Bonsoir à toutes et à tous,
Je recherche, dans un cadre personnel, des textes de langues latines utilisant des mots de grecs. Je m'intéresse, en effet, aux phénomènes d'appropriation des langues par les autres langues (sans qu'il y ait transformation). Cela n'a peut être pas l'air intéressant, mais si, ça l'est !
En fait, je ne suis pas latiniste (je pense que vous l'aurez compris), alors j'en appel à votre savoir, à votre connaissance de textes (d'auteurs illustres, et de passages illustres serait la cerise; mais je ne demande que le gâteau).
Je vous remercie toutes et tous
Bonne soirée
Une bonne partie de l'entreprise philosophie que de Cicéron est la traduction et la transposition des concepts de la philosophie grecque en latin. Voyez par exemple le De Finibus.
Sinon, vous trouverez énormément de choses chez les grammairiens latins (Varron, Quintilien, et surtout ceux du IVe siècle et au-delà) ; non seulement des mots, mais aussi des concepts grammaticaux importés du grec. Les catégories de la grammaire latine traditionnelle sont calquées sur celle du grec, à tel point que certains d'entre eux ont par exemple parlé du duel en latin…
Malheureusement ces textes, notamment les auteurs tardifs, ne sont (à ma connaissance) pas tous traduits.
Cordialement.
Hé hé! Cette discussion me rappelle un vieux souvenir de khâgne: un de mes condisciples, qui excellait utroque sermone, avait l'habitude, dans ses thèmes latins, de placer… des mots grecs, quand ils lui semblaient s'ajuster mieux au concept à traduire. Mais il n'a jamais pu convaincre notre professeur de la pertinence de cette démarche. Je me suis toujours demandé ce qu'en aurait pensé le jury… :/
Hors-sujet terminé.
Érasme utilise abondamment les mots grecs, et fait de longues citations d'auteurs grecs. Voir notamment les Adages. Néanmoins, il n'existe pas encore d'édition française complète de cette œuvre.
S'agit-il de citations ou de mots grecs utilisés tels quel ou simplement transcrits en latin ? Comme gramma utilisé chez Cicéron, Salluste ou Sénèque ?
Si oui, une liste (incomplète)
https://fr.wiktionary.org/wiki/Cat%C3%A9gorie:Mots_en_latin_issus_d%E2%80%99un_mot_en_grec_ancien
peut vous aider. Ensuite un petit tour sur
https://www.perseus.tufts.edu/hopper/
puis la recherche "Word frequency statistics" pour obtenir les auteurs et les oeuvres, et accéder aux textes :
sciebam enim te “quoto anno” et “quantum in solo” solere quaerere neque solum Romae sed etiam Deli tuum?videram. (Cic. Att. 9.9)
sed quoniam tanta faex est in urbe ut nihil tam sit ? quod non alicui venustum esse videatur, pugna, si me amas, nisi acuta ?, nisi elegans ?, nisi?bellum, nisi ridiculum ?, nisi cetera,… (Cic. Fam. 7.32)
C'est un travail de fourmi !
Bonjour,
est-ce qu'un nom grec dans un texte latin est décliné comme dans sa langue d'origine ou latinisée?
Laquelle de ces phrase phrase est juste ?
-Socratem/am audio
-Socraten audio
-? audio
Pour les particularités des noms grecs
latinisés, tu peux consulter :
1ère déclinaison :
https://www.prima-elementa.fr/Gramlat/gram_lat-07.html
2ème déclinaison :
https://www.prima-elementa.fr/Gramlat/gram_lat-08.html
3ème déclinaison :
https://www.prima-elementa.fr/Gramlat/gram_lat-09.html
Socrate est de la 3ème déclinaison.
Socratem ou Socraten le plus souvent.
Socraten parce que ça se décline en grec ou parce que c'est un cas particulier de la troisième déclinaison latine?
Le cas particulier de la 3ème déclinaison est calqué sur la déclinaison grecque.
Theophilius a écrit :est-ce qu'un nom grec dans un texte latin est décliné comme dans sa langue d'origine ou latinisée?
Cela dépend des noms et des auteurs. En poésie, la forme grecque est la plus fréquente (chez Virgile, acc. d'Aeneas = Aene
an,
nec Aenea
m).
J'ai comme l'impression que vous vous contredisez…
Anne345 a écrit :Le cas particulier de la 3ème déclinaison est calqué sur la déclinaison grecque.
et
Jean-Luc Picard a écrit :En poésie, la forme grecque est la plus fréquente
il y a confusion, c'est irréfutable…. Donc, déclinaison latine héllénisée, ou déclinaison grecque en alphabet latin ?
Ni contradiction, ni confusion, mais des compléments. De plus il ne s’agit pas de déclinaisons latines hellénisées, mais du contraire : l’appropriation par le latin de déclinaisons grecques. J'espère que la citation suivante t'éclairera.
L’acculturation s’est manifestée notamment par des emprunts linguistiques du latin au grec, de sorte que des formes du système désinentiel grec figurent telles quelles en latin. Le bilinguisme des milieux littéraires et cultivés a maintenu l’échange entre les deux langues, qui va des insertions de formes grecques manifestes aux emprunts insoupçonnables. L’intégration des formes empruntées du grec reste variable suivant les mots, les époques et les intentions stylistiques des auteurs. Lorsqu’à propos d’un mot d’origine grecque, les leçons des manuscrits hésitent entre une désinence latine et son équivalent grecque, il relève du choix des éditeurs de privilégier telle ou telle forme, à l’avantage fréquent de la forme grecque.
Somme toute, il est possible de discerner trois rapports entre la flexion grecque de départ et la flexion latine d’accueil :
Intégration complète du nom : la forme est entièrement assimilée à la langue latine. Un nom commun s’intègre plus facilement qu’un nom propre. La ressemblance du N. sg avec un modèle latin permet naturellement l’intégration du mot grec et désigne le paradigme flexionnel qu’il suivra. Ainsi la 1ère décl. grecque correspond à la 1ère déclinaison latine.
Intégration partielle : la déclinaison du nom présente, en concurrence des formes latines, des formes grecques correspondantes. Il s’agit le plus souvent des formes d’Acc.
Intégration nulle : l’auteur maintient le nom dans sa déclinaison grecque et, par conséquent, dans son statut patent de mot étranger. Noms propres et termes techniques conservent la plupart du temps les formes de la langue d’origine.
Cette dernière catégorie, artificielle, rassemble des attestations éparses de formes casuelles grecques qui ne constituent pas un paradigme complet en latin.
(
Guisard et Laizé, Nouvelle grammaire latine)
J'ai compris ! Merci bien. =)
Il y a un texte fameux, Lucrèce, De Natura rerum, IV, 1141-1170 : où l'on voit que tous les mots d'amour se disaient en grec à Rome (langue de l'affectivité, apprise sur les genoux des esclaves chargés de l'éducation des enfants) :
Nigra melichrus est, inmunda et fetida acosmos,
caesia Palladium, nervosa et lignea dorcas,
parvula, pumilio, chariton mia, tota merum sal,
magna atque inmanis cataplexis plenaque honoris.
balba loqui non quit, traulizi, muta pudens est ;
at flagrans, odiosa, loquacula Lampadium fit.
ischnon eromenion tum fit, cum vivere non quit
prae macie; rhadine verost iam mortua tussi.
at nimia et mammosa Ceres est ipsa ab Iaccho,
simula Silena ac Saturast, labeosa philema.
melichrus : ?, qui a la couleur du miel
acosmos : ?, <parure> sans ordre, parure qui n’a pas l’air d’être une parure
Palladium : ?, statue de Pallas (Athéna)
dorcas : ?, gazelle
chariton mia 😕, « une des Grâces »
cataplexis : ?, ce qu’on éprouve quand on est frappé d’admiration
traulizi : ?, « elle gazouille »
Lampadium : ?, petit flambeau
ischnon eromenion 😕« frêle petite chose aimée »
rhadine : ?, tendre, délicate
philema : ?, un baiser (le texte dit mot à mot « la lippue, c’est un baiser », c'est-à-dire que celle qui a d’énormes lèvres n’est tout entière qu’un baiser).
C'est ce texte qui a inspiré la célèbre tirade du Misanthrope II, 4.
Très mignon! Je ne connaissais même pas ce passage!