De l’influence de la critique et des médias sur la réception des œuvres

Littérature

4 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Ce sujet croise deux approches critiques différentes: l'une, évaluatrice, qui est celle des médias, incitant à lire une publication ; l'autre, analytique, celle des universitaires, qui la décrypte. Comme cette dernière est également susceptible d'influencer les jugements de goût des lecteurs, elle s'intègre au même titre à la question: que penser de l'influence du discours critique sur le succès et/ou la pérennité d'une œuvre?

L'intérêt de cette question est de se positionner face aux accusations de mimétisme qui pèsent parfois sur le lecteur. Le climat de suspicion est très sensible autour des médias, réputés pour créer des modes et des styles de pensée aussitôt suivis par des lecteurs grégaires (auxquels on dénie par la même toute indépendance de jugement), mais il ne l'est pas moins autour des élites culturelles suspectées quant à elles de simuler l'extase devant des œuvres médiocres. Ainsi, qu'on lise Harry Potter ou Pascal Quignard, le doute subsiste.

S'agit-il d'un faux problème, venu de mauvais perdants qui n'admettent pas le succès de tel ou tel auteur, ou y a-t-il réellement un effet d'auto-suggestion ? La qualité artistique est-elle une force suffisante pour briser tous les discours, ou les discours sont-ils capables de faire la qualité?
Si les discours sont capables de faire la qualité d'une œuvre, ce n'est pas seulement parce qu'ils parviendraient à faire croire au lecteur que l'œuvre vaut quelque chose, notamment en convainquant le lecteur qu'il passera pour un sombre crétin s'il n'apprécie pas le "chef-d'œuvre en question". Cette manœuvre existe, elle est malhonnête, mais elle est minoritaire à mon sens par rapport à l'essentiel :
- le discours "fait" la qualité d'une œuvre parce que tout simplement il la rend lisible. Il faut beaucoup d'acharnement pour parvenir à lire des livres dont personne n'a parlé.
- de façon plus profonde, mais sans doute plus fondamentale, le discours "fait" la qualité d'une œuvre parce qu'il permet de recevoir cette œuvre. Nous, lecteurs, avons été entraînés à considérer certains textes comme "littéraires", et à juger la littérature d'après cela. On peut ainsi découvrir des textes complètement tombés dans l'oubli, et ne pas même savoir comment les juger, tant ils sont différents de ce qu'on a été habitué à lire.

La qualité en soi ne peut garantir la pérennité d'une œuvre. Un peu d'histoire littéraire fait vite éprouver le vertige du relativisme. Un livre ne se réédite pas de lui-même poussé par la force de son propre génie (quoique j'aime bien l'idée 😉). Une œuvre dure parce que les critiques en parlent, parce que les éditeurs s'y intéressent. Bref, ce beau monument qu'on appelle "littérature" est entièrement tributaire de logiques institutionnelles. Ce serait déprimant si, en retour, ça ne donnait pas une tâche bien noble aux critiques : trier le bon grain de l'ivraie, et faire exister (et lire!) les œuvres qu'on estime.
Entièrement d'accord avec Trialph.
Une œuvre, même du vivant de l'auteur, est tributaire de tellement de facteurs qu'il est naïf mais courant de penser que l'auteur seul doit pousser l'œuvre, ou que le génie fera le reste.
Les travaux de H.R. Jauss portent justement sur ce thème, et peut-être connaissez-vous l'"esthétique de la réception" théorisée dans son Pour une esthétique de la réception.
On pourra lire aussi les écrits des membres de l'école de Constance - dont Jauss fait partie.