L' Eternité à Lourmarin
« Il n’y a plus de ligne droite ni de route éclairée avec un être qui nous a quittés. Où s’étourdit notre affection? Cerne après cerne, s’il approche, c’est pour aussitôt s’enfouir. Son visage parfois vient s’appliquer contre le nôtre, ne produisant qu’un éclair glacé. Le jour qui allongeait le bonheur entre lui et nous n’est nulle part désormais, toutes les parties – presqu’excessives – d’une présence se sont tout à coup disloquées. Misère de notre vigilance… Pourtant cet être supprimé se tient dans quelque chose de rigide, de désert, d’essentiel en nous, où nos millénaires ensemble font juste l’épaisseur d’une paupière tirée.
Avec celui que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n’est pas le silence. Qu’en est-il alors? Nous savons ou croyons savoir. Mais seulement quand le passé qui signifie s’ouvre pour lui livrer passage. Le voici à notre hauteur, plus loin, devant.
A l’heure de nouveau contenue où nous questionnons tout le poids d’énigme, soudain commence la Douleur, celle de compagnon à compagnon, que l’archer, cette fois, ne peut pas transpercer."
René Char - La parole en archipel -
Les plus beaux textes de la littérature française
188 réponses · Page 4 / 10
que de beaux textes la littérature c'est l'exaltation de son plus profond de soi-même avec cette langue sublime qu'est le français qui est d'abord musicale '''''''''''
"… Et c'est l'heure, ô vivantes ! où la brise de mer cède sa chance au dernier souffle de la terre. L'arbre annelé comme un esclave ouvre sa fronde bruissante. Nos hôtes s'égarent sur les pentes en quête de pistes vers la mer, les femmes en quête de lavandes, et nous-mêmes lavées dans l'ablution du soir… Nulle menace au front du soir, que ce grand ciel de mer aux blancheurs de harfang. Lune de menthe à l'Orient. Étoile rouge au bas du ciel, comme l'étalon qui a goûté le sel. Et l'homme de mer est dans nos songes. Meilleur des hommes, viens et prends !…" Saint-John Perse, Amers, VII (Strophe), éd. NRF Gallimard (La Pléiade).
"Jamais madame Bovary ne fut aussi belle qu’à cette époque ; elle avait cette indéfinissable beauté
qui résulte de la joie, de l’enthousiasme, du succès, et qui n’est que l’harmonie du tempérament avec
les circonstances. Ses convoitises, ses chagrins, l’expérience du plaisir et ses illusions toujours jeunes,
comme font aux fleurs le fumier, la pluie, les vents et le soleil, l’avaient par gradation développée, et
elle s’épanouissait enfin dans la plénitude de sa nature. Ses paupières semblaient taillées tout exprès
pour ses longs regards amoureux où la prunelle se perdait, tandis qu’un souffle fort écartait ses narines
minces et relevait le coin charnu de ses lèvres, qu’ombrageait à la lumière un peu de duvet noir. On
eût dit qu’un artiste habile en corruptions avait disposé sur sa nuque la torsade de ses cheveux ; ils
s’enroulaient en une masse lourde négligemment, et selon les hasards de l’adultère, qui les dénouait
tous les jours. Sa voix, maintenant, prenait des inflexions plus molles, sa taille aussi ; quelque chose
de subtil qui vous pénétrait se dégageait même des draperies de sa robe et de la cambrure de son pied.
Charles, comme aux premiers temps de son mariage, la trouvait délicieuse et irrésistible." Gustave FLAUBERT, Madame Bovary, deuxième partie.
Tu es mangeuse de pétales et chair d'amaryllis des grèves, tu as goûté le sel aux paumes de l'Amant et l'as nourri du riz de tes rizières. Tu es l'innocence du fruit sur la terre étrangère ; l'épi cueilli chez le Barbare ; le grain semé sur la côte déserte pour le voyage du retour… Saint-John Perse, Étroits sont les vaisseaux, in Amers.
"Ô femme prise dans son cours, et qui s'écoule entre mes bras comme la nuit des sources, qui donc en moi descend le fleuve de ta faiblesse ? M'es-tu le fleuve, m'es-tu la mer ? ou bien le fleuve dans la mer ? M'es-tu la mer elle-même voyageuse, où nul, le même, se mêlant, ne s'est jamais deux fois mêlé ?
" Heureuse la courbe qui s'inscrit au pur délice de l'amante.
Saint-John Perse, suite du texte précédent (éd. NRF Gallimard).
" Heureuse la courbe qui s'inscrit au pur délice de l'amante.
Saint-John Perse, suite du texte précédent (éd. NRF Gallimard).
L'aveu d'amour de Phèdre à Hippolyte est un chef-d'oeuvre de poésie et de psychologie. Je ne m'en lasse pas.
PHÈDRERacine, Phèdre, II, 5
Oui, prince, je languis, je brûle pour Thésée :
Je l’aime, non point tel que l’ont vu les enfers,
Volage adorateur de mille objets divers,
Qui va du dieu des morts déshonorer la couche ;
Mais fidèle, mais fier, et même un peu farouche,
Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi,
Tel qu’on dépeint nos dieux, ou tel que je vous voi.
Il avait votre port, vos yeux, votre langage ;
Cette noble pudeur colorait son visage,
Lorsque de notre Crête il traversa les flots,
Digne sujet des vœux des filles de Minos.
Que faisiez-vous alors ? Pourquoi, sans Hippolyte,
Des héros de la Grèce assembla-t-il l’élite ?
Pourquoi, trop jeune encor, ne pûtes-vous alors
Entrer dans le vaisseau qui le mit sur nos bords ?
Par vous aurait péri le monstre de la Crête,
Malgré tous les détours de sa vaste retraite :
Pour en développer l’embarras incertain,
Ma sœur du fil fatal eût armé votre main.
Mais non : dans ce dessein je l’aurais devancée ;
L’amour m’en eût d’abord inspiré la pensée.
C’est moi, prince, c’est moi, dont l’utile secours
Vous eût du labyrinthe enseigné les détours.
Que de soins m’eût coûtés cette tête charmante !
Un fil n’eût point assez rassuré votre amante :
Compagne du péril qu’il vous fallait chercher,
Moi-même devant vous j’aurais voulu marcher ;
Et Phèdre au labyrinthe avec vous descendue
Se serait avec vous retrouvée ou perdue.
HIPPOLYTE
Dieux ! qu’est-ce que j’entends ? Madame, oubliez-vous
Que Thésée est mon père, et qu’il est votre époux ?
PHÈDRE
Et sur quoi jugez-vous que j’en perds la mémoire,
Prince ? Aurais-je perdu tout le soin de ma gloire ?
HIPPOLYTE
Madame, pardonnez : j’avoue, en rougissant,
Que j’accusais à tort un discours innocent.
Ma honte ne peut plus soutenir votre vue ;
Et je vais…
PHÈDRE
Ah, cruel ! tu m’as trop entendue !
Je t’en ai dit assez pour te tirer d’erreur.
Eh bien ! connais donc Phèdre et toute sa fureur :
J’aime ! Ne pense pas qu’au moment que je t’aime,
Innocente à mes yeux, je m’approuve moi-même ;
Ni que du fol amour qui trouble ma raison
Ma lâche complaisance ait nourri le poison ;
Objet infortuné des vengeances célestes,
Je m’abhorre encor plus que tu ne me détestes.
Les dieux m’en sont témoins, ces dieux qui dans mon flanc
Ont allumé le feu fatal à tout mon sang ;
Ces dieux qui se sont fait une gloire cruelle
De séduire le cœur d’une faible mortelle.
Toi-même en ton esprit rappelle le passé :
C’est peu de t’avoir fui, cruel, je t’ai chassé ;
J’ai voulu te paraître odieuse, inhumaine ;
Pour mieux te résister, j’ai recherché ta haine.
De quoi m’ont profité mes inutiles soins ?
Tu me haïssais plus, je ne t’aimais pas moins ;
Tes malheurs te prêtaient encor de nouveaux charmes.
J’ai langui, j’ai séché dans les feux, dans les larmes :
Il suffit de tes yeux pour t’en persuader,
Si tes yeux un moment pouvaient me regarder…
Que dis-je ? cet aveu que je te viens de faire,
Cet aveu si honteux, le crois-tu volontaire ?
Tremblante pour un fils que je n’osais trahir,
Je te venais prier de ne le point haïr :
Faibles projets d’un cœur trop plein de ce qu’il aime !
Hélas ! je ne t’ai pu parler que de toi-même !
Venge-toi, punis-moi d’un odieux amour :
Digne fils du héros qui t’a donné le jour,
Délivre l’univers d’un monstre qui t’irrite.
La veuve de Thésée ose aimer Hippolyte !
Crois-moi, ce monstre affreux ne doit point t’échapper ;
Voilà mon cœur : c’est là que ta main doit frapper.
Impatient déjà d’expier son offense,
Au-devant de ton bras je le sens qui s’avance.
Frappe : ou si tu le crois indigne de tes coups,
Si ta haine m’envie un supplice si doux,
Ou si d’un sang trop vil ta main serait trempée,
Au défaut de ton bras prête-moi ton épée ;
Donne.
DANS BIEN LONGTEMPS
Dans bien longtemps je suis passé par le château des feuilles
Elles jaunissaient lentement dans la mousse
Et loin les coquillages s'accrochaient désespérément aux rochers de la mer
Ton souvenir ou plutôt ta tendre présence était à la même place
Présence transparente et la mienne
Rien n'avait changé mais tout avait vieilli en même temps que mes tempes et mes yeux
N'aimez-vous pas ce lieu commun ? laissez-moi laissez-moi c'est si rare cette ironique satisfaction
Tout avait vieilli sauf ta présence
Dans bien longtemps je suis passé par la marche du jour solitaire
Les flots étaient toujours illusoires
La carcasse du navire naufragé que tu connais - tu te rappelles cette nuit de tempête et de baisers ? - était-ce
un navire naufragé ou un délicat chapeau de femme roulé par le vent dans la pluie du printemps ? - était
à la même place
Et puis foutaise larirette dansons parmi les prunelliers !
Les apéritifs avaient changé de nom et de couleur
Les arcs-en-ciel qui servent de cadre aux glaces
Dans bien longtemps tu m'as aimé.
Robert Desnos, Corps et biens, éd. NRF - Gallimard
Je suis très heureuse que mon premier message sur ce forum soit consacré à cet extrait de tirade issu de On ne badine pas avec l'amour, d'Alfred de Musset:
"Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais s’il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux."J'ai lu cette pièce l'année dernière et en plus de l'avoir beaucoup aimée, je crois que cette tirade restera dans ma mémoire un bon bout de temps!
Li quens Rollant se jut desuz un pin,
Envers Espaigne en ad turnét sun vis.
De plusurs choses a remembrer li prist :
De tantes teres cume li bers cunquist,
De dulce France, des humes de sun lign,
De Charlemagne, sun seignor, ki l'nurrit ;
Ne poet muer n'en plurt e ne suspirt.
Mais lui meisme ne voit mettre en ubli,
Cleimet sa culpe, si priet Deu mercit :
'Veire Paterne, ki unkes ne mentis,
Saint Lazaron de mort resurrexis
E Daniel des leons guaresis,
Guaris de mei l'anme de tuz perilz
Pur les pecchez que en ma vie fis !'
Sun destre guant a Deu en puroffrit ;
Seint Gabriel de sa main li ad pris.
Desur sun braz teneit le chef enclin,
Juntes ses mains est alét a sa fin.
Deus li tramist sun angle Cherubin
E seint Michel de la Mer del Peril,
Ensembl'od els seint Gabriel i vint ;
L'anme del cunte portent en pareis.
La Chanson de Roland, éd. H. Champion
Tous ces défauts humains nous donnent, dans la vie,(Philinte dans Le Misanthrope de Molière, Acte V scène 1)
Des moyens d’exercer notre philosophie,
C’est le plus bel emploi que trouve la vertu ;
Et si, de probité, tout était revêtu,
Si tous les cœurs étaient, francs, justes, et dociles,
La plupart des vertus nous seraient inutiles,
Puisqu’on en met l’usage à pouvoir, sans ennui,
Supporter dans nos droits, l’injustice d’autrui :
Qu'un ami véritable est une douce chose!
Il cherche vos besoins au fond de votre coeur ;
Il vous épargne la pudeur
De les lui découvrir vous-même.
Un songe, un rien, tout lui fait peur
Quand il s'agit de ce qu'il aime.
Il cherche vos besoins au fond de votre coeur ;
Il vous épargne la pudeur
De les lui découvrir vous-même.
Un songe, un rien, tout lui fait peur
Quand il s'agit de ce qu'il aime.
Pour répondre à Gabiana :
Deux vrais amis vivaient au Monomotapa
Jusqu'au jour où l'un vint voir l'autre, et le tapa.
La Fontaine - P. J. Toulet
Deux vrais amis vivaient au Monomotapa
Jusqu'au jour où l'un vint voir l'autre, et le tapa.
La Fontaine - P. J. Toulet
Les plus beaux textes de la littérature française, voilà le titre du sujet.
Alors, on rigole pas avec ça !
Alors, on rigole pas avec ça !
Quand elle fut devant le Calvaire, au lieu de prendre à gauche, elle prit à droite, se perdit dans des chantiers, revint sur ses pas ; des gens qu’elle accosta l’engagèrent à se hâter. Elle fit le tour du bassin rempli de navires, se heurtait contre des amarres. Puis le terrain s’abaissa, des lumières s’entrecroisèrent, et elle se crut folle, en apercevant des chevaux dans le ciel.
Au bord du quai, d’autres hennissaient, effrayés par la mer. Un palan qui les enlevait les descendait dans un bateau, où des voyageurs se bousculaient entre les barriques de cidre, les paniers de fromage, les sacs de grain ; on entendait chanter des poules, le capitaine jurait ; et un mousse restait accoudé sur le bossoir, indifférent à tout cela. Félicité, qui ne l’avait pas reconnu, criait « Victor ! » ; il leva la tête ; elle s’élançait, quand on retira l’échelle tout à coup.
Le paquebot, que des femmes halaient en chantant, sortit du port. Sa membrure craquait, les vagues pesantes fouettaient sa proue. La voile avait tourné. On ne vit plus personne ; — et, sur la mer argentée par la lune, il faisait une tache noire qui s’enfonça, disparut.
Félicité, en passant près du Calvaire, voulut recommander à Dieu ce qu’elle chérissait le plus ; et elle pria pendant longtemps, debout, la face baignée de pleurs, les yeux vers les nuages. La ville dormait, des douaniers se promenaient ; et de l’eau tombait sans discontinuer par les trous de l’écluse, avec un bruit de torrent. Deux heures sonnèrent.
Si, si, on peut aussi rigoler 😀
Ce n'est pas un texte à proprement parler, juste une phrase que j'avais notée, probablement issue de Poètes et romanciers du Moyen-Âge (mais de quel auteur ?) :
(A priori on peut "traduire" ça par : croyant suivre le bon chemin, ils s’égarèrent complètement.)
La morale comoedy de celluy qui avoit épousé une femme mute […](François Rabelais - Tiers livre)
La parolle recouverte, elle parla tant et tant que son mary retourna au médicin pour remède de la faire taire.
Le médicin respondit […] remède unicque estre surdité du mary contre cestuy interminable parlement de femme.
Ce n'est pas un texte à proprement parler, juste une phrase que j'avais notée, probablement issue de Poètes et romanciers du Moyen-Âge (mais de quel auteur ?) :
Il quidoient tenir lor droit sentier mais il fourvoierent molt malementJe trouve ça superbe. 🙂
(A priori on peut "traduire" ça par : croyant suivre le bon chemin, ils s’égarèrent complètement.)
Un magnifique poème de la poétesse Marceline Desbordes-Valmore
"Les séparés (N'écris pas…)"
N'écris pas. Je suis triste, et je voudrais m'éteindre.
Les beaux étés sans toi, c'est la nuit sans flambeau.
J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre,
Et frapper à mon coeur, c'est frapper au tombeau.
N'écris pas !
N'écris pas. N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu'à Dieu… qu'à toi, si je t'aimais !
Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes,
C'est entendre le ciel sans y monter jamais.
N'écris pas !
N'écris pas. Je te crains ; j'ai peur de ma mémoire ;
Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent.
Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N'écris pas !
N'écris pas ces doux mots que je n'ose plus lire :
Il semble que ta voix les répand sur mon coeur ;
Que je les vois brûler à travers ton sourire ;
Il semble qu'un baiser les empreint sur mon coeur.
N'écris pas !
Non-lieu
Art des jours art des nuits
La balance des blessures qui s'appelle Pardonne
Balance rouge et sensible au poids d'un vol d'oiseau
Quand les écuyères au col de neige les mains vides
Poussent leurs chars de vapeur sur les prés
Cette balance sans cesse affolée je la vois
Je vois l'ibis aux belles manières
Qui revient de l'étang lacé dans mon cœur
Les roues du rêve charment les splendides ornières
Qui se lèvent très haut sur les coquilles de leurs robes
Et l'étonnement bondit de-ci de-là sur la mer
Partez ma chère aurore n'oubliez rien de ma vie
Prenez ces roses qui grimpent aux puits des miroirs
Prenez les battements de tous les cils
Prenez jusqu'aux fils qui soutiennent les pas des danseurs de corde et des gouttes d'eau
Art des jours art des nuits
Je suis à la fenêtre très loin dans une cité pleine d'épouvante
Dehors des hommes à chapeau claque se suivent à intervalle régulier
Pareils aux pluies que j'aimais
Alors qu'il faisait si beau
"A la rage de Dieu" est le nom d'un cabaret où je suis entré hier
Il est écrit sur la devanture blanche en lettres plus pâles
Mais les femmes-marins qui glissent derrière les vitres
Sont trop heureuses pour être peureuses
Ici jamais de corps toujours l'assassinat sans preuves
Jamais le ciel toujours le silence
Jamais la liberté que pour la liberté André Breton, Clair de Terre, éd. NRF Gallimard (Pléiade).
Peuple, souviens-toi que, si dans la République la justice ne règne pas avec un empire absolu, et si ce mot ne signifie pas l'amour de l'égalité et de la patrie, la liberté n'est qu'un vain nom !
Peuple, toi que l'on craint, que l'on flatte et que l'on méprise; toi, souverain reconnu, qu'on traite toujours en esclave, souviens-toi que partout où la justice ne règne pas, ce sont les passions des magistrats, et que le peuple a changé de chaînes, et non de destinées !
Souviens-toi qu'il existe dans ton sein une ligue de fripons qui lutte contre la vertu publique, et qui a plus d'influence que toi-même sur tes propres affaires, qui te redoute et te flatte en masse, mais te proscrit en détail dans la personne de tous les bons citoyens !
Rappelle-toi que, loin de sacrifier cette nuée de fripons à ton bonheur, tes ennemis veulent te sacrifier à cette poignée de fripons, auteurs de tous nos maux, et seuls obstacles à la prospérité publique !
Sache que tout homme qui s'élèvera pour défendre ta cause et la morale publique sera accablé d'avanies et proscrit par les fripons ; sache que tout ami de la liberté sera toujours placé entre un devoir et une calomnie ; que ceux qui ne pourront être accusés d'avoir trahi seront accusés d'ambition; que l'influence de la probité et des principes sera comparée à la force de la tyrannie et à la violence des factions ; que ta confiance et ton estime seront des titres de proscription pour tous tes amis ; que les cris du patriotisme opprimé seront appelés des cris de sédition, et que, n'osant t'attaquer toi-même en masse, on te proscrira en détail dans la personne de tous les bons citoyens, jusqu'à ce que les ambitieux aient organisé leur tyrannie. Source : https://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/histoire/grands-moments-d-eloquence/robespierre-1794-ultime-discours-26-juillet-1794
La "ligue des fripons" comprend-elle aussi les milliers d'innocents guillotinés, fusillés, noyés, brûlés dans des fours à pain au nom de cette liberté ?
Je ne réagis ainsi que parce que ce texte est de Robespierre… qui n'est ni Carrier ni Turreau, certes, mais ne sommes-nous responsables que de ce que nous avons expressément voulu ?
Je ne souhaite pas de polémique, ce n'était qu'une parenthèse.
Je ne réagis ainsi que parce que ce texte est de Robespierre… qui n'est ni Carrier ni Turreau, certes, mais ne sommes-nous responsables que de ce que nous avons expressément voulu ?
Je ne souhaite pas de polémique, ce n'était qu'une parenthèse.
Clair de Lune
On tangue on tangue sur le bateau
La lune la lune fait des cercles dans l’eau
Dans le ciel c’est le mât qui fait des cercles
Et désigne toutes les étoiles du doigt
Une jeune Argentine accoudée au bastingage
Rêve à Paris en contemplant les phares qui dessinent
la côte de France
Rêve à Paris qu’elle ne connaît qu’à peine et qu’elle
regrette déjà
Ces feux tournants fixes doubles colorés à éclipses lui
rappellent ceux qu’elle voyait de sa fenêtre d’hôtel sur
les Boulevards et lui promettent un prompt retour
Elle rêve de revenir bientôt en France et d’habiter Paris
Le bruit de ma machine à écrire l’empêche de mener son
rêve jusqu’au bout.
Ma belle machine à écrire qui sonne au bout de chaque
ligne et qui est aussi rapide qu’un jazz
Ma belle machine à écrire qui m’empêche de rêver à
bâbord comme à tribord
Et qui me fait suivre jusqu’au bout une idée
Mon idée
Blaise Cendrars