Farouche / faroucherie / faroucheté

Langue française

14 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour!
Vu que dernièrement vous m’avez beaucoup aidé, je compte sur vous. =) Je suis en train de rédiger mon mémoire de M2 en linguistique française mais je ne suis pas francophone, d’où, peut-être, mes problèmes…

1. La première question concerne La Marseillaise. En fait, dans la version originale on retrouve les paroles suivantes :
« (…) Entendez-vous dans les campagnes
Mugir ces féroces soldats ?
Ils viennent jusque dans vos bras
Égorger vos fils, vos compagnes ! »

Et pourtant, j’ai appris qu’il y a 2 versions qui cohabitent. Dans la première, disons « officielle », les soldats qui mugissent sont féroces ; dans la deuxième – farouches. Je cite un fragment de l’article portant sur ce sujet :

« A cette occasion - probablement à la suite d'une erreur de transcription, selon les historiens - les "féroces soldats" du premier couplet rédigé par Rouget de Lisle sont devenus les "farouches soldats", ce qui n'a pas tout à fait le même sens. »

Et voila ! Pourquoi le sens n’est pas le même ?… Aussi bien le Robert que le Trésor constatent que si un soldat est qualifié farouche ou féroce il est, dans les deux cas, brutal et cruel. En quoi consiste donc cette différence de sens entre « soldats féroces » et « soldats farouches » ?


2. Est-ce que l’adjectif « farouche » n’a que des connotations péjoratives ? En fait, lorsqu’il vient avec des noms du type : « haine », « ténacité », c’est logique. Mais quoi faire avec des syntagmes du type : « générosité farouche », « vertu farouche », « énergie farouche » ? Dans ce cas-là, « farouche » garde sa valeur dépréciative ? (de ce point de vue, « générosité farouche » devrait être une sorte d’oxymore…) Ou peut-être il l’atténue en mettant l’accent uniquement sur l’intensité d’un trait décrit?


3. Et finalement deux noms : « faroucheté » et « faroucherie ». Je sais que les deux sont très rares et peu utlisés, mais peut-être vous les avez déjà rencontrés… ? Si oui, est-ce qu’il existe une différence entre eux ?


Merci d’avance !
Bonsoir.

Toujours farouchement aux prises avec le même mot que la première fois, je vois ! 😉

Le TLF définit entre autres farouche par : "Qui agit avec fermeté, intransigeance, rudesse ou brutalité."
Il n'y a donc pas forcément toujours des valeurs purement dépréciatives, puisque fermeté et intransigeance se s'accompagnent pas forcément de rudesse et de brutalité. Tout est dans le ou !

Cela dit, quand ce mot s'applique à des soldats ennemis, on peut penser que le terme est aussi peu laudatif que "féroce", et qu'il est vain de chercher des nuances dans ce cas précis.

Le Robert Historique ne mentionne que le dérivé "faroucherie", le date du XX[sup]e[/sup] siècle et note que son emploi est "littéraire". Un mot apparemment peu usité !
Il faut chercher dans un dictionnaire d'ancien français pour trouver "faroucheté", traduit par "sauvagerie".
Là aussi, je pense qu'il est vain de chercher des nuances de sens significatives et constantes entre les deux termes.
Merci!
Le problème est que mon travail consiste à chercher des nuances sémantiques… 😉

Alors, si j’ai bien compris, le syntagme « générosité farouche » n’est point bizarre et veut dire « générosité ferme, intransigeante » ?
Oui, pour la générosité farouche, c'est cela !

Quant aux nuances sémantiques, je comprends bien ton problème…
Mais force est de reconnaître que dans certains cas il est quasiment impossible d'en trouver ! =)
Pierre Brousson, secrétaire utilisé par Anatole France pour écrire Jeanne d'Arc raconte dans "Anatole France en pantoufles", ses conversations avec le Maïtre qui dit:
Certains font porter tout le ressort de leur phrase sur le verbe. Moi, je prends le plus simple, le plus enfantin, celui qui indique le mieux le mouvement. Mais je soigne mes adjectifs. Je me range au sentiment de Voltaire. Rappelez-vous sa boutade si plaisante, si judicieuse: «Quoique l'adjectif s'accorde avec le substantif, en genre, en nombre et en cas, néanmoins, l'adjectif et le substantif ne se conviennent pas toujours». A quoi bon les multiplier pour dire la même chose ? Si vous les prodiguez, contrariez-les. Vous surprendrez votre lecteur. N'écrivez pas: "Des prélats magnifiques et pieux allèrent en procession quérir la Sainte Ampoule", mais "Des prélats obèses et pieux allèrent en procession…"
Ne dédaignez pas, non plus, l'épithète négative, d'un effet si inattendu, si irrésistible. Vous voulez décrire la morne solitude d'un jardin public, un soir d'hiver. Vous mettez: «Gontran parcourut les allées sans fleurs, de l'Observatoire.» Cela n'est pas mal, mon Dieu ! Mais «les allées défleuries de l'Observatoire», c'est bien mieux, c'est beaucoup mieux !
L'effet inattendu, irrésistible, c'est aussi la bravitude.
Que de farouche putaklicité dans ces propos ! =)
Why not ?
Bonsoir,
J’espère que c’est pour la dernière fois que je vous embête avec mes questions … Je serai tres reconnaissant de tout commentaire.

1. Vous voyez une différence entre « nature sauvage » et « nature farouche » ? J’ai trouvé les phrases suivantes :

Découvrez le port de Sète, son cimetière marin, Pézenas et ses ruelles, les merveilles romanes du Languedoc, la nature farouche de la Camargue, les caves du célèbre muscat de Frontignan, l’Etang de Thau et ses parcs à huîtres …

La nature farouche du Hardangervidda (il s’agit d’une région en Suède)

La nature farouche nous autorise, en la respectant, à goûter aux silences de la forêt, à entendre la vie sauvage, à admirer les arbres majestueux, à jouer dans les eaux fraîches et limpides. Cette nature nous laisse nous bercer à son contact et nous aide à nous retrouver nous-même.

Est-ce que le sens changerait si on remplaçait « farouche » par « sauvage » ? Sinon, est-ce qu’il existe une certaine nuance sémantique ? (même tout petite)

J’ai le même problème avec tous les « éléments de la nature », p.ex. :

La tribu nomade des Pjehou, avec ses ânes, ses chevaux, son bétail, traversait la forêt farouche de Kzour, vers le crépuscule, dans la nappe des rayons obliques. Le chant du déclin s’enflait, planait, descendait des nichées harmonieuses.

Jusqu’ici, je considérais les « lieux farouches » en tant que lieux hostiles, effrayants (selon la définition tirée du Robert) mais je l’impression que dans cet exemple la forêt en question n’est pas effrayante mais tout simplement sauvage !



2. Est-ce que « farouche » dans les phrases suivantes possède une valeur péjorative ? Autrement dit, est-ce qu’il s’agit des temps qui étaient hostiles, dangéreux ou, peut-être, ce ne sont que des temps très anciens…

Remontant au berceau des sociétés, l’orateur vous dépeignait ces temps farouches où les hommes vivaient de glands, au fond des bois. Puis ils avaient quitté la dépouille des bêtes ; endossé le drap, creusé des sillons, planté la vigne. Était-ce un bien, et n’y avait-il pas dans cette découverte plus d’inconvénients que d’avantages ?

Très vite, des codes phonologiques vont s’organiser dans l’esprit de ces clans, toujours autour du feu. Les hommes de ces temps farouches vont développer une tradition orale qui va permettre pendant très longtemps, au cours de ces soirées au coin du feu, de raconter des histoires du passé, de transmettre les mythes hérités des souvenirs des anciens, de créer des espaces festifs avec distractions simples assorties de chants et de danses.
Il me semble qu'appliqué à la nature, "farouche" soit moins neutre que "sauvage".
Voir le TLF :
C.? [En parlant des choses] Qui présente un danger, une menace; qui rebute ou effraie par sa rudesse.
C'est donc moins engageant à première vue.
Sauf peut-être pour des touristes qu' un certain inconfort, loin des mollesses et des opportunités de la civilisation, ne rebute pas a priori.
Cela peut séduire et flatter leur esprit aventureux…
Même si les régions citées ne sont pas forcément aussi farouches que ça.
Comme on l'a déjà dit sur ce forum, farouche comporte une indication d'effroi et signifie plutôt effrayé qu'effrayant.
Cependant, je ne m'y fierais pas trop, et pour ne pas comprendre à contre sens un texte précis, je me demanderais si c'est bien dans ce sens là que l'auteur utilise cette indication.
Ayant la question présente à l'esprit à cause du débat en relisant "Jeanne", je peux dire que Georges Sand employait le mot pour parler de "la nature farouche" dans le bon sens. C'était bien la nature vierge en résonance avec la virginité de Jeanne. C'est d'autant plus ambigu que Jeanne est pleine de biscotos et forte comme un homme, mais c'est une force qui est utilisée exclusivement sur la défensive.

On connaît bien la boutade; "L'animal est féroce: quand on l'attaque, il se défend." Or, justement, farouche n'est pas féroce, mais, semble-t-il un doublet.
Si l'on relit les phrases de Firem, on voit bien qu'il ne s'agit pas ici de la nature (du caractère foncier) d'une personne, mais de la nature au sens de "paysage naturel".
Et j'ai du mal à concevoir ce que pourrait être un paysage effrayé…
C'est l'effroi projeté sur le paysage. Une nature vierge, fragile, vulnérable, menacée par les constructeurs ou par les chemins de fer. Cela procède d'une pensée écologiste.
Malheureusement je ne peux pas être d’accord avec Putakli. Après 6 mois de l’analyse de cet adjectif, je suis absolument sûr que sa signification ne peut pas être réduit à « effrayé ». Bien au contraire, il arrive assez souvent que « farouche » veuille dire « effrayant ». Je ne vais pas donner des exemples (il y en a pleins) mais je vais citer un fragment du livre qui traite ce problème :

Prenons un mot qui n'est pas un mot primitif, l'adjectif "farouche" en français. Ce terme, dans une expression du type "une biche farouche" signifie "une "une biche qui a facilement peur, qui est facilement effrayée". Mais dans une expression "un guerrier farouche", l'expression désigne au contraire un guerrier effrayant, un guerrier qui n'a peur de rien.

Puis l’auteur argumente qu’il s’agit de sens inverses et non pas de sens opposés. Mais en tout cas, « farouche » c’est parfois « effrayé » et parfois « effrayant »…

OK, merci pour vos remarques. Evidemment, la différence entre « nature sauvage » et « nature farouche » est trop délicate pour pouvoir être comprise par un étranger. Ou, peut-être, ma langue maternelle ne fait pas la distinction entre farouche et sauvage dans ce cas concret.

Et « le temps farouche » ? Lui aussi, il comporte une indication d’effroi (ou d’hostilité) ?
Bonjour, Le mot farouche implique ( d'après moi,) une notion de beauté sauvage, voire inhospitalière, lorsqu'il s'agit d'un paysage. Bien sûr ,ce peut être aussi, timide ou craintif pour la biche, comme tu le dis et il y a toujours cette idée de liberté. Un guerrier farouche est violent ou cruel. Quant à "l'inverse" non "opposé", j'avoue que la nuance est d'une subtilité très poussée. L'inverse de " beau", c'est "laid" et la beauté est l'opposé de la laideur. Mais là, c'est autre chose…
Sauvage est parfois donné comme synonyme de farouche. Entre les deux, il y a un cheveu… ( sauf pour le guerrier.) Encore une fois, un mot sans son contexte est un mot "creux". =)