Pourquoi la littérature et la poésie ne se prêtent-elles pas à l’analyse structurale ?

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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salut! j ai une question

pourquoi seulon vous la littérature et la poésie ne se prêtent pas à l'analyse structurale?
Parce que chaque oeuvre n'existe qu'en rapport à une autre.
bonsoir Jérémy =)

j ai pas compris votre réponse ? notre prof nous a posé cette question? mais je n'arrive plus a en répondre!!
Les structuralistes, par définition, s'attardent sur l'oeuvre en tant que telle et nient volontairement le paratexte, tout ce qui a pu influencer l'oeuvre ; ce sont des stylisticiens. Seuls le style et la structure du texte les intéressent.

Mais une oeuvre est bien plus qu'une structure, une architecture, une histoire ; elle existe aussi grâce à des influences…
L'énoncé de départ est quelque peu abrupt 🙂 Le simple fait que les structuralistes aient travaillé sur la littérature et la poésie est une preuve qu'on peut le faire…
Les structuralistes ne sont pas des rats de bibliothèque devenus savants fous en laboratoire : leur démarche est que la structure de l'oeuvre, comme la structure de la langue, peut constituer en soi la clé de l'oeuvre. Cela est vrai, les Questions de poétique de Roman Jakobson le démontrent avec brio.
Pour ma part j'ai découvert avec le structuralisme une méthode qui m'a montré tout son intérêt sur l'évolution phonétique : à chaque modification d'une prononciation, de la moindre tessiture d'une voyelle, correspond un changement motivé par d'autres facteurs que ceux d'un "accident" phonétique. Les changements fonctionnent alors en paires, ou selon une symétrie articulatoire, ou encore une réciprocité acoustique (compensation de la durée par la hauteur, bascule de l'accent …). Il faut savoir qu'avant cela et encore trop souvent la référence en la matière pour l'histoire du français ce sont les "Traités" que j'appellerais "Maltraités de phonétique" comme celui de Pierre Fouché, qui ne voient dans l'évolution qu'un faisceau de cas particuliers et d'accidents phonétiques. Avec cette démarche on peut aisément donner en étymon de "girafe" le mot "mandoline" !
Il ne faut pas voir dans le structuralisme une mystique du décodage de l'univers : c'est l'abord des sciences humaines, et notamment l'analyse des phénomènes humains de langue, de société, de coutumes à partir d'oppositions classifianteset "discriminantes" (c'est-à-dire qu'elles permettent de mettre en évidence des traits distinctifs dits "pertinents".
Cette analyse se fait selon des termes et des processus convertibles en données binaires, sans doute. Mais c'est ce qui a permis les avancées majeures du XX° siècle chez les folkloristes (Propp), chez les phonéticiens (Troubetzkoy), les linguistes (Jakobson et tant d'autres …), les ethnologues (le regretté Claude Levi-Strauss).

Pour moi la découverte du structuralisme c'est la raison des lumières apportée aux sciences humaines qui auparavant ressemblaient plus à des recueils d'annuaires ou d'almanachs …

Il est sûr qu'on ne doit pas rester figé sur une méthode ; en revanche s'il s'agit de laisser l'ampoule électrique parce qu'on ne la comprend pas et revenir à la lampe à huile …
Mais une oeuvre est bien plus qu'une structure, une architecture, une histoire ; elle existe aussi grâce à des influences…
Un structuraliste du vieux temps, s'il était encore ici, se plairait sans doute à répondre qu'une œuvre est bien plus qu'une somme d'influences, et d'autant mieux qu'on ne se lassait pas d'en trouver avant lui. Ou si, on s'en laissait peut-être un peu, justement, d'où de nouvelles idées, de nouveaux mouvements, des lumières nouvelles faisant jaillir de nouvelles ombres. A partir du moment où il ne s'agit pas d'être définitif, où est le mal ?

A moins de penser qu'une approche est résolument fallacieuse, ce qui pourrait répondre à Frédéric Béant : peut-être le professeur en question considère-t-il que le structuralisme n'a pondu aucune analyse de poème que bancale, insoutenable, ou passant à côté du caractère proprement poétique de l'œuvre. Ce qui, même bien défendu, serait loin de démontrer la nullité totale de l'apport structuraliste, et je rejoins la brillante envolée de mon prédécesseur.
Parce que chaque œuvre n'existe qu'en rapport à une autre.
Je ne sais pas pourquoi ce singulier… Une œuvre peut aussi exister par rapport à beaucoup d'autres, peut-être à toutes les autres, du moins à toutes celles qui sont dans l'esprit du lecteur, et bien au-delà du jeu limité des influences. Mais qu'est-ce qui n'est pas structuraliste dans cette idée ? La structure, c'est bien l'idée de la définition par le rapport et la relation, et le corpus de la Morphologie des contes de fée est vaste.
Homère d'alors a écrit :…Il est sûr qu'on ne doit pas rester figé sur une méthode ; en revanche s'il s'agit de laisser l'ampoule électrique parce qu'on ne la comprend pas et revenir à la lampe à huile …
Bien d'accord avec ça…
Homère d'alors a écrit :…Pour moi la découverte du structuralisme c'est la raison des lumières apportée aux sciences humaines qui auparavant ressemblaient plus à des recueils d'annuaires ou d'almanachs …
Mais plus du tout avec ça. Ce que vous dites là correspond plus à l'intention de maints structuralistes, et à l'opinion que Barthes et alii pouvaient avoir d'eux-mêmes et de leur travail, qu'à la réalité de ce qu'a été le structuralisme pour la littérature. Or, il y a loin de l'intention à la réalisation, de l'opinion aux faits.
La réalité, c'est que le structuralisme a surtout consisté à passer les textes à la moulinette d'une analyse dont les présupposés implicites étaient que la littérature était entièrement justiciable du marxisme et de la psychanalyse. Ainsi les "structures" dégagées étaient-elles moins inhérentes aux oeuvres étudiées que plaquées sur elles à partir d'un attirail conceptuel extérieur.
De sorte que la finesse et la justesse des analyses, quand elles existaient, dépendaient surtout de l'intelligence et du talent personnel de l'analyste. Si on lit encore Barthes aujourd'hui, c'est malgré son système et non grâce à lui.
Et à présent que le terrorisme intellectuel gauchiste s'est enfin un peu calmé, on voit mieux les préjugés qui sous-tendent cette analyse souvent très autosatisfaite. Il y a (toujours chez Barthes) une sorte de certitude de renvoyer au néant ceux qui l'ont précédé, une arrogance qui doit moins à la réalité de ses découvertes qu'à l'époque où il écrivait.
Ce n'est pas pour autant que je prône un retour à la critique littéraire biographiste et bien-pensante du 19e! =)
Il faut différencier, je pense, l'analyse d'une oeuvre qui ne rejette pas le paratexte (j'exclus l'influence du lecteur, sa culture médiatrice comme dirait Jauss) d'une analyse structuraliste qui la rejette.
L'une me paraît plus complète que l'autre et je n'ai jamais dit que l'analyse structuraliste était inefficace. Je pense qu'elle est insuffisante.
Mais ces paroles ne sont pas de moi - n'en faites pas une analyse structuraliste 😜 - je les dois à monsieur René Girard et je ne saurais trop vous conseiller la lecture de Mensonge romantique et vérité romanesque.
Jérémy a écrit :… je ne saurais trop vous conseiller la lecture de Mensonge romantique et vérité romanesque.
Je l'avais lu en Hypo une 1ère fois (c'était trop tôt sans doute), puis j'y suis revenu il y a 3 ans à l'occasion d'un cours que je préparais sur Proust. C'est un livre très stimulant, mais aussi très contestable. Je félicite ceux qui l'ont lu et apprécié, mais je les félicite aussi par avance de ne pas s'y arrêter.
Très contestable, on se demande bien en quoi !
Désolé, Jérémy, d'avoir écorné ta Bible.

Mais "très contestable" ne signifie pas sans intérêt! J'aime ce livre, je le trouve seulement très partial, comme tous les livres à thèse, qui ont pour défaut de vouloir tout penser en fonction d'une seule variable.

Contestables: par exemple, l'ombre portée, presque permanente, de Hegel… Ce n'est pas dans Hegel qu'on apprend la psychologie amoureuse.

La réflexion sur le triangle amoureux et le désir indirect (chaps II & III surtout): très intéressant, mais tellement réducteur! Désirer ce que désire autrui, et parce qu'autrui le désire, c'est une névrose bourgeoise, et tous les hommes n'ont pas la libido si narcissique. Je pense ici à ce trait de Proust: "Swann, lui, ne cherchait pas à trouver belles les femmes avec lesquelles il passait son temps, mais à passer son temps avec les femmes qu'il avait d'abord trouvées belles".

Les réflexions de Girard sur le snobisme sont très riches. Mais elles oublient de commencer par la base: pourquoi est-on snob? Ce livre, c'est de la philo qui marche sur la tête. Du Hegel, en somme… 😉
Je ne sacralise pas le livre de Girard, ce serait un comble

Je trouve que tu réduis beaucoup le schéma de Girard sur le désir triangulaire. Le modèle ne désire pas forcément telle ou telle chose ; il est modèle et le sujet va désirer ce qui ressemble à ce modèle. Rien de bourgeois dans cette attitude. C'est d'une banalité assez évidente…
Girard critique l'hégélianisme comme le nietzscheisme.

Il n'est pas péremptoire pour autant, il parle "d'hypothèse".

Il explique très bien les raisons du snob (qu'il confond, selon moi, avec le dandysme).

Je te soupçonne d'être romantique. =D
Jérémy a écrit :Je trouve que tu réduis beaucoup le schéma de Girard sur le désir triangulaire. Le modèle ne désire pas forcément telle ou telle chose ; il est modèle et le sujet va désirer ce qui ressemble à ce modèle. Rien de bourgeois dans cette attitude. C'est d'une banalité assez évidente…
Oui… Le plus intéressant, c'est peut-être la distinction entre le médiateur, interne ou externe : l'analyse du désir pousse Girard à en mettre en lumière l'activité -qui n'est plus passion, au sens de ce que l'on subit-, et à refuser par conséquent la représentation d'un désir qui serait spontané, ce qu'il nomme d'ailleurs "mensonge romantique". Je dirais que c'est là l'originalité de l'auteur, mais quant au caractère mimétique des relations humaines, comme le notait M. Picard, ça sent Hegel à plein nez, lui suivi de sa bien fameuse dialectique 😜.
Pour terminer dessus, je m'interroge sur cette notion de désir… Comment un désir pourrait-il être spontané, surtout si l'on s'arrête à son étymologie… "regrets", "chagrin"… ?
J'ai beaucoup étudié sur la question et je m'emmêle avec les mots appétence, besoin… pour désigner ce "désir spontané", s'il existe…
Mais le sens des mots n'est nullement prisonnier du sens de la racine originelle…
Jehan a écrit :Mais le sens des mots n'est nullement prisonnier du sens de la racine originelle…
S'il n'en est pas prisonnier, il en est toutefois rarement indépendant…
Pourtant, la plupart des locuteurs ne connaissent ni le latin, ni le grec, ni l'ancien français, encore moins le francique, et savent pourtant le sens des mots qu'ils emploient. Les langues anciennes ne sont pas plus vraies que le français de la fin des années 2000… A côté de l'étymologie, il y aussi la comparaison morphologique.
Ursus a écrit :Pourtant, la plupart des locuteurs ne connaissent ni le latin, ni le grec, ni l'ancien français, encore moins le francique, et savent pourtant le sens des mots qu'ils emploient. Les langues anciennes ne sont pas plus vraies que le français de la fin des années 2000…
Exactement. Et je me bats sans cesse pour expliquer cela à mes étudiants: les mots n'en savent pas plus long que nous. "Désir" n'a rien à voir avec "regret", même s'il dérive d'un mot latin voulant dire regret. Le sens du langage est d'usage, de convention.
Et si tu n'as pas de désir spontané, Jérémy, alors il est temps de sortir prendre l'air. 😉
Permettez-moi de dériver (toutes les digressions ont leur sens, Balzac l'a bien révélé ! 😀 ), de dériver sur un fait concret.

Je flânais à Marseille dans les rayons d'une boutique où étaient présentés livres et diverses musiques, je promenais mon oeil comme Nathanaël respirant les champs, en toute innocence, "libéré", vidé de toute référence… J'étais l'instinct, j'aimais cela, cette dénudation, cette envie d'imprévu, cette portée dans le vent. Tout à coup, un air, un air de musique. Je le humais comme un parfum de cuisine, ça sentait le jazz, la sueur, une voix de noir comme on n'en fait plus !, je me trémoussais, je me rapprochais de l'écho, sorti de nulle part. J'étais extatique. Je tiens à dire que je n'avais jamais lu du Girard, j'étais vierge de toute mimésis, j'étais un vrai romantique, un vrai de vrai ! Pulsionnel, passionné, aussitôt, je demandais au vendeur le titre de l'extrait qu'il venait de passer, j'insistais tellement qu'il en vint à chercher lui-même dans sa "salle interdite" où la machine faisait défiler la musique. Il arrêta le cd et m'indiqua le titre de l'album et la musique.
Billie Holiday mesdames, messieurs ! La grande, la reine ! Je le savais ! J'avais deviné au timbre ! Imparable. Remerciant dans le vent le vendeur, déjà j'étais à l'affût de la lettre H dans les rayons.
Je trouvais le cd, eureka ! J'avais consommé !

Après une rupture amoureuse pour le moins destructrice, je m'achetais Mensonge romantique et vérité romanesque quelques mois plus tard, en plein été, m'enfermant dans ma chambre, ascétique, colérique, déchaîné, déchu, mélancolique. Les larmes sous le soleil sont un cauchemar que je ne souhaite à personne.

Etant sur le point de reconquérir l'être aimé grâce aux techniques de la mimésis (et étouffant la tentation de toute liaison dangereuse), je repensais à cet épisode de Billie Holiday.
J'effectuais un "A Rebours" de cette pulsion qui fut la mienne à ce moment de mon existence, de ce "coup de foudre" extatique. J'étais à la recherche de mon médiateur externe… Ou interne.

Je replongeais dans les méandres de mon inconscient… La référence était proche, en étant à Marseille, j'intégrais le modèle de Nabe qui avait fait un essai sur Billie Holiday, et je sais qu'en me promenant, avec ma créature, dans les rangs de diverses librairies, je me prenais pour Nabe, le Marseillais. En écoutant cette musique, je voulais que ce soit du Billie Holiday et la confirmation du vendeur a joué dans l'accomplissement de mon coup de foudre.
Ce n'est pas tout. Je creusais davantage… jusqu'au jour où… gosse, je découvris la musique afro-américaine. Mon père venait de me fâcher, il mit un cd de Stevie Wonder dans la chaîne Hifi et si, sur le moment, je détestai la musique, parce que mon père venait de me fâcher, j'étais enclin à aimer la musique, parce que mon père me l'avait fait écouter pour pacifier notre dispute.
Depuis ce jour, j'écoutais toute la musique afro-américaine et j'aiguisais mes goûts en fonction de ce modèle, le premier, Stevie Wonder. Le modèle interne était mon père : tout ce qu'il me montrait trouvait grâce aux yeux de l'enfant que j'étais ; le modèle externe était Stevie Wonder.
Voilà les mécanismes de mon coup de foudre.

Ensuite, tu dis que Girard n'est rien de moins que du Hegel. Voici un extrait de "la violence et le sacré" qui t'indique le contraire, lorsque Girard parle de la rivalité que l'on retrouve dans la tragédie grecque, par exemple : L'oscillation du Kudos (talisman de suprématie) n'est pas simplement subjective, elle n'est pas non plus objective : elle est rapport de dominant à dominé qui ne cesse de s'inverser. On ne peut l'interpréter ni en termes de psychologie ni en termes de sociologie. On ne peut pas la ramener à la dialectique du maître et de l'esclave, puisqu'elle n'a aucune stabilité, puisqu'elle ne comporte aucune résolution synthétique. (p.228, "la violence et le sacré")

J'ai remarqué quelque chose, Jean-Luc, si tu me le permets ; à chaque fois que tu t'adresses sur ce forum, la plupart de tes réponses n'hésitent pas à rappeler "mes élèves", ou "je rappelle à mes élèves", comme si tu te posais en "modèle" de science ou de littérature, comme si tu "élevais" tes élèves, que tu leur ouvrais les yeux. Il me semble qu'un professeur doit enseigner le logos, la vérité, et non pas "sa vérité" ; l'impartialité doit être sa rigueur, justement parce que si tu imposes subrepticement ta vérité, tu profites de l'image que tu as, celle du professeur, pour persuader un public facile. C'est comme le père qui soumet, à défaut de proposer.
Mais l'enseignant n'est pas un père, c'est un homme de synthèse. Le père enseigne souvent sa vérité, l'enseignant enseigne les vérités. Je te donne mon avis ouvertement personnel, ici, et je n'ai pas la prétention de me considérer ni en modèle, ni en médiateur - tout au plus, je n'en aurais pas conscience.
Bien à toi,