Le théâtre épique s’intéresse avant tout au comportement des hommes les uns envers les autres…

Entraide scolaire

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Je rédige actuellement une dissertation sur une citation de Brecht. Je suis en khâgne. Voici le sujet :
« Le théâtre épique s’intéresse avant tout au comportement des hommes les uns envers les autres, là où ce comportement présente une signification historico-sociale (là où il est typique). Il fait ressortir des scènes dans lesquelles les hommes agissent de manière telle que le spectateur voit apparaître les lois qui régissent leur vie sociale. En même temps, le théâtre épique doit définir les procès sociaux dans une perspective pratique, c'est-à-dire fournir des définitions qui donnent des moyens d’intervenir sur ces procès. Son intérêt est donc éminemment axé sur la pratique ». (extrait d' Ecrits sur le théâtre, Brecht).
Voici ma première analyse, ainsi que ma problématique :

Le propos de Brecht est ici un véritable « organon » au sens que lui donne Aristote : il s’agit d’un instrument, d’un guide, qui permet d’énoncer à la fois l’enjeu du théâtre épique et le moyen d’y parvenir. La conception du théâtre épique est marquée historiquement et idéologiquement, elle est en partie le fruit de la réflexion de Brecht sur le théâtre. Le propos de Brecht met en relation une forme de théâtre précise, celle d’un théâtre épicisé, qu’il assigne à un but précis, celui de « fournir des définitions », « faire ressortir des scènes », de présenter « une signification historico-sociale ». Il articule ainsi deux idées distinctes : celle d’un théâtre de l’explication, comme on peut le noter avec les termes « présente », « fait ressortir », « voit apparaître », et un théâtre efficace, qui agit sur le spectateur, un théâtre « pratique ». Avec le théâtre épique, Brecht met le spectateur au centre. On peut dès lors s’interroger :
Dans quelle mesure la forme particulière du théâtre épique permet-elle l’association paradoxale d’une volonté pédagogique de l’explication avec celle d’une prise de position efficace, un engagement ?

En fait, j'ai de nombreuses idées pour la rédaction, mais je doute de ma problématique.

Pourtant, les principaux problèmes de la citation me semblent être les suivant :

- la forme que Brecht caractérise est une forme particulière, inscrite dans l'histoire et notamment idéologiqement marquée par le marxisme. Il semble donc bon de s'interroger sur la relation de la forme épique du théâtre dans d'autres contextes historiques : les autres formes d'épicisation du théâtre ont elles aussi uniquement pour enjeu l'explication / ou la prise de position ?
- Le théâtre de Brecht repose sur l'idée de mise à distance, qui transforme le spectateur en observateur, ce qui lui permet de faire de la représentation un objet de connaissance. Mais peut on à la fois mettre à distance et prendre parti ? Il semble en effet que "fournir des définitions" ou "des moyens d'intervenir" c'est déjà amorcer une prise de position, qui est celle de la critique de la société bourgeoise pour Brecht. Dès lors, on peut se demander s'il n'est pas possible de produire une explication sans avoir recours à une prise de position, et inversement.
- Le dernier problème majeur posé par la citation me semble être l'idée de comportement "typique". N'y a-t-il pas un danger à vouloir réduire la société à UNE signification "historico-sociale",ou des "types"? Par ailleurs, comment réussir alors à caractériser historiquement l'actualité, le contemporain ?

Voici mes principales réflexions qui m'ont permis d'élaborer ma problématique. J'aimerais, si quelqu'un est disponible, et intéressé, savoir si celle-ci est correcte, vis-à-vis des pistes de réflexions quej'ai trouvées. En vous remerciant !
Bonjour kazache.
Je suis aussi en khâgne, et oh coïncidence ! j'ai à traiter le même sujet que toi. Je trouve intéressante ton analyse du sujet. Je ne suis pas encore allée assez loin dans mon travail pour avoir une problématique claire, mais il me semble qu'il y a d'autres aspects visibles dans cette citation. Je pense déjà à un lien avec Dario Fo, qui est aussi au programme et qui qui peut être utilisé pour expliciter le terme "typique" pour définir la société dans sa représentation théâtrale. Le lien avec la comédie, lorsqu'on parle de représentation historico-sociale, me parait inévitable.
Par ailleurs, tu as souligné l'approche marxiste de Brecht, je pense qu'on peut la mettre en relation avec l'opposition théâtre collectif (auquel Brecht fait énormément allusion dans Le Théâtre épique, que tu peux trouver dans les œuvres complètes) et théâtre du l'individu, dont un des représentants serait Stanislavski, et qu'on peut rapprocher également du genre tragique. Brecht nie ici l'approche individualiste de la société, il parle des hommes, de l'humanité dans sa généralité, mais on peut déceler un certain paradoxe du fait qu'il s'adresse "au spectateur" dans son unité, dans la perspective d'agir sur chacun d'entre eux. La-dessus, la réflexion d'Edward Bond est très intéressante, il met en relation la particularité du personnage (en s'appuyant sur Stanislavski) et l'humanité comme société, c'est-à-dire la place et le rôle de l'individu dans l'histoire et la société universelles, comme on peut le voir dans Rouge, Noir et Ignorant. Bond est d'ailleurs considéré comme un auteur tragique contemporain et paradoxalement se désigne lui-même comme auteur épique, dans la continuité brechtienne. Il reprend d'ailleurs les idéaux de celui-ci, mais en rompant avec la théorie trop absolue de la distanciation. Il me semble que cette notion du collectif et de l'individuel est central dans ce sujet, car elle questionne les fondements de la représentation historico-sociale, selon qu'on la considère sous l'influence marxiste de Brecht ou tragique (soit capitaliste !). Voilà, j'espère que cela pourra t'aider, et si tu avances et que tu souhaites faire partager ta réflexion, j'en ferai autant ! Bon courage.
merci pour ta réponse, qui m'aide à réfléchir de manière un peu plus approfondie le sujet.
Par rapport à Dario Fo, une référence que j'utilise et qui m'a beaucoup aidée à faire le lien entre le théâtre épique et le théâtre de Dario Fo est la réflexion faite dans l'ouvrage Le théâtre de la recherche entre les 2 guerres : le laboratoire art et action, avec l'article de Jose Guinot et F. Ribes : Mistero Buffo" : un spectacle d'intervention nourri des traditions du métier d'acteur. " (on peut y accéder en grande partie depuis google books). Il me semble que les points de réflexion essentiels de la citation s'articulent donc autour d'une conception d'un but, d'une fin du théâtre, qui passe notamment par la représentation de la société ( est-ce un théâtre pédagogique ? Un théâtre politique ? La représentation de la société passe-t-elle seulement par l'humanité dans son ensemble ou peut-elle être figurée par l'individu?). l'avantage de la citation de Brecht semble être qu'elle propose une dynamique contradictoire (montrer / être efficace).
Bonjour Kazache,

Ce sujet me paraît très technique et je ne saurais apprécier la pertinence des liens.

Je me contenterais d'indiquer quelques pistes de béotien :
- pour les marxistes, la culture est une expression de classe, elle contribue à asseoir un pouvoir, elle est analysée selon les principes du matérialisme historique…
- le registre épique est fondé par l'appel à des forces qui dépassent l'individu : le merveilleux médiéval est-il remplacé par la lutte des classes ?
- le genre épique fait appel à des héros, à un système de valeurs aristocratiques, il met en valeur le guerrier… Que se passe-t-il au XXe siècle ?
- peut-on encore parler de registre épique dans une idéologie matérialiste ?
- n'assiste-t-on pas à une subversion des valeurs en faveur non seulement d'une vision de la société mais aussi d'une praxis révolutionnaire ?
Merci pour le lien que je vais consulter incessamment sous peu !
par rapport au message de Jean-Luc, en particulier l'intervention de héros dans le genre épique, je pense que c'est là que se joue le changement entre l'épopée homérique ou médiévale et le théâtre épique brechtien. Brecht utilise la forme épique, et justement cet anonymat de l'individu par rapport à une transcendance, pour transcrire "les lois sociales", une vérité que prétend d'ailleurs détenir le marxisme par sa compréhension de l'histoire. c'est en cela que Brecht est opposé à Stanislavski, qui présente un théâtre psychologisant et centré sur l'individu et ses considérations propres. Brecht ne tient pas compte de la particularité de ses personnages en tant qu'il existent, ils sont des modèles, encore plus "typés", justement, que les héros grecs. Le juge, dans Le cercle de craie caucasien, représente le peuple révolutionnaire qui utilise le système, et le retourne contre lui-même (corruption, etc…), mais ses actes et son sens de la justice sont marqués dés son apparition, il ne subsiste aucun doute. il n'est finalement qu'une effigie. chez Bond, il y a une distinction affirmée entre la réalité du personnage, son unicité et son existence en dehors des actes représentés, et le discours porté par la pièce, auquel il ne faut pas réduire le personnage. celui-ci énonce et fait évoluer un discours, cad la thématique de la pièce, il n'est pas là pour l'illustrer. en cela, les représentations sociales chez Bond ne sont pas typiques, elles s'appuient sur des questionnements individuels qui permettent de considérer un discours et des questionnements généraux, propres à évoluer.
Je pense qu'on peut bien parler d'épique chez Brecht et au XX°, parce que justement la "symbolique" des héros est conservée par Brecht et même poussée à l'extrême, même si son appartenance idéologique lui fait éliminer la dimension héroïque trop individuelle et élitiste.

Je trouve interessant que tu opposes la monstration de l'efficace. Sur quoi te fondes-tu pour les opposer ?