J'ai vraiment un gros problème, j'ai une dissertation pour Lundi en litté, & ma prof en a une bonne pour nous donner des devoirs sur ce que l'on n'a pas encore étudié.. Alors voilà, j'aimerais connaitre vos avis, & je vous demande désespérément de l'aide sur ceci :
Michel Le Guern (éditeur des Pensées) définit les Pensées comme "le roman de l'odyssée de la conscience humaine". Cette définition vous parait-elle convenir à l'oeuvre de Pascal ? Vous étaierez vos idées d'exemples précis.
Okay je comprends à peu près, sauf que lire les Pensées, c'est juste horrible & incompréhensible sans interprétation, donc sans cours. & là je me sens juste faiblard face à ce sujet. J'ai pensé à parler de la condition humaine selon Pascal, & ensuite au voyage mental de l'homme de sa misère face aux deux infinis à sa grandeur.
Bonjour,
Si j'ai bien compris, il s'agit de faire une dissertation et de développer le sujet, nous partons alors du principe que la définition donnée par Michel Le Guern est véridique.
Introduction: (brève description de Pascal) (intérêt du roman) (contexte de publication du roman) + Problématiques: En quoi "Les Pensées" se révèlent être un "roman de l'odyssée de la conscience humaine" comme le suppose l'éditeur Michel Le Guern ? Est-elle totalement associé au contexte littéraire et à la réflexion que l'on retrouve dans le roman ?
La mise en question des pouvoirs de l'homme est récurrente en philosophie. Jusqu'où s'étendent-ils ? Que lui est-il permis d'espérer ? Qu'elles sont les limites à ces pouvoirs ? Pascal se livre ici à une réflexion sur la condition humaine en confrontant la position physique et naturelle de chacun à la capacité de penser cette situation. Tout le texte est construit autour de l'opposition entre notre présence réelle dans un monde qui potentiellement nous domine et la supériorité que nous tenons de notre pensée.
I. Le roman de l'odyssée
Une « odyssée » désigne aujourd'hui un long voyage aventureux ou une quête intellectuelle ou spirituelle, ce que nous pouvons associer à l'objectif de Pascal puisqu'il le dit lui-même "Penser fait la grandeur de l'homme." et "Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C'est de là qu'il nous faut relever et non de l'espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale. ". Il suggère donc que la réflexion est envisagé comme une longue aventure qui est autant personnelle que collective puisqu'elle se retrouve chez tout un chacun. Il explicite le fait que la morale de son roman est bien d'envisager un passage récurrent chez l'homme dans laquelle il se retrouverait seul à considérer non seulement son âme, au sens propre du terme, mais également sa voie, le chemin à suivre. En effet, nous ne devons pas occulter le fait que le projet apologétique de Pascal était non celui de prouver l'existence de Dieu, car il n'y a pas de certitude de Dieu; mais plutôt de démontrer que l'homme,dans son amas de concupiscence, ne peut trouver la paix intérieure et le véritable bonheur qu'en acceptant que Dieu lui vienne en aide par le biais de la grâce. C'est le pari de Pascal : gager la vie misérable que mène l'homme, certaine mais finie, et parier sur Dieu, incertain, mais infini. L'homme est marqué par son néant, conséquence du péché originel qui se transmet depuis Adam ; il subit donc "l'ordre de Dieu qui pour la punition des hommes les a asservis à ses folies" (12). C'est ainsi que l'homme n'est rien et doit même reconnaître la "puissance des mouches" (20). Pourtant, par faiblesse, il tient à la vie (13).Pascal indique donc ici l'effet néfaste et mauvais de Dieu sur l'homme qui doit donc se positionner en tant que victime et subir les effets du Dieu tout puissant qui décide de tout.
II. La conscience humaine
La mise en question des pouvoirs de l'homme est récurrente et très partagée en philosophie. Nous ne savons pas jusqu'où ils peuvent s'étendre et ce qui est permis d'espérer non seulement dans un but d'humanité individuelle mais également collective sans omettre les différentes limites qui peuvent se révéler assez tôt. Pascal se livre ici à une réflexion sur la conscience humaine en confrontant la position physique et naturelle de chacun à la capacité de penser cette situation. Tout le texte est construit autour de l'opposition entre notre présence réelle dans un monde qui potentiellement nous domine et la supériorité que nous tenons de notre pensée: "Je puis concevoir un homme sans mains, sans pieds, tête (car ce n'est que l'expérience qui nous apprend que la tête est plus nécessaire que les pieds). Mais je ne puis concevoir l'homme sans pensée : ce serait une pierre ou une brute. […]"
L'homme est réduit à néant. Il mène une vie misérable que résume le fragment 22 ("Condition de l'homme. / Inconstance, ennui, inquiétude") ; il vit dans une lassitude et une mélancolie poussée: "une tristesse insupportable" (33). Nous rapportons également cette conscience humaine à un problème conséquent: l'homme ne cesse de se projeter tantôt dans le passé (par le souvenir), tantôt dans l'avenir(par l'imagination) ("Nous ne nous tenons jamais au temps présent", 43). Ainsi, comme le présent, le bonheur est-il impossible à fixer et se présente même en un certain obstacle quant à une vie stable espérée ("nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre, et nous disposant toujours à être heureux il est inévitable que nous ne le soyons jamais", 43). Cette instabilité dans le temps correspond, dans l'espace, au "mouvement perpétué" (52) qui ne laisse jamais l'homme en repos et qui l'empêche de vivre dans le présent. L'homme rate donc sa vie à cause de sa trop grande réflexion sur le passé et l'avenir. Par ce procédé, Pascal insiste sur le fait que la conscience humaine autant collective qu'individuelle ne se contente pas de ce dont elle dispose mais désire toujours se projeter dans des dimensions imaginaires spatio-temporelles impossibles. Cette conscience, ce profil psychologique humain est accablé de défauts qui sont souvent aussi des péchés : "concupiscence" (70), la présomption ("Nous voudrions être connus de toute la terre", 111), l'orgueil ("On ne veut savoir que pour en parler", 72 ; et l'inventeur devrait taire son génie pour ne pas subir l'incompréhension et les moqueries des jaloux (81) - Pascal pense sans doute à son propre cas puisqu'il est vrai qu'à son époque, certains le méprisaient. L'écrivain parle de ces sentiments naturels comme un "malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable que rien ne peut nous consoler lorsque nous y pensons de près" (126). C'est pourquoi, selon lui, nous avons besoin de palliatifs : l'imagination, les apparences, le divertissement: "L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature ; mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser : une vapeur, une goutte d'eau, suffit pour le tuer. Mais, quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt, et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien."
Oui. Finalement, il manque juste aux Pensées… d'être un roman =D =D
Exactement, ma prof de littérature est inutile -_- !
Merci Charlotte : D
Bonjour,
Michel Le Guern m’a envoyé le courrier électronique suivant (et m’a donné son accord pour le publier ici) :
Monsieur,
Je lis sur votre site : « Michel Le Guern (éditeur des Pensées) définit les Pensées comme "le roman de l’odyssée de la conscience humaine". »
Il se trouve que je suis l’éditeur des Pensées de Pascal, et que je n’ai jamais ni écrit dans aucun de mes livres ou de mes articles sur Pascal, ni prononcé dans une conférence ou une émission radio, le texte qui m’est ici attribué. Je trouve cette formulation totalement inadéquate, et cela me gêne qu’on puisse penser que j’aie formulé une telle ineptie.
Recevez, Monsieur, mes salutations distinguées.
Michel Le Guern
Professeur émérite de l’Université Lyon 2
Président de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon
C' est clair que le terme de "roman" me choque et me semble absurde. Les Pensées, pour moi ne peuvent pas être rangées dans un genre précis.
il subit donc "l'ordre de Dieu qui pour la punition des hommes les a asservis à ses folies" (12). C'est ainsi que l'homme n'est rien et doit même reconnaître la "puissance des mouches" (20). Pourtant, par faiblesse, il tient à la vie (13). Pascal indique donc ici l'effet néfaste et mauvais de Dieu sur l'homme qui doit donc se positionner en tant que victime et subir les effets du Dieu tout puissant qui décide de tout.
- Reconnaître la puissance des mouches… Ou plutôt, par renversement, reconnaître sa petitesse par l'intermédiaire des mouches, que l'homme méprise et qui ont le pas sur lui ("gagnent des batailles, empêchent notre âme d'agir, mangent notre corps" -je n'ai pas le livre sous la main, me corriger si erreur).
- Je ne crois pas que Pascal professe le suicide… "On reprochait à Persée de ce qu'il ne se tuait pas." On ne reproche pas tant qu'il ne se tue pas, qu'on ne lui reproche l'orgueil de ne pas vouloir être exhibé à Rome. C'est Paul-Emile qui, entendant ses supplications, lui souffle ironiquement l'idée de "se donner la requête lui-même".
- L'effet néfaste et mauvais de Dieu sur l'Homme ? Que l'homme ait dû subir la Chute, qu'il ait été puni ne sous-tend pas une telle image de Dieu ! Prenez bien garde à ce que vous dites.
Je n'ai pas pris le temps de lire le reste… mais ce me semble solide !
Je ne crois pas que Pascal professe le suicide… "On reprochait à Persée de ce qu'il ne se tuait pas." On ne reproche pas tant qu'il ne se tue pas, qu'on ne lui reproche l'orgueil de ne pas vouloir être exhibé à Rome. C'est Paul-Emile qui, entendant ses supplications, lui souffle ironiquement l'idée de "se donner la requête lui-même".
Exact. Le fragment est assez difficile à comprendre, il faut procéder à plusieurs lectures.
L'effet néfaste et mauvais de Dieu sur l'Homme ? Que l'homme ait dû subir la Chute, qu'il ait été puni ne sous-tend pas une telle image de Dieu ! Prenez bien garde à ce que vous dites.
Tout à fait. Pour Pascal, la grâce permet aux hommes de se racheter de la Chute. Il a au contraire un effet bienfaisant et purificateur sur l' homme.