Bonjour !
Je me suis lancée dans l'écriture d'une nouvelle fantastique, à la demande de ma prof de français. C'est un devoir difficile, long et fastidieux. J'ai déjà fait les trois quarts , seulement voilà: la nouvelle est basée sur le héros qui est le narrateur interne. Il meurt à la fin mais je me pose des questions: s'il meurt à la fin, comment peut-il raconter sa vie etc. tout au long du récit ?
Il y a un autre personnage: le grand-père du héros. J'ai pensé à utiliser la première personne du singulier en me mettant dans la peau de mon héros puis, après sa mort, utiliser le grand-père…
Je suis bloquée ! Si jamais vous aviez une quelconque idée de solution …
Merci d'avance 😉 Serait-ce plus simple de faire dans l'omniscient ? Voilà un extrait 🙂
"Ma scolarité fut courte, inutile. Je n’eus pas d’amis. Ils étaient tous pareils, croyant être au vif du sujet, pensant briller. Ils étaient en réalité singulièrement détachés du vrai selon moi. Ils baignaient dans une sorte de flaque puante d’ignorance dans laquelle ils s’enfonçaient de plus en plus. La vase qui la composait pénétrait leur corps, chaque partie, chaque fibre de leur être, jusqu’à rendre leur esprit et leur âme bourbeux et limoneux. Pour être bref, je ne m’en occupais pas, évitant leur regard, hésitant à marcher près d’eux tant la peur d’être envasé à mon tour m’emplissait. "
Ou alors c'est pas une écriture après coup, le narrateur "parle" et finit par un "aaaargh" !
Tu peux aussi jouer sur les codes du fantastique, ça serait amusant (Wilde l'a fait dans Le Fantôme de Canterville). Tu peux aussi jouer sur quelques éléments du fantôme vengeur (qui peut être élément du fantastique).
Oui pas mal ! Pour être plus claire:
Mon héros se nomme George. Il a perdu ses parents jeune et a été élevé par son grand-père. Ce dernier tient une horlogerie. George devient un passionné de ces mécanismes ingénieux et devient, à seize ans, l'apprenti de son aïeul qui lui répète sans cesse qu'il lui léguera sa boutique après sa mort et que George devra savoir quoi faire à ce moment là. Le grand-père disparaît soudainement. Il a laissé sa montre sur le plan de travail dans l'atelier de l'horlogerie, ouverte , laissant apparaître le mécanisme ancien. George devient fou et obsédé, voulant réparer la montre. Il s'enferme dans l'atelier nuits et jours. Mais ne réussit pas à la faire fonctionner. Il croit entendre la montre de son grand-père lui parler "les aiguilles qui tournent sur chaque cadran sont le reflet de l'âme de son créateur" . Il en déduit que son G-P est mort car les aiguilles ne tournent plus. Il se pend mais avant de mourir, il aperçoit un mot que son G-P lui avait laissé et qu'il n'avait pas remarqué, expliquant qu'il reviendrait dans quelques temps puis, après avoir brièvement lu, il meurt. Le G-P revient quelques jours plus tard et l'explication va se faire par une femme qui va frapper à la porte de la boutique le lendemain du retour du G-P.
Alors selon toi je ferais mon récit au passé, à la première personne du singulier en prenant George et à sa mort je ferais un "AAAAAH" (LOL) et partant de là je basculerais dans la peau du grand-père ? Ou en omniscient ? Pour commencer, est-ce que ce que j'ai écrit appartient au fantastique ? Et si mon récit n'est pas l'après coup, je devrais le faire au présent … Dur dur. Je ne sais pas ce qui est le mieux.
Bonjour,
Ce que tu as écrit parait bien correspondre aux thèmes du fantastique (obsessions, folie, hésitation, etc.) mais tout dépend de la façon dont tu as développé ton histoire. Une petite question cependant : comment le héros peut-il lire le message laissé par son grand père s'il s'est déjà pendu? Pourquoi finit-il par se pendre s'il est persuadé que son grand père est mort?
Pour le reste le thème est assez bien pensé : le lien entre la montre (qui représente la course du temps) et son créateur me plaît tout particulièrement 🙂 Pour ton problème de point de vue du narrateur : si tu choisi ton héros comme narrateur je te conseille de modifier légèrement l'intrigue. Pourquoi le créateur de la montre ne serait-il pas le héros lui-même? cela renforcerait l'effet fantastique, surtout en ce qui concerne le thème de l'obsession. Ainsi ce serait non par la mort d'un tiers qu'il serait effrayé mais bien par sa propre mort. De plus même si le récit est à la 1ère personne rien ne t'empêche de laisser le lecteur sur sa faim : le narrateur pourrait évoquer sa mort prochaine sans pour autant la garantir. C'est ce que fait Maupassant par exemple dans ces nouvelles Le Horla et La Nuit (dans ce conte, la montre du narrateur joue aussi un rôle prépondérant) dont je te conseille vivement la lecture si ce n'est pas déjà fait!!
Bon courage.
Rowan.
Merci Rowan de tous ces bons conseils ! Ils me sont très utiles ! Néanmoins, j'ai encore quelques questions: imaginons que George ait crée une montre et l'a offert à son grand-père. Un jour, les aiguilles s'arrêtent. Quelle suite ?
- George est attristé du fait que ce soit un cadeau qu'il ait fait et devient obsédé par la réparation de la montre, à ce moment, la montre lui parle du lien qui unit le créateur à sa création, il a donc peur de sa propre mort.
A partir de là, que devient le grand-père dans cette histoire et quelle serait la chute ?
Et en ce qui concerne l'hésitation entre explication rationnelle/irrationnelle, la folie de George pourrait-elle suffire ?
Bonsoir,
Si tu choisis de faire un récit à la première personne, il est très important que tu te focalises sur l'obsession de ton héros, à savoir dans ce cas une montre qu'il croit lié à son destin. Or, en adoptant ce point de vue, le personnage du grand père devient un peu superficielle. Dans ce genre de récit fantastique, l'intérêt est que la seule personne qui partage les obsessions du héros c'est précisément le lecteur! La solitude du personnage crée une sorte d'intimité et rend le récit d'autant plus poignant! L'hésitation est là précisément : imaginons que ton personnage principal soit horloger, fabriquer des montres est sa passion. A partir de là tu pourrais faire quelque chose de tout à fait intéressant en décrivant une fascination presque maladive pour ses objets, une relation dont tout autre être humain serait exclu (car c'est bien cela qui rendrait ton narrateur étrange!). Le personnage du grand père rend ton narrateur trop "normal" à mon goût, ce n'est bien sur que mon avis il vaut ce qu'il vaut
Si tu tiens vraiment à conserver le personnage du grand père je pense que c'est possible et effectivement les idées que tu as formulées pourraient allées :
"imaginons que George ait crée une montre et l'a offert à son grand-père. Un jour, les aiguilles s'arrêtent. Quelle suite ?" C'est simple pourquoi ne pas faire mourir son grand père (oui je sais c'est cruel ) dès lors ton idée suivante colle parfaitement :
"George est attristé du fait que ce soit un cadeau qu'il ait fait et devient obsédé par la réparation de la montre, à ce moment, la montre lui parle du lien qui unit le créateur à sa création, il a donc peur de sa propre mort." Georges pourrait se mettre dans la tête que la montre qu'il a fabriquée a causé la mort de son aïeul et devenir obsédé par l'idée de la réparer. La culpabilité le rendrait fou. En revanche la montre n'a nullement besoin de "parler", il suffit que le héros croit qu'elle est responsable du décès de son grand père. Et tu peux garder la chute que tu avais prévue au départ, à savoir le suicide probable du personnage.
Quant à ta dernière question : "Et en ce qui concerne l'hésitation entre explication rationnelle/irrationnelle, la folie de George pourrait-elle suffire ?" Dans ton histoire, le héros pense que la montre qui s'est arrêtée était lié à la vie de son grand père, donc lorsqu'elle s'arrête, sa vie s'arrête. Donc le lecteur hésite : cet objet est-il vraiment responsable? Si oui, cela voudrait dire qu'il y a surnaturel. Mais on peut également supposer que cette hypothèse, formulée par Georges, n'est qu'un signe de sa possible démence. Cela répond-il à ta question?
Voilà, bon courage!
Rowan.
PS : As tu consulté les nouvelles de Maupassant que je t'avais conseillée? En l'occurrence cela t'aiderait à comprendre de quoi je te parle. Lis au moins La Nuit car tu y trouveras quelques similitudes avec ton travail.