Je pense que quelque chose m'échappe, j'aimerais mieux connaître ce que disent Riegel - et les grammairiens de ce forum - des noms composés et de mes doutes avant d'assumer une posture résolument critique.
Dans la terminologie technique (issue de la grammaire sanskrite), ce composé est un
tatpuru?a, car les deux termes sont unis par une relation casuelle (objet direct dans le cas qui nous occupe). C'est cependant un
tatpuru?a un peu particulier. Normalement, ce type de composés est dit endocentrique (le terme déterminant désigne le référent : un fils-de-roi est un fils, un né-dans-la-maison est quelqu'un qui est né, un fait-le-matin est un fait, etc.). Evidemment, ici, le porte-drapeau n'est pas une porte !
On désigne ce sous-type de composés par le petit nom d'
upapada-sam?sa (qui n'est pas usité dans la terminologie grammaticale non-sanskrite, contrairement au précédent). La tête est alors une forme verbale, mais déverbalisée (par exemple, en français, elle ne se conjugue pas ; en sanskrit, on ne peut pas former le composé directement à partir de la forme conjuguée, on utilise une sorte d'abréviation :
°gnya- pour
janati "il sait",
°ka- pour
karoti "il fait",
°da- pour
dadati "il donne", etc.).
Donc pour conclure, peu importe que la forme de sens verbal soit homonyme ou nom du verbe conjugué. Cela ne change rien à l'analyse du composé (et c'est aussi une raison pour laquelle cette forme ne se conjugue pas, et ne se fléchit pas dans certains cas comme celui de
porte-drapeaux).
Si vous cherchez des exemples pour des mots simples dans la synchronie du français, vous pouvez trouver celui du
garde, ou de la
poste. Evidemment, l'homonymie avec les formes conjuguées est due aux hasards de la diachronie (notamment la chute des désinences, et diverses réfections analogiques).
Sachez cependant (mais nous sortons du domaine de la composition nominale) qu'en proto-indo-européen, de telles formations nominales étaient possibles sans l'ajout de suffixes, en jouant directement sur l'
Ablaut. On appelle ce phénomène dérivation interne. Le latin (et donc le français) est cependant une des langues qui en garde le moins de traces : l'exemple le plus connu est celui de
tego / toga. Ces phénomènes sont plus vivants en grec (degré zéro, /e/, et /o/), et en sanskrit davantage encore (
guna et
vrddhi). Par exemple, à partir du mot
aranya "forêt", vous pouvez former le mot signifiant "animal sauvage" [de la forêt] simplement en allongeant la première syllabe du mot.
Voyez l'article de Wikipédia en anglais sur les composés (
Compounds (linguistics)), et pour la dérivation interne, cherchez "internal derivation" sur google, puis lisez le §6.29 du livre de Benjamin Fortson sur Google Books.
Cordialement.