Comment puis-je aimer la littérature française ?

Littérature

19 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
Livres sur Amazon
Je sais que c'est une question banale mais à la fois bizarre et même un peu stupide.

Comment pourrais-je avoir cette sensation d'envie de lire une histoire, d'acheter un livre quand on est PAS francophone?

Je veux dire, j'aime bien la littérature en génerale avec une certaine préference envers les littératures américaine (surtout contemporaine!) et japonaise. Alors comment puis-je développer cet "amour" avec les livres français?
dis nous d'abord si tu as déja essayé de lire un livre français
Et ce que tu aimes dans la littérature américaine et japonaise, pour essayer de déterminer des constantes susceptibles de se retrouver chez certains auteurs français. =)
tassure a écrit :dis nous d'abord si tu as déja essayé de lire un livre français
Volontairement ou involontairement? Pour l'école oui. J'achète rarement des livres en français (par rare je veux dire 2 livres par moi qui est un chiffre relativement peu comparé au nb de livres anglais que j'achète chaque semaine qui est de 1-3 livres).
Ursus a écrit :Et ce que tu aimes dans la littérature américaine et japonaise, pour essayer de déterminer des constantes susceptibles de se retrouver chez certains auteurs français. =)
Justement, la différence de culture entre ces trois-là change la manière dont comment un livre de telle langue peut être écrit…

Cela dit, j'aime bien les livres qui traitent les taboos, crtiqiue la société ou bien met en évidence l'ignorance humaine. D'après les choses que j'ai écrites, on peut suggérer que j'aime bien les livres des auteur comme Le Clézio vous [tu] vois.
Je pense que la nouvelle est bien pour débuter dans une littérature étrangère.
Je pense aussi que c'est parfait pour commencer. Je conseillerais Mérimée sans hésitation (La Vénus d'Ille surtout, Tamango, Carmen et Mateo Falcone aussi).
Merci beaucoup pour tout vos commentaires, ça m'aide vraiment! Je vais commencer déjà de lire La Vénus d'Ille!
Bonjour Fuedor,
Je serais curieux de connaître la raison pour laquelle vous avez conseillé Mérimé : serait-il simple à lire ; savoureux ; ou représenterait-il bien la littérature francophone ?
J'ai lu quelques unes de ses nouvelles il y a peu. J'en suis alors sorti dubitatif : si cet auteur est si connu, c'est qu'il a du talent… Je ne l'ai pas vu, et cela m'a vexé. Si vous pouviez m'éclairer, je vous en serais reconnaissant.

J'appuie l'avis de Theophilius : une nouvelle est rapide à lire; peut être très simple ; laisse une vision d'ensemble en quelques pages.
Pourquoi pas Maupassant? Boule de suif, Le Horla…
utilisateur a écrit :Bonjour Fuedor,

Foedor 😉

Je serais curieux de connaître la raison pour laquelle vous avez conseillé Mérimé : serait-il simple à lire ; savoureux ; ou représenterait-il bien la littérature francophone ?
J'ai lu quelques unes de ses nouvelles il y a peu. J'en suis alors sorti dubitatif : si cet auteur est si connu, c'est qu'il a du talent… Je ne l'ai pas vu, et cela m'a vexé. Si vous pouviez m'éclairer, je vous en serais reconnaissant.
Mérimée est connu ? Disons plutôt qu'il est encore assez pratiqué en collège, très peu en lycée, presque pas du tout dans le supérieur : très peu de gens étudient Mérimée, un thèse est parue en 2007, c'était la première depuis bien longtemps… La dernière version du Lagarde et Michard XIXe lui consacre 3 pages, c'est dire s'il sombre dans l'oubli. Je pense néanmoins qu'il a du talent, je vais essayer de t'en convaincre.

L'œuvre narrative de Mérimée (les nouvelles, + La double méprise, + Chronique du règne de Charles IX) paraît simple : la langue de Mérimée n'est pas vraiment compliquée, d'où son intérêt quand on veut commencer à lire de la littérature francophone. Et pourtant, on ne peut pas dire que ce soit vraiment simple : le style est vif, déborde d'intelligence et d'une grande maîtrise de l'histoire culturelle, de l'histoire tout court. Son texte est toujours truffé de références culturelles plus ou moins cachées qui montrent bien ce qu'est l'écriture pour Prosper : il s'agit d'écrire avec le sourire aux lèvres, en se moquant des idiots, parfois cruellement, dans une prose cultivée mais jamais pédante (je ne dis pas que ce soit toujours réussi, son théâtre est à côté de la plaque je pense). Mérimée est un homme curieux, il est ouvert à toute l'Europe, occidentale et orientale, son imagination est peuplée des femmes aux yeux noirs de l'Andalousie, de l'exotisme des Balkans, de l'air pur et froid de la Suède, des loups-garous des Steppes, bref, tant des paysages que des hommes de toute l'Europe, tant des animaux que des monuments et coutumes de ces pays. Et pourtant, Mérimée, s'il a beaucoup voyagé (Espagne, Londres) a souvent une connaissance livresque de tous ces pays guides touristiques, livres d'histoire, littérature du pays, ouvrages de géographie, tout est bon pour nourrir la couleur locale mériméenne, qui s'affine au fil du temps, et du caractère stéréotypé du Théâtre de Clara Gazul s'achemine vers la finesse des Pyrénées orientales dans la Vénus d'Ille. Mérimée est comme le bon vin, il s'affine au fil du temps.

Je ne sais pas ce que tu entends par "représentatif de la littérature francophone", mais il y a quelque chose de très français chez Mérimée et dans sa désinvolture, son élégance, son flegme, quelque chose de très parisien. Quant à son caractère français, il tient principalement en son rapport à Voltaire, qui est la pierre de touche du libéralisme politique jusqu'à 1830. Mérimée est celui qui fuit la superstition et les préjugés, il est l'héritier des Lumières. Mais cette position est complexe, c'est là qu'il devient vraiment génial à mon sens : comme l'écrit P. Glaudes, les Lumières ont privé l'homme de ses plus rassurantes certitudes. L'homme qui ne croit plus en rien a besoin de nouvelles croyances irrationnelles, et c'est bien le cas de Mérimée, qui dit dans une lettre à une de ses amies qu'il ne croira jamais aux fantômes, mais que le temps d'un récit, il aime feindre d'y croire et tendre un piège à son esprit. Trop de raison tue la raison. Tu remarqueras ainsi que les narrateurs des nouvelles de Prosper sont presque toujours des jeunes hommes très rationnels qui sont confrontés à l'irrationnel, à la superstition, à la bêtise (cf : La Vénus d'Ille) et il est surprenant de voir le dialogue des deux pôles (rationalité et irrationalité) entre lesquels finit par hésiter, malgré lui, le narrateur de la Vénus d'Ille, nouvelle qui se clôt une aporie voilée par une séduisante explication irrationnelle…
utilisateur a écrit :J'appuie l'avis de Theophilius : une nouvelle est rapide à lire; peut être très simple ; laisse une vision d'ensemble en quelques pages.
Oui. J'ai lu le résumé pour cette nouvelle et donc l'histoire me paraît assez intéressante. Je sais pas mais j'ai senti une certaine ironie quand tu as mis "visionnaire" (je sais que tu ne voulais pas dire dans ce sens-là).

A part ça je viens de finir de lire Vénus d'Ile et , à mon avis, il était plutôt bien. Son message était bel et bien évident qui est de respecter l'amour.
Bonjour,
Je vous assure ne pas avoir rédigé ce message ironiquement : mon opinion était sincère et mes interrogations réelles.

J'en profite donc pour remercier Foedor pour la longue critique (dans le bon sens du terme) qu'il m'a proposé de Mérimée. Je vais relire certaines des nouvelles de ce dernier avec cette nouvelle perspective. Merci 🙂 !
Je qualifiais Mérimée de connu, dans le sens où il fait parti des classiques (le genre d'écrivains qui touchent encore les lecteurs plusieurs centaines de siècles après leur mort).
Merci pour Prosper d'en faire alors quelqu'un de "connu", je pense qu'il gagnerait à être réévalué, de même que la critique de Scaltz à propos de la Vénus d'Ille : qu'entends-tu par "respecter l'amour" ?
Au passage, je ne trouve pas que le "message" soit évident, la fin est pour le moins ambiguë! Quant à toi, utilisateur, si tu veux relire le texte (bonne idée 😉) arrête-toi un petit moment sur le passage qui relate l'explication des inscriptions latines par Peyrehorade, c'est croustillant, c'est peut-être assez manichéen, mais le narrateur, parisien, plein de bon sens et de finesse, rencontre la bêtise d'un provincial un peu gâteux, tout étant vu par les yeux du narrateur, des yeux qui ne manquent pas de piquant satirique! Enjoy =D
Je ne suis pas sur mais je vais essayer de comme même répondre à ta question.

N'importe quel personnage dans l'histoire qui ne respecte pas l'amour est puni par Vénus. Jean Coll est blessé car il a accidentellement donné des coups de pioche à cette symbole de l'amour. Le fils de M. de Peyrehorade (je suis mauvais avec les noms) abuse la sainteté du marriage, la symbole du marriage et donc est tué. Peyrehorade fait plus d'attention à cette chose qu'à sa femme donc comme punition, son propre fils s'est fait tuer par tu-sais-qui.
Ah bah non, justement, je ne sais pas qui!!!!!!! Personne ne le sait, personne ne sait finalement qui a tué le fils de Peyrehorade, faut-il croire ou non au récit de sa jeune épouse (présentée comme folle) qui est une explication irrationnelle ou essayer de renouer les fils d'une enquête policière qui s'est révélée caduque ? Ceci-dit, ton interprétation ne manque pas d'intérêt, mais l'institution de la Vénus comme gendarme de l'amour est justement soumise à question : l'hymne à l'amour flatte le côté romantique et romanesque (deux mots bien proches, non ?) de Prosper, mais ce côté est justement en conflit, chez l'homme et l'écrivain, avec un caractère très "positif" (au sens de l'époque = rationnel et empirique). Non, le "message" n'est pas clair.
Hah! Merci! J'ai enfin compris ce que la prof veut dire quand elle met "pas clair" sur mes dissertations grâce à toi! Peut-être que je vais essayer d'approfondir mon argument mais pour le moment je ne peux car je dois soigner mon expression écrite et je dois aussi m'entrainer à écrire clairement ce que je veux dire.
utilisateur a écrit :Je serais curieux de connaître la raison pour laquelle vous avez conseillé Mérimé : serait-il simple à lire ; savoureux ; ou représenterait-il bien la littérature francophone ?
J'ai lu quelques unes de ses nouvelles il y a peu. J'en suis alors sorti dubitatif : si cet auteur est si connu, c'est qu'il a du talent… Je ne l'ai pas vu, et cela m'a vexé. Si vous pouviez m'éclairer, je vous en serais reconnaissant.
Mérimée est artiste avant tout. Il est très conscient des procédés qu'il utilise en écrivant et de leurs limites: une nouvelle n'est pas un roman, un roman n'est pas un livre d'histoire.
Il pense qui si on envie d'écrire de l'histoire, il faut faire un livre d'histoire et pas un roman, et que si on vent faire un portrait, il faut peindre et non essayer de faire un portrait en écrivant, ce qu'il reproche à Flaubert, et on peut penser réciproquement que Poussin, a perdu son temps en essayant de raconter une histoire qui se déroule en plusieurs étapes sur un tableau (Poussin a essayé pendant plusieurs années).
C'est dans cette perspective qu'il faut se mettre pour l'apprécier. Il fait une nouvelle comme Arvers fait un sonnet, ou comme un orfèvre fait un bijou.
Putakli a écrit :Mérimée est artiste avant tout. Il est très conscient des procédés qu'il utilise en écrivant et de leurs limites: une nouvelle n'est pas un roman, un roman n'est pas un livre d'histoire.
Il pense qui si on envie d'écrire de l'histoire, il faut faire un livre d'histoire et pas un roman
comment expliques-tu alors que le canevas de la majorité des pièces du Théâtre de Clara Gazul, La Jacquerie soit de nature historique, que fais-tu alors de la Chronique du règne de Charles IX et de l'arrière-fonds historique de la majorité des nouvelles ? Le rapport de Mérimée à l'Histoire est bien plus complexe que ça!
Putakli a écrit :C'est dans cette perspective qu'il faut se mettre pour l'apprécier. Il fait une nouvelle comme Arvers fait un sonnet, ou comme un orfèvre fait un bijou.
Hautement discutable, un recueil de nouvelles de Mérimée n'est pas un rosaire d'émaux et camées…
Mérimée a abordé plusieurs genres, mais l'un après l'autre, en veillant à ne pas les mélanger, et à la fin de sa vie a opté pour l'histoire. Il n'a pas varié sur la séparation des genres.
Quand il a écrit la "Chronique du règne de Charles IX", il ne voulait pas faire un roman historique à la manière de Walter Scott ou d'Alexandre Dumas, et s'en est expliqué en intercalant un dialogue avec le lecteur qui fait le chapitre 8.

Mais il ne s'agit que des intentions de l'auteur et les lecteurs sont tout puissants sur l'interprétation de leur lecture et les critiques assez sans-gêne pour leur dire ce qu'il doivent y trouver. Celui qui a en tête que Walter Scott a créé le genre du roman historique et que ce genre est illustré par "La chronique du règne de Charles IX" peut lire comme un voyageur visite une ville avec un guide, sans tenir compte du chapitre 8.

Mais on peut aussi, à partir de ce chapitre, chercher à comprendre ce qui l'amène à pendre cette position comme fait Charles du Bos .