Je me souviens d'avoir lu, probablement dans une revue littéraire, un affrontement de doctrinaires qui se servaient tous du sonnet de Baudelaire "Je suis belle, ô mortels comme un rêve de pierre" pour valider leurs méthodes en commentaires mis à la suite, de 20 pages chacun. Est-ce que quelqu'un aurait la référence présente à l'esprit ?
Je pense aussi à un professeur de Montpellier qui avait, dans un colloque sur Valéry démonté la structure du cimetière marin de façon non seulement convaincante, mais indiscutable dans son extrême rigidité.
C'est comme pour la règle des trois unités, la structure est là, elle est indispensable, et il est ridicule de le nier, mais c'est un support, et on n'a pas envie d'y penser.
Il me semble qu'un professeur doit enseigner le logos, la vérité, et non pas "sa vérité"
Je crois que non ; il y a des manuels pour ça. La Vérité, personnellement, je sais où la trouver.
Un bon professeur doit aller au-delà de ça. Il propose une lecture, une interprétation, il accomplit une part du travail, il "se mouille" un peu pour ses élèves (sans vouloir pour autant imposer ses conclusions). Quitte à être partiel, quitte à être partial même, puisqu'il le faut. Ce sont ceux-là qui marquent, qui forment pour longtemps.
Je suis assez d'accord bien sûr, mais s'il enseigne "sa vérité", qu'il dise ouvertement ce qu'il pense sans passer par le masque de l'objectivité.
Jérémy, je ne crois pas employer si souvent les locutions que tu mentionnes; je tutoie, mais je me laisse tutoyer; et je limite mes interventions aux sujets que je connais bien. Bref, je n'ai pas vraiment l'impression d'abuser de ma position de prof… Mais si c'est ce que tu ressens, je dois supposer que d'autres l'auront quelquefois ressenti et je ne peux dès lors me dispenser d'un mea culpa. Donc, si je t'ai offensé sur tel ou tel point, je le regrette, sache-le.
Il est évident que tout le monde investit un peu d'égo dans les discussions. Il est possible que je ne tienne pas toujours le mien suffisamment en bride. Il est possible aussi que tu croies qu'on cherche à t'atteindre quand on tempère ton enthousiasme pour telle ou telle oeuvre, ce qui n'est pas le cas.
Et si, comme tu le dis à juste titre, un bon prof ne doit pas confondre ses goûts personnels avec la norme de tout jugement, un bon prof, comme le note Arthur, ne pratique pas non plus le pur relativisme. Il doit quelquefois enfoncer le clou sur certaines questions. Quand, sur le forum d'entraide, je qualifie telle ou telle thèse de "grotesque", je le dis parce qu'il importe que l'élève le sache, et dans ce cas, je ne prends pas de gants.
Mais quand je suggère ici, dans des termes qui me semblent nuancés, que René Girard n'épuise pas les questions dont il traite, je ne fais pas autre chose que t'inciter à ne pas être l'homme d'un livre (façon de parler, tu m'auras compris: je sais bien que tu en lis d'autres).
T'ai-je répondu?
Tu ne m'as pas vexé, je suis ravi de discuter avec toi. La chose est entendue =)
Arthur a écrit :Un bon professeur doit aller au-delà de ça. Il propose une lecture, une interprétation, il accomplit une part du travail, il "se mouille" un peu pour ses élèves (sans vouloir pour autant imposer ses conclusions). Quitte à être partiel, quitte à être partial même, puisqu'il le faut. Ce sont ceux-là qui marquent, qui forment pour longtemps.
Je ne l'aurais pas mieux dit =) Rien de plus barbant qu'un prof qui ne s'engage pas un peu dans ce qu'il dit. J'aime les professeurs un peu "polémiques". Il ne s'agit pas forcément de dire son avis sur tout, mais qu'on sente que derrière l'homme de cours il y a quelqu'un qui pense. Après, on a toute une vie pour prendre le recul qui s'impose.
(Je précise que ce que je dis n'entre pas dans le cadre de la conversation entre Jérémy et Jean-luc mais est simplement une réaction à la remarque d'Arthur qui me semble très juste 😉)