"Le" ou "la" ? Accord de la forme conjointe du pronom personnel féminin attribut du sujet

Langue française

12 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

Je me demande si je dois dire (c'est une femme qui parle) :

J'ai envie de me sentir la plus à l'aise possible.

ou

J'ai envie de me sentir le plus à l'aise possible.

Je rappelle la règle édictée par Vaugelas, que Grevisse cite dans Le Bon usage, 13e édition, par. 648 :

On fait varier le pronom personnel lorsqu’il représente soit un nom précédé de l’article défini ou d’un déterminant possessif ou démonstratif, soit un nom propre sans déterminant.
Ex : Etes-vous la reine ? Je la suis.
Ex : Etes-vous ma mère ? Je la suis.
Mais on emploie « le » à la place de « la » lorsque le pronom personnel représente soit un nom construit sans déterminant ou avec l’article indéfini, soit un adjectif ou une locution adjective.
Ex : Ma sœur est une enfant et je ne le suis plus.
Ex : J’étais folle, je ne le suis plus.

Mais dans mon exemple, ce pronom personnel n'a pas d'antécédent dans le discours. Il désigne toutefois une personne de sexe féminin. J'ai donc un penchant pour le "la" qui me semble plus cohérent. Qu'en pensez-vous ?
Bonjour Polaris.
Il me semble que dans ce cas, il s'agit d'un superlatif qui exprime un degré. Et personnellement, j'écrirais: j'aimerais me sentir LE plus à l'aise possible.
Delisa a raison.

"J'ai besoin de me sentir le plus à l'aise possible" =
"J'ai besoin de me sentir à l'aise au maximum.

"le plus possible" est une locution adverbiale à valeur superlative, donc invariable.
Mais ne dit-on pas :

Je veux la voiture la plus grande possible ?

N'est-ce pas le même cas que :

J'ai envie de me sentir la plus à l'aise possible ?
Non, ce n'est pas le même cas.

Quand on parle de "la voiture la plus grande possible", cela sous-entend une comparaison avec d'autres voitures : des voitures moins grandes. Dans ce cas, l'article du superlatif prend le genre du nom qualifié.

En revanche, une femme qui a envie d'être "le plus à l'aise possible", cela ne sous entend pas une comparaison avec d'autres femmes moins à l'aise, mais simplement une comparaison entre tous les niveaux de la qualité attribuée à cette unique femme. Dans ce cas, le superlatif se construit avec le.

Mais on écrirait bien : "De toutes ces femmes, c'est elle qui est la plus à l'aise."
Parce qu'il y aurait ici comparaison avec d'autres femmes moins à l'aise.
Pensez-vous qu'une source bibliographique existe pour que je puisse justifier cette règle, Jehan ? Ne serait-ce pas aberrant qu'une femme dise :

"J'ai envie de me sentir le plus heureux possible." ?
Je vais te citer le paragraphe du Robert des Difficultés (dans l'article PLUS ) que je viens de consulter.
Le superlatif est formé par l'adjectif précédé de le plus, la plus, ou les plus quand on compare des êtres ou des objets distincts : "Mais il y a bien des espèces d'impuissance. Celle de vos maîtres est la plus dangereuse (BERNANOS)." Mais quand on établit un rapport entre divers états et qualités d'un même être ou d'un même objet, l'article du superlatif est le neutre le : "Les pièces du mobilier dont Germaine est le plus fière (ROMAINS). On vous invite à être lâches, le plus lâches possible (VERCORS).
Finalement, ne te prends pas trop la tête : il est précisé en sus que "dans la langue cursive cette distinction est rarement observée". =)

Mêmes observations et autres exemples à l'article LE, LA, LESdevant un superlatif. . Parlant d'une femme, Proust écrit : "Ce n'est peut-être pas là qu'elle est le plus admirable." Quant à Gide : "C'est toujours quand une femme se montre le plus résignée qu'elle paraît le plus raisonnable." Avec là aussi, tout de même cette remarque finale : "Il faut reconnaître que beaucoup d'auteurs n'observent pas cette distinction."

Alors, j'ai peut-être péché par excès de purisme… mais je n'ai sûrement pas commis d'incorrection ! 😉
En revanche, tu aurais dû écrire :
"J'ai envie de me sentir le plus heureux heureuse possible."
polaris a écrit :Je rappelle la règle édictée par Vaugelas, que Grevisse cite dans Le Bon usage, 13e édition, par. 648 :

On fait varier le pronom personnel lorsqu’il représente soit un nom précédé de l’article défini ou d’un déterminant possessif ou démonstratif, soit un nom propre sans déterminant.
Ex : Etes-vous la reine ? Je la suis.
Ex : Etes-vous ma mère ? Je la suis.
On raconte à ce sujet que la reine Marie-Antoinette a dit à l'une de ses dames de compagnie, au moment où la règle de Vaugelas a commencé à battre de l'aile, "Ainsi nous ne dirions plus Reine, je la suis, mais Reine, je le suis. Mon Dieu, quelle horreur ! Avons-nous tellement de barbe ?
Bonsoir, Zorah.

Une anecdote au poil !

Notons au passage que dans la phrase proposée par Polaris, le et la n'étaient pas les pronoms personnels de Vaugelas, mais des articles de tournures superlatives…
Vraiment passionnante, cette discussion. Je vous remercie d'y participer avec ce ton qui est le vôtre, c'est-à-dire sans y mettre cet excès de passion qui perturbe les recherches de l'esprit.

Tes précisions, Jehan, sont les bienvenues et m'éclairent sur la nature de ces "le" et "la" : articles de tournures superlatives et non pronoms personnels.

Mon bon sens me pousse parfois à être incorrecte, car je ne pourrais pas dire : "J'ai envie d'être le plus heureuse possible", cette proximité d'un masculin et d'un féminin me paraissant barbare.

Encore une fois, on constate que la correction grammaticale et l'usage peuvent différer. Selon moi, pour des raisons socio-linguistiques, c'est une bonne chose dans le cas qui nous intéresse. Je ne m'étonnerais pas si, dans l'avenir, cette tournure devenait incorrecte sous la pression de l'usage.

Merci d'avoir cité Le Robert des difficultés, qui me semble être une source précieuse.

Et cette anecdote, Zorah, est savoureuse…
Bonjour à tous,

Dans le roman d'Amélie Nothomb Robert des noms propres, je trouve la phrase suivante :

"Et ce fut ainsi qu'elle devint la cancre le plus estimée de France." et quelques pages plus loin :

"…genre de comédie-ballet digne de Lulli, avec des chants improvisés à partir des paroles le plus tragiques possible."

Spontanément j'aurais écrit la cancre la plus estimée, et des paroles les plus tragiques possible.

Amélie a-t-elle raison ?

Merci à l'avance ?
La première page de ce fil où ta question a été transférée apporte des explications.
En l'absence d'un contexte plus précis, j'aurais certainement écrit comme toi pour la première. Pour la seconde, les deux formes me semblent concevables.