Littérature classique / contemporaine

Littérature

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C'est toujours un délice de lire les interventions de Polo. 😜

Pour Prévost, entièrement d'accord ! Je dois avouer une chose : depuis 3 mois, j'ai une fixette sur Les égarements du coeur et de l'esprit. Je sens que je vais craquer…
Je pense que ça te plaira beaucoup. 😉
Jérémy a écrit :Quant à Bigard, c'est un bouffon gras au sens premier du terme (ce n'est pas un jugement de valeur). Devos a le verbe plus appliqué, je trouve…
Ce qui les réunit, c'est cette fascination pour le langage, pour le jeu de mot, pour une parole qui virtualise le quotidien pour en faire un pur objet verbal, exempt de tout référent. Si le procédé est rigoureusement identique, ce qui les éloigne, c'est le genre qu'ils se donnent : Devos est snob, Bigard est vulgaire. Et pour répondre tout de même à Ajite : je travaille en ce moment sur Bigard, mais ce n'est pas mon auteur de spécialité. Moi je bosse sur Sade. Il se trouve qu'on peut difficilement travailler sur Sade sans se poser la question du vulgaire, sans s'intéresser au motif de l'injure.

Je me permets d'insister lourdement sur ce point : Sade était bien un libertin (que l'on pense à la formidable lettre-testament qu'il adresse à sa femme et dont les premiers mots sont : "Oui, je suis libertin") mais il n'est pas un auteur libertin. Lisez son Discours sur le roman, il méprise au dernier point la littérature libertine. On peut nuancer cette affirmation bien sûr en notant que certaines de ses nouvelles les moins connues (je pense au Cocu de soi-même) présentent des marqueurs propres à la littérature libertine, mais globalement, Sade se distingue tout à fait de ce courant. Sade refuse la suggestion, il refuse l'érotisme, et ses orgies n'ont pas pour but de séduire, d'exciter, mais au contraire de frustrer : par leur longueur, par leur irréalisme, par leur crudité, enfin, par leurs interruptions répétées. L'orgie sadienne est typiquement une orgie des mots, elle s'épanouit avant tout dans la parole des différents acteurs et dans celle d'un "metteur en scène" qui commente et ordonne les différentes postures ("Mettons un peu d'ordre dans nos procédés…"). Les mots chez Sade sont avant tout conçus comme une extension de la puissance du libertin. A l'image de la tragédie racinienne : le silence du personnage est synonyme de mort.

Je vous cite cette très belle phrase de Barthes :

"La grandeur de Sade n'est pas d'avoir célébré le crime, la perversion, ni d'avoir employé pour cette célébration un langage radical; c'est d'avoir inventé un discours immense, fondé sur ses propres répétitions (et non sur celles des autres)."