oralement. J'accorde une grande importance à "l'oreille" d'un texte. Généralement un bon

style s'accompagne d'une pensée éclairante, en exercice. Ensuite, un auteur se doit d'innover,

l'écriture est une recherche et cela doit être visible dans la carne de l'écrit. Evidemment, l'oeuvre

s'inscrit toujours dans une époque - pour en épouser les systèmes, les tendances idéologiques ou

au contraire s'en départir - mais elle est censée se faire élan vers l'universel, tentatives de percer

les coins et recoins de l'âme humaine. En ce sens, à partir de là, les oeuvres militantes,

engagées me semblent perdre en style si elles sont essentiellement vouées au militantisme, leur

système cloisonne au lieu d'élever et d'appeler à la réflexion. Fermée à une époque, elle bride

l'universel en faisant mine d'en présenter tous les stigmates…
Je ne suis pas très adepte de toutes les théories qui définissent de près ou de loin ce qu'est "un bon auteur" ou "un bon livre". Ceci dit, la littérature est un témoignage, une trace dans l'histoire des hommes et dans l'histoire de la pensée humaine. En ce sens, une oeuvre ne peut pas devenir obsolète ; je ne lui demande même pas d'être universelle ou intemporelle, puisqu'elle donne déjà ce qu'elle est : l'émanation d'un homme, avec une sensibilité et une psychologie qui lui sont propres, qui sont éventuellement ancrées, arriérées ou novatrice -c'est égal- par rapport à son temps.
Quelque part, reprocher à un livre d'être dépassé, c'est lui reprocher de ne pas être adapté à notre manière de penser, alors que justement, une des plus grandes richesses de la littérature est de nous ouvrir à l'arc-en-ciel de ce qu'est l'humanité. Bien sûr, certains auteurs et certains sujets me touchent plus que d'autres, mais ces critères restent personnels, et évoluent même au gré de mon parcours et de mes humeurs ; ils ne méritent donc pas d'être érigés en principes absolus.
No comments.

Si les bons auteurs étaient dépassés, votre bibliothèque serait tristement vide et vos pensées seraient tristement naissantes… 😂 !
Je pense qu'il est extrèmement périlleux d'essayer de considérer un texte en soi. Un texte est fondamentalement adressé et sa destination déclenche et modèle son élaboration. L'esthétique qui permet de qualifier un texte ou une œuvre de beaux ne tient pas seulement au texte ou à l'œuvre mêmes. Elle procède pour partie de sa fonction réparatrice de l'ordre du monde. Il n'est d'autre analyse féconde que de découvrir QUI dit QUOI à QUI, et on peut juger de l'acte par les bénéfices qu'il apporte.
Bonjour à tous
Je me permet de déterrer ce sujet, car il me semble qu'il pose une question qui est intéressante et à laquelle on a tendance à rétorquer un état de fait (comme le fait LuckyLuke), sans prendre la peine de réfléchir. S'il est a priori évident qu'une œuvre littéraire n'est pas dépassée, il reste à savoir pourquoi.

Quant à moi, je suis parfaitement en accord avec ce qu'a dit Melpomene sur l'humanité intrinsèque de toute œuvre d'art. Mais je ne crois pas que l'on cherche uniquement un homme derrière une œuvre, je crois que l'œuvre a une existence par elle-même et qu'elle nous fascine également en soi. Mais j'ai beaucoup de mal à savoir ce qui exerce cette fascination.

Si certains ont des idées plus claires ils peuvent nous en faire part…
merci