Bonsoir Jérémy !
Je regrette, mais j’ai pour principe de ne tutoyer personne sur aucun site, afin de ne pas faire de différences. Cela n’infirme pas les sentiments de sympathie que vous avez suscités chez moi, notamment en raison de votre curiosité intellectuelle et de votre disponibilité enjouée.
Notre ami Henry vous a donné avec raison un autre sens de motif : celui des décisions judiciaires. Vous n’êtes pas sans savoir que légalement elles doivent énoncer les motifs qui étayent le « dispositif » du jugement, à savoir la partie finale qui tranche le débat.
Ces motifs et ce dispositif constituent des preuves, puisque les décisions bénéficient de l’autorité de la chose jugée : « res judicata pro veritate habetur » (le jugement est tenu pour vrai), sous réserve d’être éventuellement réformées en appel ou exceptionnellement cassées en cassation. Je dis exceptionnellement, parce que la Cour de Cassation ne peut plus rejuger l’affaire quant aux faits et doit seulement s’assurer que le jugement ou l’arrêt est conforme à la loi, y compris quant à la régularité de la procédure.
A condition d’être prouvé, un alibi est un motif de disculpation ou d’acquittement.
Est-ce que c’est clair maintenant ?
Je vous enverrai donc l’extrait du Gradus sur les deux figures de style. J’espère que vous comprendrez mieux que moi, qui ne suis pas vraiment un littéraire.
Quant à l’épithète et à l’attribut, Henry vous a dit l’essentiel. Moi aussi, je suis un peu surpris de votre doute. La question étant importante, je me propose d’y revenir plus longuement dans l’intérêt de tous, malgré (nonobstant, disent les juristes) la qualité de l’article affiché sur notre site.
Bonne soirée !
Edy Voilà Jérémy !
Les tropes principaux, métaphore, métonymie et synecdoque, examinés et enseignés depuis quelque vingt-cinq siècles, ont peut-être constitué un ensemble logique, mais ils se définissent aujourd’hui plus aisément en extension qu’en compréhension.
Notons avec le groupe mu, Le Guern et Morier, que dans la métaphore certains classèmes sont mis hors jeu parce qu’ils évoquent une isotopie incompatible avec celle du texte.
Distinguer métonymie et synecdoque paraît plus ardu.
Le Guern (Sémantique de la métaphore et de la métonymie) fait remonter la confusion à Quintilien.
Du Marsais voit la synecdoque comme une espèce de métonymie.
La plupart cependant considèrent la relation entre le terme propre et le terme figuré comme plus étroite dans la synecdoque que dans celui de la métonymie.
Fontanier parle de connexion. Genette de contiguïté. Morier d’inclusion.
Partant du principe de l’analyse des sèmes, le groupe mu (Rhétorique générale, p.102 et suivantes) a redéfini la synecdoque de façon large mais efficace. La synecdoque serait le trope minimal. Par elle, le terme figuré est pris à un nœud de l’arbre sémique à un niveau différent de celui du terme propre (niveau plus général ou plus particulier). L’épée sera dite l’arme ou la pointe. Le chat deviendra l’animal ou la fourrure.
Ils montrent ensuite que la métonymie consiste en deux synecdoques successivement inverses sans changement d’isotopie. Ex. : O mon fils, ô ma joie, parce que mon fils fait partie de ma vie (synecdoque généralisante) et que, dans ma vie, celui-ci a introduit de la joie (synecdoque particularisante).
Je vous donne en plus quelques exemples extraits du livre.
METONYMIE
* Le phallus en ce siècle devient doctrinaire. (Michaux)
* Un sentiment tricolore intense. (Claudel)
* Avoir les yeux plus grands que le ventre.
* Le second violon.
SYNECDOQUE
* Un arbre par dessus le toit / Berce sa palme. (Verlaine)
* La Seine (la France) a des Bourbons.
(Si la Seine signifiait les habitants de Paris, ce serait une métonymie.)
METAPHORE
* Je parle un langage de décombres où voisinent les soleils et les plâtras. (Aragon)
* Je ne trempe pas ma plume dans un encrier mais dans la vie. (Cendrars)
* Le sabre et le goupillon.