Passé simple et imparfait

Langue française

161 réponses · Page 7 / 9

Bonsoir,

Et merci!
  L'hiver se passa dans cette attente. Mademoiselle Rouault s'occupa de son trousseau. Une partie en fut commandée à Rouen, et elle se confectionna des chemises et des bonnets de nuit, d'après des dessins de modes qu'elle emprunta. Dans les visites que Charles faisait à la ferme, on causait des préparatifs de la noce ; on se demandait dans quel appartement se donnerait le dîner ; on rêvait à la quantité de plats qu'il faudrait et qu'elles seraient les entrées.
Est-ce que l'on peut également employer le passé simple pour les verbes faire et causer, puisque le passé simple peut aussi s'employer pour exprimer la répétition?
  Le lendemain fut, pour Emma, une journée funèbre. Tout lui parut enveloppé par une atmosphère noire qui flottait confusément sur l'extérieur des choses, et le chagrin s'engouffrait dans son âme avec des hurlements doux, comme fait le vent d'hiver dans les châteaux abandonnés.
Est-ce que c'est une description? Est-ce que l'imparfait de description y conviendrait?
onsoir,

1. Ta première question comporte une réponse affirmative.

a. A titre de rappel général, je cite le passage pertinent de mon message n° 119 :
Le passé simple peut être utilisé pour exprimer une action répétitive ; il suffit de l'accompagner notamment d'un complément de temps approprié (ici, chaque fois que).
Autre ex. : Chaque soir, elle sortit. Le complément circonstanciel confère à cette phrase au passé simple une valeur itérative.
b. Prenons maintenant ta nouvelle sous-phrase de Flaubert :
Dans les visites que Charles faisait à la ferme, on causait des préparatifs de la noce ;
On constate qu'elle peut être mise au passé simple…
Dans les visites que Charles fit à la ferme, on causa des préparatifs de la noce ;
sans que les procès (actions, ici) perdent leur caractère répétitif, et ce, grâce à Dans les visites, qui exprime non seulement une idée de pluralité, mais aussi d'itérativité.


2. a. Il ne s'agit pas, à mon sens, d'une description.

En effet, fut et parut n'introduisent pas des faits d'arrière plan, une toile de fond descriptive sur laquelle se produiraient des faits plus importants (exprimés notamment au passé simple).

Il s'agit du passé simple narratif.

b. En substituant deux imparfaits de l'indicatif aux deux premiers passés simples, on obtiendrait :

Le lendemain était pour Emma, une journée funèbre. Tout lui paraissait enveloppé par une atmosphère noire qui flottait confusément sur l'extérieur des choses, et le chagrin s'engouffrait dans son âme avec des hurlements doux, comme fait le vent d'hiver dans les châteaux abandonnés.

Les deux premiers imparfaits pourraient alors être perçus notamment comme des imparfaits répétitifs (= les procès seraient répétés ==> "imparfait d'habitude") ; par ex., on pourrait imaginer (en dehors de tout contexte) qu'il s'agit d'une Emma qui n'aimait pas le lundi ("le lendemain" du dimanche).

La situation serait donc très différente de celle qui est exprimée par les passés simples fut et parut, puisque, dans ce dernier cas, les procès sont uniques (on dit parfois semelactifs), alors qu'avec l'imparfait, ils seraient itératifs).

Ce ne serait pas des imparfaits de description, car ils n'introduiraient pas des faits d'arrière-plan servant de toile de fond au déroulement d'événements plus importants (= de premier plan) exprimés en particulier au passé simple.
Merci pour ces explications détaillées!

Je pense que je comprends maintenant l'emploi du passé simple pour exprimer une idée d'itérativité.
  Le lendemain fut, pour Emma, une journée funèbre. Tout lui parut enveloppé par une atmosphère noire qui flottait confusément sur l'extérieur des choses, et le chagrin s'engouffrait dans son âme avec des hurlements doux, comme fait le vent d'hiver dans les châteaux abandonnés.
Quand l'action ''fut'' était-elle achevée? à la fin de la journée ou à un certain moment durant la journée? Est-ce que l'emploi du passé simple signifie qu'après l'accomplissement de cette action, le reste de la journée (s'il y en avait) ou la soirée n'était plus funèbre, et qu'avant son accomplissement, la journée était funèbre?
Le passé simple fut exprime ici un état passé d'une durée correspondant à celle de la journée.
En soi, le passé simple ne marque pas un "accomplissement".
Quand l'action ''fut'' était-elle achevée?
Le procès exprimé par fut s'est terminé à la fin de la journée désignée par le lendemain.
à la fin de la journée ou à un certain moment durant la journée?
Voir réponse précédente.
Est-ce que l'emploi du passé simple signifie qu'après l'accomplissement de cette action, le reste de la journée (s'il y en avait) ou la soirée n'était plus funèbre, et qu'avant son accomplissement, la journée était funèbre?
Toute la journée désignée par le lendemain a été funèbre (y compris, par ex., la soirée). Ce n'est pas l'emploi du passé simple fut qui indique cela, mais Le fait que ce temps verbal est accompagné par le lendemain et une journée funèbre.

(Ajout ultérieur : Jehan a été plus rapide)
Jehan a écrit :Le passé simple fut exprime ici un état passé d'une durée correspondant à celle de la journée.
En soi, le passé simple ne marque pas un "accomplissement".
Merci!

Je pense avoir vu quelque part une définition du passé simple comme des actions achevées ou accomplies dans le passé. Mais je ne la retrouve plus.

''un état passé d'une durée (bien délimitée)'' m'intéresse beaucoup. Puisque c'est un état, l'imparfait devrait être aussi un choix pour le présenter. L'emploi du passé simple signifie-t-il que ce verbe ''être'' est plus important pour le progrès du récit?
  Le lendemain fut, pour Emma, une journée funèbre. Tout lui parut enveloppé par une atmosphère noire qui flottait confusément sur l'extérieur des choses, et le chagrin s'engouffrait dans son âme avec des hurlements doux, comme fait le vent d'hiver dans les châteaux abandonnés.
Est-ce que l'on peut conjuguer s'engouffrer au passé simple pour le mettre au premier plan du récit?
un état passé d'une durée (bien délimitée)'' m'intéresse beaucoup. Puisque c'est un état, l'imparfait devrait être aussi un choix pour le présenter.
Justement non : l'imparfait n'exprime pas une durée bien délimitée.
Le lendemain fut, pour Emma, une journée funèbre. Tout lui parut enveloppé par une atmosphère noire qui flottait confusément sur l'extérieur des choses, et le chagrin s'engouffrait dans son âme avec avec des hurlements doux, comme fait le vent d'hiver dans les châteaux abandonnés.
Est-ce que l'on peut conjuguer s'engouffrer au passé simple pour le mettre au premier plan du récit ?
Dans ce contexte, l'imparfait sert à exprimer une action (celle de s'engouffrer) durative et continue ; on peut même considérer que le chagrin s'est engouffré dans l'âme d'Emma durant toute la journée désignée par les indications temporelles le lendemain et une journée.

Or, le passé simple* ne permettrait pas de conserver ces idées, compte tenu du caractère en général ponctuel des procès exprimés par ce temps verbal, d'autant que ce caractère serait renforcé ici par le sémantisme du verbe s'engouffrer (" = se précipiter rapidement ou avec violence dans un lieu, pénétrer en masse dans une ouverture, un passage : La foule s'engouffre dans le métro"). https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/s_engouffrer/29561 ).

* Le lendemain fut, pour Emma, une journée funèbre. Tout lui parut enveloppé par une atmosphère noire qui flottait confusément sur l'extérieur des choses, et le chagrin s'engouffra dans son âme […] On perçoit, en l'espèce, l'action de s'engouffrer comme soudaine, non durative et même rapide.

Dès lors, il n'apparaît pas possible de substituer, dans cet énoncé, s'engouffra à s'engouffrait.
Merci beaucoup!

1. Pour les verbes, comme ''chanter, manger, ouvrir'', mis au passé simple, je peux facilement imaginer la fin de ces actions.

Mais pour certains autres, il m'est difficile de le faire.
Tout, du reste, alla bien ; la guérison s'établit selon les règles, et quand, au bout de quarante-six jours, on vit le père Rouault qui s'essayait à marcher seul dans sa masure, on commença à considérer M. Bovary comme un homme de grande capacité.
 Et il s'éloigna.
      Charles attacha son cheval à un arbre. Il courut se mettre dans le sentier ; …
Comment imaginer la fin de ces deux verbes?

2. Dans une phrase comme '' Elle prit la main de l'enfant et ils coururent ensemble vers la forêt.'', il me semble qu'après la réalisation de l'action ''prit'', elle prenait encore la main de cet enfant.
Est-ce que le passé simple du verbe prit marque aussi le début d'une action?
2. Dans une phrase comme '' Elle prit la main de l'enfant et ils coururent ensemble vers la forêt.'', il me semble qu'après la réalisation de l'action ''prit'', elle prenait encore la main de cet enfant.
Prendre la main, c'est commencer à tenir la main.
Une fois la main prise, on ne la prend plus, on la tient.
Oui, mais on peut facilement trouver des exemples avec ''prenait la main'', qui exprime un état. Et cet état me semble une continuation de l'action ponctuelle ''prit''.

https://books.google.fr/books?id=33xlAAAAcAAJ
''Le · curé , voyant son affliction , se la reprochait déjà ; il prenait sa main ; il cherchait à la calmer. Ce fut alors qu'Amélie lui dit : - Que vous ai-je fait ! que vous …''
Ce n'est pas un état, c'est une action décrite, dont rien ne dit qu'elle ne soit pas répétitive.
gerardmontreal a écrit :Merci beaucoup!

1. Pour les verbes, comme ''chanter, manger, ouvrir'', mis au passé simple, je peux facilement imaginer la fin de ces actions.

Mais pour certains autres, il m'est difficile de le faire.
C'est parce qu'il existe des verbes perfectifs et des verbes imperfectifs.

Selon l'excellente grammaire "Riegel" (5e éd., 2014, p. 521) :
"l'aspect perfectif envisage le terme du procès : le procès n'acquiert d'existence complète et véritable que lorsqu'il est parvenu à son terme (ainsi l'action de sortir n'est réalisé qu'après le seuil, quand on est sorti, cad quand on est dehors). L'aspect imperfectif envisage le procès dans son déroulement, sans visée d'un terme final ; le procès est engagé dès que le seuil initial est franchi (toute application, si minime soit-elle, suffit), et il est perçu comme indéfini et prolongeable, à moins qu'événement extérieur ne vienne l'interrompre (l'action de marcher est engagée dès qu'on fait un pas (Je marche) et elle peut se prolonger linguistiquement(et pas dans la réalité) indéfiniment […]
Les verbes expriment leur aspect perfectif ou imperfectif par leur sens. Par ex., entrer, sortir, ouvrir fermer, naître sont perfectifs ; aimer, nager, exister, travailler sont imperfectifs.

Or le passé simple, contrairement à l'imparfait, s'accorde très bien avec cette dernière catégorie de verbes, puisqu'ils comportent en eux-mêmes une limite temporelle. Ex. : La balle atteignit le terroriste. La porte se ferma sous la poussée du vent.
Tout, du reste, alla bien ; la guérison s'établit selon les règles, et quand, au bout de quarante-six jours, on vit le père Rouault qui s'essayait à marcher seul dans sa masure, on commença à considérer M. Bovary comme un homme de grande capacité.

 Et il s'éloigna.
      Charles attacha son cheval à un arbre. Il courut se mettre dans le sentier ; …

Comment imaginer la fin de ces deux verbes?
En s'aidant du contexte.

Ex. : On peut considérer que tout alla bien(= se passa bien) jusqu'à la guérison.
Second ex. : Et il s'éloigna. Ici, le contexte nous renseigne sur le fait que le père Rouault, qui chemine avec Charles, s'en éloigne pour regagner son domicile (il dit à Charles, avant de le quitter : Allez-vous-en donc ; je m'en vais retourner chez nous. ). L'action exprimée par il s'éloigna prend donc fin quelques mètres (quelques dizaines e m tout au plus) après que le fermier eut pris congé de Charles en ces termes.

[lien invalide]
Merci beaucoup!

Alors, prendre est un verbe imperfectif. C'est pour cela que j'avais l'impression que "prit" exprime tantôt une action ponctuelle, tantôt une action bien délimitée d'une longue durée. Pour représenter le déroulement entre les deux actions, on emploie l'imparfait.

Attendre, être, s'éloigner, aller sont soit des verbes imperfectifs soit des verbes statiques. Donc on pourrait donner une autre explication à il attendit tout alla bien le lendemain fut une journée funèbre il s'éloigna.
Bonjour,
s'éloigner, aller sont soit des verbes imperfectifs soit des verbes statiques.
S'éloigner, aller, peuvent difficilement êre qualifiés de verbes statiques puisque ce sont des verbes de mouvement.
Cela n'empêche pas que tu puisses les mettre au passé simple ou à l'imparfait selon le sens que tu veux leur donner dans le texte où tu les emploies.

Il alla jusqu'au portail puis s'éloigna dans les champs.
Tous les jours, il allait au travail, ce travail qui l'obsédait et s'éloignait de plus en plus de sa famille
Merci!

S'éloigner, aller sont des verbes imperfectifs, à mon sens. Être est un verbe statique.

''Il alla jusqu'au portail puis s'éloigna dans les champs.
Tous les jours, il allait au travail, ce travail qui l'obsédait et s'éloignait de plus en plus de sa famille''

Puisque ''s'éloigner'' est imperfectif, on n'a pas besoin de se représenter dans la tête une fin de ''éloignement''. ''s'éloigna'' pourrait signifier que le procès de ''éloignement'' est entamé. Pour ''diffuser en live'' cette action, on peut dire ''Il alla jusqu'au portail puis s'éloignait dans les champs.''

Si l'on prend ''tous les jours'' comme un bloc, et que l'on s'intéresse au résultat de ces actions, je pense que l'on peut dire aussi:
*Tous les jours, il alla au travail, ce travail qui l'obséda et s'éloigna de plus en plus de sa famille
Pour ''diffuser en live'' cette action, on peut dire ''Il alla jusqu'au portail puis s'éloignait dans les champs.''
Pour "diffuser en live", je ne sais pas ce que cela signifie.
Et j'ajoute que, non, "on ne peut pas dire." Ou si on le dit, cela sonne étrangement à mes oreilles de professeur de français.
Bonjour,

Pourriez-vous m'expliquer pourquoi "blasai" et "essayai" sont conjugués au passé simple et non pas à l'imparfait dans l'extrait suivant :

"Elle me donnait des satisfactions sur lesquelles je ne me blasai jamais. […] Dans ce domaine, les esprits véritablement créateurs sont si rares qu’il est oiseux de me demander pourquoi je n’essayai pas de prendre rang parmi eux."

Conjuguer ces verbes à l'imparfait constitue-t-il une faute selon vous?

Merci d'avance!
Bonjour.

Non, ce ne serait pas incorrect.
L'imparfait, plus descriptif, exprimerait l'habitude, la répétition des actions.

Le passé simple met plutôt l'accent sur le caractère ponctuel desdites actions.
On reste davantage dans la narration.
Merci Jehan, je comprends mieux maintenant.