Le théâtre, un genre privilégié pour une réflexion sur le pouvoir ?

Entraide scolaire

5 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour, je suis en 1ère ES et je dois remettre une dissertation pour la semaine prochaine mais j'ai du mal à comprendre le sujet.

Le voici :

En vous appuyant notamment sur des pièces de théâtre que vous avez lues, vous vous demanderez si le théâtre est un genre privilégié pour une réflexion sur le pouvoir, s'il peut "être le réapprentissage d'une liberté d'esprit dont nous sommes déshabitués, que nous avons oubliée…" comme l'écrit E. Ionesco dans "Propos sur mon théâtre et sur les propos des autres".

J'ai déjà lu de nombreuses pièces de théâtre, aussi bien des comédies que des tragédies mais c'est la citation que je ne comprends pas.
J'ai essayé de trouvé ce livre de Ionesco mais il est impossible à trouver ! J'ai pourtant cherché dans 2 bibliothèques différentes et sur internet ! Je pensais qu'en lisant ce livre, je comprendrai mieux l'idée de cette citation.
Par "réapprentissage d'une liberté d'esprit", l'auteur veut-il dire que l'on peut mieux s'interroger sur le pouvoir lors d'une pièce de théâtre ? que dans une comédie, le fait que les traits des personnages soient "caricaturés" aide à mieux visualiser le pouvoir et ses abus ? que, dans une tragédie, les abus de pouvoir conduisent à la mort ? Je pense par exemple à Cinna de Corneille ou à Bajazet de Racine.

Aidez moi s'il vous plait !
Il me semble que tu es dans le vrai… Il veut dire que l'on a peu d'occasions de réfléchir vraiment sur les abus du pouvoir, que l'on est peut-être un peu "conditionné" et aveugle (encore plus à son époque), et au théâtre on peut voir, dans les tragédies ou comédies, une vraie remise en cause qui suscite des interrogations, même si c'est par l'intermédiaire d'une fiction. Il pense sans doute surtout aux comédies, il a expliqué par une métaphore les effets du rire qui "bat nos tapis, secoue nos rideaux" (ce n'est pas la citation exacte, c'est de mémoire mon sujet de bac…), c'est-à-dire qui remet en cause nos habitudes et convictions. En comédie je pense à Ubu Roi avant tout. Regarde aussi du côté des pièces de Ionesco justement. Et en tragédie je rajouterais Britannicus…
Merci ! En analysant le sujet, ne pourrait-on pas dire qu'il y a 2 sujets principaux à aborder :
- pourquoi le GENRE du théâtre permet-t-il plus qu'un autre de réfléchir sur le pouvoir ?
- comment y parvient-il (ou non) ?

Est-ce un bon début ? (qui répond à la question et me permettrait de construire mon plan?)
Le sujet étant une question à laquelle on peut répondre par oui ou par non, il me semble qu'il faut une partie pour analyser les limites de l'affirmation . Mais je n'ai pas réfléchi suffisamment sur le sujet et je n'en ai jamais traité de similaire. J'espère que quelqu'un pourra te donner son avis !
Afin de mieux comprendre le propos de Ionesco sur l'ambition d'un théâtre qui s'écarte des prêts à penser conformistes et qui s'émancipe de l'idéologie, je te fournis ci-dessous le paragraphe dont est issue la citation sur la citation en question ( que j'ai indiquée en caractères gras)

"Je vais essayer de préciser certaines choses. Lorsque je déclare, par exemple, qu’une œuvre d’art, une pièce de théâtre en l’occurrence, n’a pas à être idéologique, je ne veux certainement pas dire qu’il ne faut pas y trouver des idées, des opinions. Je crois simplement que ce ne sont pas les opinions exprimées qui comptent. Ce qui compte, c’est la chair et le sang de ces idées, leur incarnation, leur passion, leur vie.

Une œuvre d’art ne peut pas faire double emploi avec une idéologie car, dans ce cas, elle serait l’idéologie, elle ne serait plus l’œuvre d’art, c’est-à-dire une création autonome, un univers indépendant vivant sa propre vie, selon ses propres lois. Je veux dire qu’une œuvre théâtrale, par exemple, est elle-même sa propre démarche, est elle-même une exploration, devant arriver par ses propres moyens à la découverte de certaines réalités, de certaines évidences fondamentales, qui se révèlent d’elles-mêmes, dans le cheminement de cette pensée créatrice qui est l’écriture, évidences intimes (ce qui n’empêche pas de joindre les évidences intimes des autres, ce qui fait que la solitude finit ou peut finir par s’identifier à la communauté), évidences intimes inattendues au départ, et qui sont surprenantes pour l’auteur lui-même et souvent surtout pour l’auteur lui-même. Cela signifie peut-être que l’imagination est révélatrice, qu’elle est chargée de multiples significations que le "réalisme" étroit et quotidien ou l’idéologie limitative ne peuvent plus révéler : en effet, celle-ci imposant à l’œuvre de n’être que son illustration, l’œuvre n’est plus création en marche, action, surprise ; elle est connue d’avance. Des œuvres réalistes ou idéologiques ne peuvent plus que nous confirmer ou nous enferrer dans des positions préalables trop fermement établies. On cherche trop, dans les œuvres, la défense et l’illustration, la démonstration de ce qui était déjà démontré, donc de ce qui n’était plus à démontrer. L’horizon est bouché, c’est la prison ou le désert, plus d’événements inattendus, donc plus de théâtre. Si bien que j’arrive à avancer que le réalisme, par exemple, est faux ou irréel et que seul l’imaginaire est vrai. Une œuvre vivante est donc celle qui surprend tout d’abord son propre auteur, qui lui échappe, qui met l’auteur et les spectateurs en déroute, en quelque sorte, en contradiction avec eux-mêmes. Autrement, l’œuvre créatrice serait inutile car pourquoi donner un message qui a déjà été donné ? Une œuvre d’art est, pour moi, l’expression d’une intuition originale ne devant presque rien aux autres : en créant un monde, en l’inventant, le créateur le découvre.

Un auteur de théâtre, trop maître de ce qu’il fait, ou un poète dont l’œuvre créatrice veut n’être que démonstration de ceci ou de cela, aboutit à faire une œuvre fermée sur elle-même, isolée de ses mérites profonds. Ce n’est plus un poète, c’est un pion. Je me méfie profondément du théâtre que l’on appelle didactique, car le didactisme tue l’art… et aussi l’enseignement : la même leçon toujours rabâchée est inutile ! Des idéologues plus staliniens que ne l’était Staline lui-même, des auteurs de théâtre parfois considérables, veulent absolument sauver le monde ou l’éduquer. Mais nous savons très bien que lorsque les religions vous parlent du salut de l’âme, c’est surtout à l’enfer qu’elles pensent, où devront aller les âmes rebelles au salut ; nous savons également que lorsque l’on parle d’éducation, on aboutit très vite à la rééducation et nous savons tous ce que cela veut dire. Les pions de tous les côtés, les éducateurs et rééducateurs, les propagandistes de tant de croyances, les théologiens et les politiciens finissent par constituer des forces oppressives contre lesquelles l’artiste doit combattre. J’ai cru devoir affirmer plusieurs fois que deux dangers menaçaient la vie de l’esprit et le théâtre en particulier : la sclérose mentale bourgeoise d’une part, les tyrannies des régimes et directions politiques d’autre part, c’est-à-dire les bourgeoisies de tous les côtés. J’entends par esprit bourgeois, le conformisme d’en haut, d’en bas, de gauche, de droite, l’irréalisme bourgeois aussi bien que l’irréalisme socialiste, les systèmes de convention figés. Souvent, hélas, les pires bourgeois sont les bourgeois anti-bourgeois. Je me demande si l’art ne pourrait pas être cette libération, le réapprentissage d’une liberté d’esprit dont nous sommes des habitués, que nous avons oubliée, mais dont l’absence fait souffrir aussi bien ceux qui se croient libres sans l’être (les préjugés les en empêchant) que ceux qui pensent ne pas l’être ou ne pas pouvoir l’être.

Je crois pouvoir penser tout de même qu’un théâtre d’avant-garde serait justement ce théâtre qui pourrait contribuer à la redécouverte de la liberté. Je dois dire tout de suite que la liberté artistique n’est pas du tout méconnaissance des lois, des normes. La liberté d’imagination n’est pas une fuite dans l’irréel, elle n’est pas une évasion, elle est audace, invention. Inventer n’est pas démissionner, n’est pas s’évader. Les routes de l’imagination sont innombrables, les puissances de l’invention n’ont pas de bornes. Au contraire, le fait de se trouver dans les limites étroites de ce qu’on appelle une thèse quelconque, et le réalisme, socialiste ou non, constituent justement cette impasse. Celui-ci est déjà desséché, ses révélations sont fanées, il est une académie et un pompiérisme, il est une prison. "

En ayant réfléchi rapidement à ton sujet, je rejoins le commentaire d'Ammy, sur :
- la vocation d'un théâtre qui doit déranger, bousculer les habitudes, inviter à penser, c'est la tradition du théâtre rebelle, résistant…
- les genres multiples du théâtre ont tous dénoncés sous leur forme les abus, conflits, folies,
mauvaise conscience, totalitarisme depuis la tragédie grec jusqu'au théâtre contemporain
- le théâtre est un mode privilégié de représentation du pouvoir par rapport aux autres modes ( à toi de voir)
- le théâtre contemporain a aussi exploré les mêmes sujets, par la réécriture des mythes, ou la parodie, mais aussi par d'autres genres
- voir aussi le théâtre comme représentation symbolique du réel, dans d'autres textes dramatiques
bonne chance !