Bonjour,
Dans le cadre d'une anthologie, je cherche plusieurs poèmes traitant de la colère.
J'ai déjà trouvé "Le Laboureur et le serpent qui lui avait tué son fils", d'Esope :
Un serpent, s’étant approché en rampant de l’enfant d’un laboureur, l’avait tué. Le laboureur en ressentit une terrible douleur ; aussi, prenant une hache, il alla se mettre aux aguets près du trou du serpent, prêt à le frapper, aussitôt qu’il sortirait. Le serpent ayant passé la tête dehors, le laboureur abattit sa hache, mais le manqua et fendit en deux le roc voisin. Dans la suite craignant la vengeance du serpent, il l’engagea à se réconcilier avec lui ; mais le serpent répondit : « Nous ne pouvons plus nourrir de bons sentiments, ni moi pour toi, quand je vois l’entaille du rocher, ni toi pour moi, quand tu regardes le tombeau de ton enfant. »
Cette fable montre que les grandes haines ne se prêtent guère à des réconciliations.
(Mais un doute me vient à l'instant même où j'écris ce message : est-ce un poème francophone ou traduit ? Dans le 2ème cas, je ne peux alors pas le mettre dans mon anthologie)
Pour en revenir au sujet, il me manque donc deux poèmes dégageant de la colère. Il faut qu'ils illustrent bien le sentiment, la rage; qu'il n'y ait pas une simple évocation du mot "haine" ou "colère".
Pensez-vous que "Les dents serrées" de Pierre Emmanuel ou "Barbare" d'Arthur Rimbaud conviennent à ma recherche, ou sont-ils trop ciblés sur la guerre ou l'engagement des poètes ?
Bonjour Emergency,
Tu peux regarder cet étrange texte : Lautréamont Chant premier, 7 des
Chants de Maldoror.
Tu as aussi ce poème de Rimbaud
Qu’est-ce pour nous, mon cœur, que les nappes de sang
Et de braise, et mille meurtres, et les longs cris
De rage, sanglots de tout enfer renversant
Tout ordre ; et l’Aquilon encor sur les débris ;
Et toute vengeance ? Rien ! … — Mais si, toute encor,
Nous la voulons ! Industriels, princes, sénats :
Périssez ! Puissance, justice, histoire : à bas !
Ça nous est dû. Le sang ! le sang ! la flamme d’or !
Tout à la guerre, à la vengeance, à la terreur,
Mon esprit ! Tournons dans la morsure : Ah ! passez,
Républiques de ce monde ! Des empereurs,
Des régiments, des colons, des peuples, assez !
Qui remuerait les tourbillons de feu furieux,
Que nous et ceux que nous nous imaginons frères ?
À nous, romanesques amis : ça va nous plaire.
Jamais nous ne travaillerons, ô flots de feux !
Europe, Asie, Amérique, disparaissez.
Notre marche vengeresse a tout occupé,
Cités et campagnes ! — Nous serons écrasés !
Les volcans sauterons ! Et l’Océan frappé…
Oh ! mes amis ! — Mon cœur, c’est sûr, ils sont des frères :
Noirs inconnus, si nous allions ! Allons ! allons !
Ô malheur ! je me sens frémir, la vieille terre,
Sur moi de plus en plus à vous ! la terre fond,
Ce n’est rien : j’y suis ; j’y suis toujours.
Merci Jean-Luc d'avoir accordé du temps pour m'aider.
Cependant mon anthologie doit contenir des poèmes uniquement, donc le chant de Lautréamont ne convient pas.
De plus, le poème de Rimbaud ne me satisfait pas tout à fait : selon moi, il dégage plus de désespoir que de colère ou de rage.
Je trouve que la fable d'Esope illustre vraiment bien le sentiment de colère (mais à nouveau, est-ce un texte traduit ?), l'idéal serait donc de trouver un poème dans le même esprit, s'il en existe.
Je poursuis mes recherches et je vous tiens au courant; en attendant, toute proposition est la bienvenue!
Cependant mon anthologie doit contenir des poèmes uniquement, donc le chant de Lautréamont ne convient pas.
Mais Lautréamont est un poète.
Et quoiqu'il ait appelé ce texte "chant", c'est bien un poème.
En revanche, je ne sais si le texte traduit d'Esope en est bien un…
Que dirais-tu de ce poème de Victor Hugo, dans Les Châtiments ?
Hugo incite les abeilles (qui décorent le manteau impérial) à la colère et à la révolte contre Napoléon III :
Le manteau impérial
O ! vous dont le travail est joie,
Vous qui n'avez pas d'autre proie
Que les parfums, souffles du ciel,
Vous qui fuyez quand vient décembre,
Vous qui dérobez aux fleurs l'ambre
Pour donner aux hommes le miel,
Chastes buveuses de rosée,
Qui, pareilles à l'épousée,
Visitez le lys du coteau,
Ô soeurs des corolles vermeilles,
Filles de la lumière, abeilles,
Envolez-vous de ce manteau !
Ruez-vous sur l'homme, guerrières !
Ô généreuses ouvrières,
Vous le devoir, vous la vertu,
Ailes d'or et flèches de flamme,
Tourbillonnez sur cet infâme!
Dites-lui: " Pour qui nous prends-tu ?
Maudit ! nous sommes les abeilles !
Des chalets ombragés de treilles
Notre ruche orne le fronton ;
Nous volons, dans l'azur écloses,
Sur la bouche ouverte des roses
Et sur les lèvres de Platon.
Ce qui sort de la fange y rentre.
Va trouver Tibère en son antre,
Et Charles neuf sur son balcon.
Va! sur ta pourpre il faut qu'on mette,
Non les abeilles de l'Hymette,
Mais l'essaim noir de Montfaucon ! "
Et percez-le toutes ensemble,
Faites honte au peuple qui tremble,
Aveuglez l'immonde trompeur,
Acharnez-vous sur lui, farouches,
Et qu'il soit chassé par les mouches
Puisque les hommes en ont peur !
Bonjour Emergency,
Pourquoi le texte de Lautréamont ne serait-il pas de la poésie ? Il existe une poésie qui n'est pas versifiée…
Quant à celui de Rimbaud, tu es libre de l'interpréter ainsi. Pour ma part, je le lis comme une Marseillaise iconoclaste.
Esope est évidemment une traduction du grec. De plus pourquoi retiens-tu ce texte en prose ? 😜
Tu pourrais regarder la fin de "l'Aigle du casque" de Victor Hugo.
Je sais bien qu'il existe des poèmes en vers et d'autres en prose, mais le chant de Lautreamont n'avait pas l'allure d'un poème selon moi. Au temps pour moi! Je le sélectionne pour mon anthologie, merci beaucoup Jean-Luc!
Le poème que tu m'as proposé, Jehan, est très intéressant; mais mon anthologie porte en réalité sur les 7 péchés capitaux, et le fait que la colère soit pluS attribuée à des abeilles ne me plaît pas vraiment… Il faut vraiment que la colère humaine soit explicite (comme dans le chant de Lautreamont, où l'homme s'acharne sur un ver luisant).
Pensez-vous que "Les dents serrées" de Pierre Emmanuel conviendrait à ce que je souhaite illustrer ? Ou "Le Manteau Impérial" serait-il meilleur, sachant que le sentiment de colère provient avant tout de V.Hugo
EDIT: j'ai retiré la fable d'Esope, étant donné que c'est une poésie grecque et non francophone…
Bonsoir Emergency,
Tu nous en diras tant.
Je reprends mes dernières billes et te propose le paradoxal "Heautontimoroumenos" de Baudelaire où règnent le masochisme et l'autopunition.
Melancholia, d'Hugo également ?
Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules ;
Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d'une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer.
Jamais on ne s'arrête et jamais on ne joue.
Aussi quelle pâleur ! la cendre est sur leur joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas !
Ils semblent dire à Dieu : « Petits comme nous sommes,
Notre père, voyez ce que nous font les hommes ! »
O servitude infâme imposée à l'enfant !
Rachitisme ! travail dont le souffle étouffant
Défait ce qu'a fait Dieu ; qui tue, œuvre insensée,
La beauté sur les fronts, dans les cœurs la pensée,
Et qui ferait - c'est là son fruit le plus certain ! -
D'Apollon un bossu, de Voltaire un crétin !
Travail mauvais qui prend l'âge tendre en sa serre,
Qui produit la richesse en créant la misère,
Qui se sert d'un enfant ainsi que d'un outil !
Progrès dont on demande : « Où va-t-il ? que veut-il ? »
Qui brise la jeunesse en fleur ! qui donne, en somme,
Une âme à la machine et la retire à l'homme !
Que ce travail, haï des mères, soit maudit !
Maudit comme le vice où l'on s'abâtardit,
Maudit comme l'opprobre et comme le blasphème !
O Dieu ! qu'il soit maudit au nom du travail même,
Au nom du vrai travail, sain, fécond, généreux,
Qui fait le peuple libre et qui rend l'homme heureux !
Très classique, certes. '
Jean-Luc a écrit :Bonsoir Emergency,
Tu nous en diras tant.
Je reprends mes dernières billes et te propose le paradoxal "Heautontimoroumenos" de Baudelaire où règnent le masochisme et l'autopunition.
Pas mal. Mon choix se portera sur lui à mon avis, il est très déroutant…
Merci beaucoup à tous pour toutes vos réponses, vous m'avez énormément aidé.
bonsoir Emergency,
j'ai le même travail a faire et j'ai choisi moi aussi les 7 péchés capitaux ….
est-ce que tu pourrais me donner le nom des poèmes que tu a pris pour les autres péchés stp ? =)
Presque quatre ans plus tard, je doute qu'Emergency te réponde…