Le rôle de l’art n’est pas d’enfoncer encore davantage l’homme dans sa misère, mais de l’en délivrer

Entraide scolaire

3 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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J’ai une dissertation à faire pour la semaine prochaine et j’aimerais savoir si mon plan et bon. Voilà le sujet :

"Je crois que […] le rôle de l’art n’est pas d’enfoncer encore davantage l’homme dans sa misère, dans sa souffrance ou sa tristesse - mais de l’en délivrer, de lui donner une clef de sortie en le soulevant du plan réel, lourdement quotidien, jusqu’au libre plan esthétique où l’artiste se hisse lui-même pour vivre et respirer" Pierre Reverdy, Cette émotion appelée poésie
En vous appuyant sur les œuvres au programme vous discuterez ce point de vue.

Les œuvres au programme étant Le Spleen de Paris de Baudelaire, Sagesse de Verlaine, Les Discours de Ronsard et Alcools d’Apollinaire.

Voici mon plan:
I- Le rôle de l’art est de délivrer l’homme du plan réel pour l’élever au libre plan esthétique
1)La poésie peut transformer la réalité en une chose extraordinaire
Exemple : L’invitation au voyage, Baudelaire
2) L’art détache l’homme du plan réel par son mystère, sa forme, son langage
Exemple : Espace, Reverdy
3) Il transforme la réalité en un bel objet qui n’a aucune utilité (l’art pour l’art)
Exemple : L’Art, Gautier ou La Beauté, Baudelaire

II- Mais le rôle de l’art est également de représenter le réel
1) L’art peut avoir un rôle historique
Exemple : Ronsard Discours des misères de ce temps
2) Il peut dévoiler certains aspects de la nature humaine
Exemple : Le Gâteau ou le Joujou du pauvre de Baudelaire
3) L’art peut se mettre au service du progrès (littérature engagée)
Exemple : L’Enfant, Hugo

III- On peut essayer de de trouver de l’esthétique dans le réel
1) L’art peut extraire du beau de ce qui est laid
Exemple : Un cheval de race, Baudelaire
2) La beauté de la nature est réelle
Exemple : Le début du Gâteau de Baudelaire
3) L’art sert à illuminer le réel
Exemple : Aube, Rimbaud

OU III - Le libre plan esthétique où respire et vit l’artiste n’est pas forcément un bon lieu de vie (mal formulé)
1) Le trop beau peut devenir insupportable
Exemple : Le Confitéor de l’artiste, Baudelaire
2) Le beau n’est qu’un refuge artificiel
Exemple : Les paradis artificiels ou La Belle Dorothée de Baudelaire
3) Le réel reprend toujours ses droits, on ne peut pas continuellement vivre dans le beau
Exemple : La soupe et les nuages de Baudelaire

J’aimerais bien que vous me disiez ce que vous en pensez surtout de la troisième partie car je ne suis pas du tout sûre de moi. Et l’art pour l’art rentre-t’il bien dans le sujet donné?
Merci d’avance pour votre aide et vos conseils.
dommage de ne rien trouver sur "alcools" dans ton plan.

le mot "libre" demanderait aussi un paragraphe au moins, si ce n'est une thématique à part dans un partie entière.
de même que le terme "quotidien" que ton plan ne semble pas mettre en avant

ton III (deuxième version) ne rentre pas dans la vraie analyse de "se hisser pour respirer", se hisser (opposé à lourdement) sous-entend expérimentation (dans la vie tout court, et dans la forme poétique) et est relayé par le terme de "clé" => initiation) et respirer renvoie à la survie du poète, mal-aimé, incompris du monde ordinaire.

finalement je trouve que ton plan est trop prétexte à rentrer les oeuvres du programme mais ne respecte pas assez le fil de la pensée de reverdy.
Votre plan n'est pas assez progressif ou dialectique.

Dans la remarque de Reverdy, la référence à Baudelaire, flagrante, est aussi un parti pris poétique : celui de la modernité (or Ronsard est redécouvert par les romantiques, et ce n'est pas un hasard : ses thèmes sont modernes, et les romantiques l'ont sorti de l'oubli où il était). Ce parti pris poétique vous renvoie donc à la mission assignée à la poésie et aux poètes, depuis Baudelaire (c'est en fait un peu plus compliqué : il faudrait parler de Vigny par exemple, mais ici peu importe, puisqu'il n'est pas au programme).

Baudelaire inaugure quelque chose de nouveau. Contrairement à ses prédécesseurs, il oriente son regard vers ce qui n'a jamais été intégré au rang de la beauté : « les captifs », « les vaincus », « les prostituées », etc. Tout se passe, chez lui, comme s'il voulait « racheter » la misère et le mal, ces beautés catastrophiques. De ce point de vue, Verlaine est son digne successeur.

Mais il y a un point commun à Baudelaire et Ronsard. Celui-ci, dans ses Discours, dénonce la guerre, la guerre civile, l'instabilité du temps, comme si son époque très mouvementée devait engouffrer l'éternité elle-même. Or le souci de l'éternité est obsessionnel chez Baudelaire. Mais l'éternité s'est déplacée : elle n'est plus dans l'azur, dans le ciel ni en dieu ; elle est dans l'instant, dans le fugitif, l'éphémère ; dans le changement (Paris change) transfiguré par la mélancolie.


Donc, d'abord il faudrait dire que la poésie doit nommer le mal : elle doit être réaliste, procéder à une dissection du réel (métaphore médicale utilisée à dessein pour vous rappeler que Baudelaire est obsédé par les cadavres, par la mort, la déchéance, la décadence). C'est pourquoi je vous conseille de faire de votre deuxième partie (représenter le réel) la première.

Mais la poésie moderne ne peut se contenter d'être réaliste, de nommer le mal, le laid, etc. Elle doit se demander ce qu'elle peut faire de la laideur, de tous les damnés, les miséreux, les oubliés de la beauté classique et froide. Elle doit chercher le beau dans le mal, l'éternité dans ce qui meurt, la richesse dans la pauvreté. Elle doit, de la précarité des êtres, faire surgir une beauté, une éternité. C'est là sa tâche : transfigurer le réel, transfigurer le mal (chez Baudelaire on peut même parler de transsubstantiation).

Enfin, en dernière partie, il faut considérer la modernité de la poésie. Pour réussir dans la tâche à laquelle les poètes la dédient, elle doit inventer du nouveau. Notion fondamentale et indissociable de la modernité. La poésie moderne est donc toute orientée devant elle, quand la poésie classique ne regardait que dans le passé une éternité sans cesse recommencée. La poésie classique ou pré-moderne est une poésie du souvenir, et réservée à la noblesse.


P. S. : vous devez multiplier les références aux œuvres du programme, ici c'est insuffisant.