Sartre : "Les poètes sont des hommes qui refusent d’utiliser le langage…"
15 réponses
Bonjour,
J'ai lu
Qu'est-ce que la littérature? de Jean-Paul Sartre, même si ce livre m'a bien servi, j'ai découvert un passage qui m'a posé problème (sujet de CAPES, par ailleurs, il me semble). J'avoue que si vous m'aidez à la comprendre, cela me servirait à cultiver ma dissertation sur une citation de Todorov qui se positionne contre l'autotélisme.
Voici la citation de Jean-Paul Sartre:
Les poètes sont des hommes qui refusent d'utiliser le langage. Or, comme c'est dans et par le langage conçu comme une espèce d'instrument que s'opère la recherche de la vérité, il ne faut pas s'imaginer qu'ils visent à discerner le vrai ni à l'exposer. Ils ne songent pas non plus à nommer le monde et, par le fait, ils ne nomment rien du tout, car la nomination implique un perpétuel sacrifice du nom à l'objet nommer ou pour parler comme Hegel, le nom s'y révèle l'inessentiel, en face de la chose qui est essentielle. ils ne parlent pas; ils ne se taisent pas non plus: c'est autre chose. (…) En fait, le poète s'est retiré d'un seul coup du langage-instrument; il a choisi une fois pour toutes l'attitude poétique qui considère les mots comme des choses et non comme des signes. Car l'ambiguïté du signe implique qu'on puisse à son gré le traverser comme une vitre et poursuivre à travers lui la chose signifiée ou tourner son regard vers sa réalité et le considérer comme un objet.
J'ai analysé Jean-Paul Sartre comme un écrivain qui refuse l'autotélisme et l'art pour l'art, pourtant il me semble que Jakobson le considère comme un écrivain qui s'inspire du romantisme. Pourriez-vous m'aider à y voir clair?
Je ne sais rien au sujet de la façon dont Jakobson considère Sartre. En revanche, je te donne mon interprétation du passage cité:
Sartre n'a pas l'air de poser un jugement de valeur ; il fait plutôt un constat. Son constat est que pour "rechercher des vérités", pour réfléchir, philosopher, comprendre le monde, échanger des idées, etc. il faut accepter de considérer les mots comme des sortes d'instruments, c'est à dire qu'ils sont utilisés comme des signes qui permettent de formuler une pensée, de la faire progresser, dans le but d'accéder à des vérités.
Or il constate que les poètes refusent par nature de considérer les mots ainsi. Ils accordent une importance bien plus grande au mot lui-même : ses sonorités, ses connotations, son esthétique… Son sens est secondaire pour eux. Donc les poètes par définition ne peuvent atteindre des "vérités" sur le monde, ne cherchent pas à le faire d'ailleurs. Ils font autre chose, qui n'a pas l'air d'être dévalorisé par Sartre d'ailleurs, mais ce n'est simplement pas comparable selon lui. C'est un choix. Pour le poète, le mot n'est pas transparent (une "vitre") pour atteindre son sens, ce qu'il désigne. Le mot est l'objet intéressant en lui-même.
Donc oui pour moi il refuse l'autotélisme sans pour autant le condamner.
Pour l'inspiration romantique je vois une piste : l'art pour l'art s'oppose aux romantiques qui s'engagent, qui parlent d'eux, du monde, de leurs sentiments, de leurs révoltes. Pense par exemple à Hugo et ses engagements sociaux et politiques. Pour le Parnasse cela dénature la poésie qui ne doit avoir d'autre but qu'elle même (comme dans la citation). Donc tout cela ne me paraît pas incompatible mais au contraire très cohérent, Sartre est bien plus proche des romantiques que de l'art pour l'art…
Oh, il me semblait que le romantisme et l'art pour l'art c'était à peu près la même chose? (enfin, ma confusion vient peut-être de la philosophie romantique qui naît avec Kant, Shiller)
La théorie parnassienne de l'art pour l'art vient après le romantisme. Historiquement, elle apparait avec le Second Empire, qui marque la fin ou la défaite de la poésie du romantisme "prophétique" (c'est-à-dire surtout de Hugo), et où cette posture n'est plus tenable, sauf à chanter les louanges du nouveau régime.
En revanche, les poètes parnassiens, hormis dans leurs productions poétiques, étaient souvent politiquement engagés.
LoudonDodd a écrit :le Second Empire (…) marque la fin ou la défaite de la poésie du romantisme "prophétique" (c'est-à-dire surtout de Hugo), et où cette posture n'est plus tenable, sauf à chanter les louanges du nouveau régime.
un exemple ? qui "chante les louanges" du nouveau régime ?
LoudonDodd a écrit :les poètes parnassiens, hormis dans leurs productions poétiques, étaient souvent politiquement engagés.
un exemple ?
Non Paulu, au contraire le Parnasse naît en partie par réaction contre les excés du romantisme. On oppose même souvent ces deux courants
25p a écrit :LoudonDodd a écrit :le Second Empire (…) marque la fin ou la défaite de la poésie du romantisme "prophétique" (c'est-à-dire surtout de Hugo), et où cette posture n'est plus tenable, sauf à chanter les louanges du nouveau régime.
un exemple ? qui "chante les louanges" du nouveau régime ?
LoudonDodd a écrit :les poètes parnassiens, hormis dans leurs productions poétiques, étaient souvent politiquement engagés.
un exemple ?
Pour la première demande, je n'ai pas d'exemple particulier à citer : la phrase signifie "cette posture n'est plus tenable, ou du moins elle n'est tenable que si le prophétisme est mis au service du nouveau régime, que si il sert à en chanter les louanges."
Pour la seconde question : Verlaine ou Banville, par exemple (ou Leconte de Lisle)
Verlaine était donc engagé ? Il a été à Paris pendant la Commune effectivement, mais il semble au contraire s'être un peu tenu à l'écart… son esprit (de mémoire) je crois étant préoccupé par ses problèmes matrimoniaux. Quand à son engagement, il y a mieux. Pour Banville aussi.
Et sur le premier point, y-a-til un rapport à voir entre Hugo (un poète un peu plus engagé que Banville et Verlaine pourtant…) et le Second Empire ?
Je ne discuterai pas de la qualité de l'engagement de Banville, républicain progressiste, ni de celui de Verlaine, pro-Communard. Après, que cet engagement ne l'engage pas jusqu'à prendre les armes, c'est une autre question. Mais si vous considérez que pour être engagé, il faut se mettre physiquement en danger, alors Sartre n'était pas non plus engagé.
Je ne comprends pas votre question.
Ammy a écrit :Non Paulu, au contraire le Parnasse naît en partie par réaction contre les excés du romantisme. On oppose même souvent ces deux courants
Diantre, mon esprit se trouve confus.
Bonjour, j'ai un sujet de dissertation, si vous pouviez me donnez quelques idées clés ça serait gentil, merci:
Dans son essai intitulé « Qu’est-ce que la littérature ? », Jean-Paul Sartre écrit : « Les poètes sont des hommes qui refusent d’utiliser le langage… Le poète s’est retiré d’un seul coup du langage-instrument ; il a choisi une fois pour toute l’attitude poétique qui considère les mots comme des choses et non comme des signes » Dans quelle mesure peut-on dire que le poète entretient un rapport particulier avec le langage ?
J'ai commencé par reformuler le sujet : : Jean-Paul Sartre affirme que les poètes sont des hommes particuliers qui refusent d’utilisé les mots pour leurs sens mais plutôt pour leurs connotations, leurs sonorités, leurs esthétiques…
Ensuite j'ai cherché les différentes fonctions de la poésie : Lyrique elle permet d’exprimer des sentiments et des émotions. Engagée elle permet de transmettre un message moral ou politique (registre polémique ou satirique). Épique : célébrer un exploit, mettre en valeur un héro dont les actions sont données comme hors du commun. Laudative, célébrer une personne, une femme pour gagner ses faveurs ou un personnage puissant pour obtenir sa protection. Descriptive elle permet de présenter des lieux ou des personnages.
Puis celles du langage : Le Langage est utilisé, le plus couramment, comme moyen de communication entre les êtres vivants, il permet aussi d’exprimer ses pensées. Poétiquement parlant, le langage est plus utilisé pour ses fonctionnalités de sonorités, d’esthétisme…
J'ai aussi commencé mon introduction, mais elle n'est pas terminée :
Jean-Paul Sartre affirme que les poètes sont des hommes particuliers qui refusent d’utiliser les mots pour leurs sens mais plutôt pour leurs connotations comme Ronsard dans «Comme on voit sur la branche » où il utilise des mots pour connoter la jeunesse et la beauté de Marie ; leurs sonorités l’exemple de Marot dans « Épître au roi » qui n’hésita pas à employer des néologismes ainsi que de multiples assonances et allitérations, leurs esthétiques comme Apollinaire dans son poème « La colombe poignardée et le jet d’eau » qui constitue un poème ludique par sa forme appelé calligramme
Quelques citations éclairantes peut-être …
Les mots heurtent le front comme l'eau le récif ;
Ils fourmillent, ouvrant dans notre esprit pensif
Des griffes ou des mains, et quelques-uns des ailes ;
Comme en un âtre noir errent des étincelles,
Rêveurs, tristes, joyeux, amers, sinistres, doux,
Sombre peuple, les mots vont et viennent en nous ;
Les mots sont les passants mystérieux de l'âme.
Victor Hugo, Les Contemplations
La poésie est l'ambition d'un discours qui soit chargé de plus de sens et mêlé de plus de musique que le langage ordinaire n'en porte et n'en peut porter.
Paul Valéry
Et pour ne pas faire de contresens sur la pensée de Sartre ;
L'homme qui parle est au-delà des mots, près de l'objet ; le poète est en-deçà. Pour le premier, ils sont domestiques ; pour le second, ils sont à l'état sauvage. Pour celui-là, ce sont des conventions utiles, des outils qui s'usent peu à peu et qu'on jette quand ils ne peuvent plus servir ; pour le second, ce sont des choses naturelles qui croissent naturellement sur la terre comme l'herbe et les arbres.
J-P Sartre
annaellekoch a écrit :Bonjour, j'ai un sujet de dissertation, si vous pouviez me donnez quelques idées clés ça serait gentil, merci:
Dans son essai intitulé « Qu’est-ce que la littérature ? », Jean-Paul Sartre écrit : « Les poètes sont des hommes qui refusent d’utiliser le langage… Le poète s’est retiré d’un seul coup du langage-instrument ; il a choisi une fois pour toute l’attitude poétique qui considère les mots comme des choses et non comme des signes » Dans quelle mesure peut-on dire que le poète entretient un rapport particulier avec le langage ?
J'ai commencé par reformuler le sujet : : Jean-Paul Sartre affirme que les poètes sont des hommes particuliers qui refusent d’utilisé les mots pour leurs sens mais plutôt pour leurs connotations, leurs sonorités, leurs esthétiques…
Sartre va beaucoup plus loin : il dit que le mot est pour le poète la réalité même, sa réalité (d'où l'allusion à l'isolement). Le langage devient création pure et le poète devient démiurge, à l'instar de Dieu qui crée les choses en les nommant (ça, c'est moi qui le dis, car il vaut mieux ne pas évoquer Dieu en parlant de Sartre 😉 ).
Ensuite j'ai cherché les différentes fonctions de la poésie : Lyrique elle permet d’exprimer des sentiments et des émotions. Engagée elle permet de transmettre un message moral ou politique (registre polémique ou satirique). Épique : célébrer un exploit, mettre en valeur un héro dont les actions sont données comme hors du commun. Laudative, célébrer une personne, une femme pour gagner ses faveurs ou un personnage puissant pour obtenir sa protection. Descriptive elle permet de présenter des lieux ou des personnages.
Cette partie, purement descriptive et très artificielle, n'a rien à faire ici. Tu ne démontres rein en disant cela.
Puis celles du langage : Le Langage est utilisé, le plus couramment, comme moyen de communication entre les êtres vivants, il permet aussi d’exprimer ses pensées. Poétiquement parlant, le langage est plus utilisé pour ses fonctionnalités de sonorités, d’esthétisme…
Tu sembles à présent aborder les diverses fonctions du langage, mais c'est trop sommaire pour que l'on puisse juger de la validité de l'ensemble.
J'ai aussi commencé mon introduction, mais elle n'est pas terminée :
Jean-Paul Sartre affirme que les poètes sont des hommes particuliers qui refusent d’utiliser les mots pour leurs sens mais plutôt pour leurs connotations comme Ronsard dans «Comme on voit sur la branche » où il utilise des mots pour connoter la jeunesse et la beauté de Marie ; leurs sonorités l’exemple de Marot dans « Épître au roi » qui n’hésita pas à employer des néologismes ainsi que de multiples assonances et allitérations, leurs esthétiques comme Apollinaire dans son poème « La colombe poignardée et le jet d’eau » qui constitue un poème ludique par sa forme appelé calligramme
Si tu n'es pas allé plus loin dans ta réflexion, tu as perdu du temps. L'introduction se conçoit… en dernier.
De plus tu "argumentes" déjà, ce qu'il ne faut pas faire…
Les exemples que tu cites sont intéressants, mais tu les utiliseras dans ton développement.
Pour l'instant, et avec mes excuses, presque rien ne va.
Un conseil : ne t'arrête pas à Apollinaire dans tes références, car Sartre songe surtout à la poésie de son temps. Il faut donc que tu te documentes sur le Surréalisme, que tu considères des poètes comme Saint-John Perse, Char, Eluard etc… Utilise pour cela tes manuels scolaires.
Bon courage.
Bonjour à tous,
J'ai une dissertation à faire. Voici mon sujet :
" Les poètes sont des Hommes qui refusent d'utiliser le language.", Sartre, Qu'est-ce que la littérature ?
Expliquez cette affirmation.
Mon prof nous a dit de faire un plan thématique. L'objet d'étude est "Ecriture poétique et quête du sens"
J'ai essayé de comprendre ce qu'était le language, mais c'est assez difficile, sachant que c'est ma première dissertation (j'en ai pas fais en seconde), je suis complètement perdue. 😐 Le language, c'est ce qui nous permet de s'exprimer, de communiquer.. ?
J'ai essayé de répérer une'attaque à la littérature c'est que la poésie -enfin les poètes- n'utilise pas le language, donc la question porte sur l'emploi qu'en font les poètes et non sur le fait que le language ne peut pas être utilisé.. c'est bien ça ? il sous entend que la poésie est utilisée pour la musicalité, les sentiments seulement et non pour le sens etc.. du moins c'est ce que j'ai trouvé.
J'ai essayé de trouver une problématique, j'ai quelques idées :
- Les poètes donnent-ils un sens à la poésie ?
- La seule fonction de la poésie est-elle d'exprimer les sentiments et la musicalité? (la formulation n'est pas top mais c'est l'idée)
- La poésie permet-elle au poète d'exprimer ses idées, sa pensée ?
Mais alors pour trouver des parties, ça va être vraiment la galère.. Que pensez-vous de ce que j'ai fais ? Qu'est-ce que vous mettriez ? Merci d'avance à tous ceux qui m'aideront!
Bonne Journée 😉
Le langage. (attention, pas d'anglais ici)
Si les poètes n'utilisent pas le langage, qu'utilisent-ils donc ?
Le dessin ? La peinture ? La musique ?
Voilà a priori une affirmation paradoxale, car la poésie est faite de mots et le langage humain se constitue à partir de mots.
Il faudrait peut-être affiner un peu et essayer d'expliquer ce que recouvre cette affirmation. Le poète n'utilise pas le langage de la tribu, il cherche un langage nouveau pour exprimer des choses inédites qui réclament une façon de dire inédite. (cf. Lettre à Paul Demeny d'Arthur Rimbaud.)