Bonjour,
Je cherche à constituer un corpus regroupant des pièces d'auteurs du XXe ou XXIe siècle dans lesquels la guerre est théorisée et/ou représentée, que ce soit de façon allégorique ou non. Je pense à La Guerre de Troie n'aura pas lieu de Giraudoux, mais aussi à Brecht (Mère Courage, peut-être le Cercle de Craie Caucasien), Edward Bond (si quelqu'un connait bien cet auteur, il me sera d'un grand secours)…
Je m'intéresse aussi aux exemples de pièces qui sont des allégories de la dictature: La Résistible Ascension d'Arturo Ui de Brecht, Rhinocéros de Ionesco, bien sur, mais aussi Le Dragon d'Evgueni Schwartz… tout ce qui peut avoir une interprétation allégorique du genre des Souris de Dino Buzzati, mais en théâtre, quoi.
Voila, j'espère avoir expliqué clairement l'objet de ma recherche. Si vous avez d'autres titres à proposer, cela pourrait m'aider.
Bonne journée.
Pour Edward Bond, pourquoi pas un extrait de la pièce
Naître ou une autre de ses Pièces
de guerre (je n'ai lu que
Naître). Il y a aussi
Anéantis de Sarah Kane pour le même genre d'esthétique et d'éthique théâtrales.
Quelques liens qui pourraient t'aider pour Bond :
https://www.ruedutheatre.info/article-3946844.html https://www.ruedutheatre.info/article-3946844.html,
https://www.peripheries.net/article191.html https://www.peripheries.net/article191.html et
https://www.peripheries.net/article189.html https://www.peripheries.net/article189.html.
Je me permets de citer une partie d'un exposé que j'ai dû faire sur Strindberg et qui m'a amenée à m'intéresser à ces dramaturges britanniques :
Le théâtre contemporain anglais a également une dette envers Strindberg bien que l'héritage n'ait pas été clairement explicité. La violence qui était encore contenue dans les mots chez Strindberg explose bien dans le corps et dans l'horreur du spectacle. Ce théâtre se joue d'un discours horrifiant et d'une monstration littérale de l'horreur. Horreur qui n'est pas gratuite car c'est un théâtre du traumatisme, souvent politisé, certes, mais qui fait se rejoindre la barbarie du monde (après Auschwitz notamment) avec celle du corps martyrisé, c'est-à-dire témoin actif de la souffrance. Le public a en tête les bébés jetés sur scène dans une pièce de Bond, la reine Victoria lesbienne et anthropophage qui se lèche les doigts après avoir mangé ses enfants, Galactia du Tableau d'une exécution d'Howard Barker qui offre le spectacle de son intestin ouvert pour sept dollars, l'Hippolyte de Sarah Kane qui se masturbe dans des chaussettes sales et les exemples d'une surenchère de l'horreur seraient encore nombreux. Les termes pour désigner ce théâtre qui commence surtout avec la pièce Saved d'Edward Bond en 1965 (où l'on voit des bébés lapidés) sont eux aussi nombreux. On parle de « Théâtre de la catastrophe » (théorisé par Howard Barker), de théâtre « in yer face » (pour Sarah Kane), de « New Brutalists » ou encore de « Nasty 90's ». Le théâtre est devenu le lieu de la blessure pour reprendre l'expression de Bond. Il s'agit de mettre en scène le corps souffrant, qu'il soit affamé, violé, sodomisé ou déchiré. On observe depuis ces vingt dernières années une évolution de ce théâtre : de l'horreur il passe à l'abjection, du corps public il passe au corps individuel, de la honte il passe à la culpabilité, plus intérieure. Cette évolution se fait essentiellement par la voix qui devient spectrale, porteuse d'une souffrance encore plus poignante que le corps meurtri. Ce théâtre refuse la distanciation brechtienne car pour ces dramaturges elle ne peut être que criminelle : elle se positionne contre l'empathie et conduit inéluctablement à Auschwitz. Face au monde morcelé qui est le nôtre, la souffrance (comme la cruauté l'était déjà chez Artaud et chez Strindberg en filigrane) devient le seul moyen pour le sujet d'accéder à lui-même. Ce théâtre qui mutile les corps et qui fait vomir (c'est ce que préconise très explicitement Howard Barker qui s'attend à ce que ses spectateurs vomissent sur sa chemise !) est le seul moyen de provoquer un choc salvateur pour le public, c'est-à-dire une prise de conscience frontale. Comme Julie et Jean chez Strindberg, les psychismes qui s'expriment par le corps et par la voix rendent beaucoup plus compte de l'inhumanité fondamentale de l'homme que de son humanité qui, elle, n'est que cultivée, c'est-à-dire voulue. L'évolution du théâtre de Kane, avant son suicide à 28 ans, témoigne lui aussi d'une disparition du corps qui suggère une abstraction de plus en plus évidente de la souffrance, La pièce 4:48 comporte 24 sections qui peinent à se réunir, à se connecter en symphonie, en unité : c'est métaphoriquement le corps disloqué par l'agression du monde extérieur qui est ici signifié. Mais c'est surtout le langage qui peine à rester cohérent. Le texte est parsemé de bribes d'alphabets (MNO), de signes (ASAP pour « as soon as possible ») et de chiffres qui tentent de dire que le corps non plus ne peut plus dire les souffrances qui ont été intériorisées. Ce théâtre de la barbarie initié par Bond n'est pas un épiphénomène : il se retrouve sur plusieurs scènes anglaises et se présente comme un défi jeté à la face du monde et comme une philosophie qui conceptualise la souffrance à travers la représentation, pour signifier que le corps et la voix sont devenus insuffisants pour dire la souffrance. Celle-ci a dès lors besoin d'une autre voix, d'un autre langage peut-être, pour dire ce qui est resté enfoui au fond de l'être et ne peut plus en sortir.
Bien modestement bien sûr, ce n'est qu'un essai de synthèse de ce théâtre très perturbant.
Par contre, je pense que ce doit être un théâtre difficile à commenter…
Personnellement, j'ai travaillé il y a quelques années sur Croisades de Michel Azama.
Voilà le début de la préface :
"Les enfants qui s'éclatent en jouant à la guerre ressemblent aux personnages de Michel Azama.
Dans cette pièce étrange intitulée "CROISADES" l'histoire se passe "ailleurs", "là-bas"… peut-être en Palestin, à Beyrouth ou Baalbec, quelque part en Syrie ou bien en Israël…
Peu importe le lieu il y a toujours deux camps où la vie est en jeu sans cesse. En jeu ? en joue plutôt ! Les relais de l'action ce sont des armes à feu. Mais Michel Azama envisage sa guerre avec la cruauté fébrile de certains jeux d'enfants : un théâtre naïef et loufoque, invraisemblable et réaliste tout à la fois.
Avec toujours du rêve qui chemine à travers les discours, dans ces situations simples et terribles : conflits sempiternel qui font s'entretuer des hommes autour des Méditerranées. Aujourd'hui comme hier quand c'était la croisade… ou sa légende ! - "Rien n'est inventé pourtant", affirme notre auteur, - "les détails extraordinaires ce sont des choses vues dans le journal, au jour le jour".
C'est vrai qu'avec le poids des morts les titres des journaux font image : dans Libé comme à la Télé ! […]
Les gamins qui jouent à la guerre se tuent à tout bout de champ. Mais leurs trépassés se redressent, se relèvent et parlent, commentant leur trépas, le contestant, puis recommencent de plus belle, s'entretuant encore, superbement ! Pourquoi se battent-ils ainsi sans cesse et, semble-t-il, depuis toujours ? […]
Alain Mergnat"
C'est pas connu, mais ça parle de la guerre et du vécu des populations/soldats dans la guerre, entre les enfants qui grandissent trop vite pour prendre un fusil et tirer sur leur ancien ami, et ceux qui meurent trop tôt, avant même d'avoir été enfantés.
Tout dépend ce que tu recherches.
Ce n'est pas tourné vers la dictature, juste sur la guerre.
Dans cette pièce, ce sont bien souvent les morts qui racontent comment ils ont été tués.
Voilà, bon courage !
Césaire et La Tragédie du Roi Christophe. On assite à la prise de pouvoir d' un libérateur du peuple, à la suite d' une guerre civile, qui va se tranformer en despote.
De même, dans Fin de Partie de Beckett, on n' a pas à proprement parler de description de la guerre mais plutôt de ses conséquences : les personnages sont des rescapés handicapés qui vivent dans un univers post-nucléaire. Les treumatismes des personnages se ressentent dans leur façon de parler, faite de silences et de pauses, dans leur incommunicabilité et dans leurs handicaps physiques ( Clov ne peut pas s' asseoir, Hamm est dans un fauteuil roulant et est aveugle et les parents de Hamm sont n' ont plus de jambes ).
Merci pour toutes ces réponses.