Roman gothique
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Après avoir savouré un monument gothique qu'on ne présente plus Dracula, je me sens l'envie de plonger plus loin dans la littérature gothique. Les amateurs de ce genre auront-ils l'amabilité d'indiquer d'autres ouvrages (plus ou moins connus du grand public) à un novice tel que moi?
Sachant qu'il s'agit d'une littérature principalement anglo-saxonne, je serais également curieux de connaître certaines oeuvres françaises de ce genre.
Merci
La morte amoureuse, de Théophile Gautier, est aussi centré sur la figure du vampire… après, tout dépend de ce que tu appelles littérature gothique: les "gothic novels" (comme les romans d'Ann Radcliffe) ? Ou bien les oeuvres où l'auteur s'est inspiré des thèmes présents dans les romans gothiques anglo-saxons ? (notamment chez des auteurs du XIXe siècle comme Villiers de l'Isle-Adams, Barbey d'Aurevilly, etc etc).
Bonjour,
En complément des excellentes suggestions de Cavatine :
Le lien est direct chez Balzac avec son Melmoth réconcilié.
Il y a aussi les oeuvres de Poe traduites par Baudelaire dans la filiation du roman gothique en France.
Enfin je te proposerai cette oeuvre très originale, préfigurant certains aspects du roman gothique au croisement de l'orientalisme et de certains thèmes noirs : le Vathek de Bedford écrit initialement en français à la fin du XVIIIe siècle.
De même le roman gothique s'est prolongé en France dans certains procédés du roman-feuilleton.
Dans la littérature irlandaise, tu peux lire Carmilla de Sheridan Le Fanu. Je l'ai lu quand j'étais jeune mais il m'a laissé une impression forte. Ce roman célèbre reprend aussi l'idée du vampire appliquée aux femmes.
Sans oublier l'extraordinaire Moine de M. Lewis, et Les Elixirs du Diable d'Hoffmann.
Le roman gothique anglais est représenté principalement par :
- Walpole, Le Château d'Otrante (1764 —les surréalistes l'aimaient particulièrement)
- Ann Radcliffe, L'Italien, Les Mystères d'Udolphe (folio) ; ses romans ont connu une vogue extraordinaire à la fin du XVIIIe-début XIXe en France.
- Lewis, Le Moine, du gothique influencé par la littérature allemande, férue de magie. Ce roman est actuellement édité chez Babel (actes sud poche). Le roman a été réécrit par Antonin Artaud (Le Moine (de Lewis), en folio).
- Last but not least, Melmoth, de Maturin (1821). C'est ce roman qui a influencé profondément le romantisme français, comme le montre notamment le Melmoth réconcilié de Balzac que citait Jean-Luc. Le roman de Maturin est édité en poche (Babel aussi, je crois).
Un bon volume offrant de longues heures de lecture gothique est le recueil de Romans terrifiants (Laffont, coll. Bouquins, 1984), qui regroupe notamment Le Château d'Otrante, L'Italien, pas édités ailleurs.
…À la réflexion, je ne suis pas sûre de bien vous conseiller, parce que je ne suis pas sûre qu'il soit pertinent de ranger Dracula dans le roman gothique (ne serait-ce que par sa date tardive, 1897) : c'est bien davantage un roman fantastique. Mais si vous aimez les châteaux gothiques, les souterrains où des jeunes filles innocentes ont été faites prisonnières par des moines pervers, après avoir été enlevées par des brigands perfides, les héros exerçant une fascination satanique, les atmosphères oppressantes… les œuvres que je viens de citer devraient vous plaire!
N'oublions pas Sade qui fait du gothique sans surnaturel.
Oui mais Sade c'est une lecture qui au bout d'un moment ne procure plus aucun plaisir, à force d'excès… on est vite écœuré.
Cher Lohengrin,
Si vous êtes un amateur acharné, il y a encore, en plus des références ci-dessus, les romans des soeurs Lee, comme The Recess ou the Canterbury tales. C'est du gothique dans toute sa splendeur, le kitsch inclus. Mais pour les trouver en français, c'est un peu la quête du Graal.
Bonsoir,
J'avais oublié de citer un très curieux roman de Jules Verne, Le Château des Carpathes.
C'est vrai que le roman gothique est fascinant…. Un régal pour l'imagination!
Je te citerais "le tour d'écrou" de Henry James ,certaines nouvelles d'Edith Warthon ou le fantomes de Canterville d'Oscar Wilde. Jane Austen a même écrit "Northanger abbey"; parodie de ce genre.
Le seul problème est que la plupart des romans gothiques sont introuvables, souvent épuisés. Et c'est vraiment regrettable.
La grande spécialité du mouvement gothique est de s'accaparer plein de choses qui entre elles n'ont strictement rien à voir, mais sont mises ensembles car elles sont plus ou moins "sombres", dans un grand sac estampillé "Gothique".
En effet ce mouvement n'est, comme on nous le fait souvent croire, pas une culture à part entière, mais une sous-culture, piochant dans l'art à droite à gauche des choses sombres dans le but de les regrouper sous un seul et même terme. Vous comprendrez donc que c'est extrêmement réducteur pour tous ces artistes (écrivains, compositeurs, etc) de se faire taxer de "gothiques", parce qu'ils ont créé certaines oeuvres dans lesquelles ils extériorisaient un mal-être, ou alors tout simplement décrivaient des choses pas optimistes.
Je veux dire que tous les auteurs que vous avez cité font chacun partie d'un ou plusieurs mouvements, mais en aucun cas le "gothique", ça ça n'existe pas. 😉
Dommage, je sais que c'est actuellement un mot qui a de la classe.
Mais ça ne vous choque pas, un livre sur "la culture gothique" collant ensemble en vrac Baudelaire, Marilyn Manson, Lautréamont, William Blake, Alice Cooper, Caspar David Friedrich, Depeche Mode et Edvard Munch ?
Le terme "gothique" a plusieurs sens.
La discussion portait sur le genre du "roman gothique", tout ce qu'il y a de plus sérieux, en vogue du milieu du XVIIIe siècle jusque dans les années 1830 (en gros). Ce genre littéraire tire son nom du sous-titre du Château d'Otrante, d'Horace Walpole, —"gothic tale"—, considéré comme le premier roman du genre. Plusieurs ouvrages ont été écrits sur ce genre, qui englobe Ann Radcliffe, Clara Reeve, Lewis, Maturin, notamment l'excellent livre de François Lévy, Le Roman gothique anglais.
Ce genre littéraire a eu une vaste influence sur la littérature postérieure, mais aussi sur la musique, les arts plastiques, etc. Cette nébuleuse extrêmement floue est également appelée "gothique" : je suis complètement d'accord avec vous, c'est un bric à brac de références où l'on ne trouve pas grand chose de commun sinon une esthétique globalement sombre.
L'existence de cette dernière acception du terme "gothique", et tout ce qu'on peut lui reprocher, n'empêche cependant pas de continuer à parler de "gothique" au sens littéraire plus restreint que je viens d'indiquer… ni d'ailleurs d'en parler au sens originel, comme quand on parle d'une "église gothique" d'ailleurs. 😉
J'entends bien tout ce que vous dites 😉
Je me pose en apprenant : J'aimerais savoir si la littérature dont vous parlez était bien considérée à l'époque comme des "romans gothiques", et non si cela a été taxé de "gothique" plus tard.
Je viens de me renseigner sur le "Gothic tale" dont vous me parlez (car oui, il faut savoir que j'ai par le passé surtout combattu ce terme dans la musique, et très peu dans d'autres arts, mais j'ai souvent vu que ça ne changeait rien…), et je constate que, comme très souvent, un amalgame est fait lors de la traduction de l'anglais au français. Je veux dire par là qu'il y a pas mal de mots qui n'ont pas la même définition en anglais et en français, et je crois bien que c'est le cas du mot "Gothic". Le terme "gothique" est d'ailleurs très souvent collé à des oeuvres parce qu'elles sont profondes. Cela vient aussi de l'anglais "Deep" qui est souvent associé à "Dark", alors que ça ne veut pas dire la même chose.
Pourquoi parler de "gothique" pour des romans à caractère très sentimental ou en rapport avec la mort… Dans la langue française on parle plutôt de roman noir, sauf erreur.
Je veux dire que je comprends difficilement qu'on fasse un rapprochement avec l'architecture gothique pour des romans noirs. C'est uniquement un esthétisme, là d'accord, mais ça ne concerne pas le roman en lui même.
edit : faute de frappe
Les romans gothique anglais étaient appelés dès l'origine "gothic" par les critiques anglais —non parce qu'ils sont sentimentaux ou parlent de mort, mais parce que l'élément structurant de l'intrigue est le château gothique dans lequel évoluent les personnages. En France, à la même époque, pour parler des mêmes romans, on parlait de "roman noir" (ou autres : "roman à la Ann Radcliffe", "roman radcliffien"…). Le terme de critique anglo-saxon a ensuite été traduit en français pour désigner ces mêmes romans : le livre que je vous citais de F. Lévy est bien français.
S'il y a un mot qui, en littérature, est complètement flou, c'est bien "roman noir", d'autant plus qu'au sens originel synonyme de "gothic" s'est ajouté un autre sens, où l'expression s'applique à une forme de roman policier des années 1950.
En littérature, il me semble vraiment que le terme "gothique" désigne un corpus précis —et restreint—, historiquement défini, et assez cohérent (autant que puisse l'être un genre littéraire, bien sûr). Le grand n'importe quoi surgit dès qu'on utilise le terme de façon plus large, pour désigner une forme de (sous-) culture.
Finalement, la distinction entre les deux s'opère d'après le contexte d'utilisation. Il y a des gens qui en entendant "gothique", répondent "Marilyn Manson", et d'autres "Ann Radcliffe"… Tout comme il y a des gens qui, en entendant "romantisme", répondent "Chateaubriand" et d'autres "the Bachelor"!
Finalement, la distinction entre les deux s'opère d'après le contexte d'utilisation. Il y a des gens qui en entendant "gothique", répondent "Marilyn Manson", et d'autres "Ann Radcliffe"… Tout comme il y a des gens qui, en entendant "romantisme", répondent "Chateaubriand" et d'autres "the Bachelor"!
😂
Ce qui me dérange le plus en fait, c'est le fait de créer un genre avec des critères qui sont autres que la façon dont est écrite le livre, à savoir le lieu de l'action, le style de personnages…
Ce ne serait donc pas vraiment un genre littéraire. Juste un esthétisme. Mettons un mouvement esthétique dans la littérature. Un sous-sous-genre. Alors pourquoi "nier" l'appartenance à ce mouvement d'un roman écrit au XIXe siècle par exemple, si il remplit tous les critères ?
En musique c'est pareil, certains diront que dès que le terme "gothique" est utilisé pour définir d'autres choses que certains genres, c'est du grand n'importe quoi. Mais ces genres là ont aussi leur nom, et c'est tout autant du n'importe quoi que de leur rajouter un adjectif. 😜
Nouvel edit : Et plusieurs artistes peuvent faire des genres musicaux totalement différents, si ils sont habillés en "dark evil de la mort", aux yeux de beaucoup ce sera gothique ! L'idée est totalement la même.
Mais je crois que là je suis en train de remettre en question des choses déjà très ancrées, surtout que ce n'est pas un domaine que je maîtrise à la perfection. J'ai juste de grandes interrogations 😉
Si un genre désigne une esthétique, ce n'est déjà pas si mal… À la réflexion, je ne sais même pas s'il existe de genres qui soient définis par le style de l'auteur. Il me semble qu'il existe deux grands types de genres, les genres formels (par ex. le sonnet) et les genres thématiques, qui se définissent par le contenu : c'est le cas de tous les genres romanesques, comme le roman historique, le roman sentimental, le roman d'apprentissage…
Si un roman de la fin du XIXe remplit tous les critères, il serait en effet légitime de le rentrer dans le genre. C'est simplement rarement le cas, parce que les genres évoluent. Le fait est plutôt simple, finalement : quelqu'un écrit un livre ; l'écrivain suivant s'en inspire, reprend quelques codes ; un troisième s'inspire des deux premiers ; les critiques perçoivent ces caractéristiques communes et créent un nom générique pour désigner à la fois ces caractéristiques et ces œuvres. L'histoire d'un genre (comme l'histoire de la littérature!) est faite d'imitations et de variations. Au bout d'un certain temps, le dernier imitateur n'a plus grand chose à voir avec le premier auteur ; quand le code générique a trop varié, on dit que le genre a disparu et on crée un nouveau genre…
L'idée la plus importante, c'est que le genre n'existe pas en soi. C'est une étiquette, créée par les critiques, par commodité. Ce qui a pour conséquence que tous les critiques ne sont pas toujours d'accord sur le sens des termes génériques… et que quand on définit un genre, on pourrait toujours préciser "voici la définition du genre truc, selon la plupart des critiques."
Il faut donc relativiser la notion de genre… ce qui n'empêche pas de les utiliser.
L'idée la plus importante, c'est que le genre n'existe pas en soi. C'est une étiquette, créée par les critiques, par commodité. Ce qui a pour conséquence que tous les critiques ne sont pas toujours d'accord sur le sens des termes génériques… et que quand on définit un genre, on pourrait toujours préciser "voici la définition du genre truc, selon la plupart des critiques."
Il faut donc relativiser la notion de genre… ce qui n'empêche pas de les utiliser.
C'est le fond de ma pensée, en fait. 😉
Pour le reste, merci pour vos éclaircissements. Je lirai peut être un roman "gothique", un jour…
(Je continue à mettre des guillemets hein =D)
Permettez-moi d'apporter mon grain de sel, ayant beaucoup étudié ce genre que je trouve bien limité, en réalité, tant idéologiquement que sur un strict plan esthétique.
Le genre gothique, selon moi, peut se résumer selon les mots que l'on retrouve dans une nouvelle en apparence "banale" de Dumas, "la Dame pâle" et voici la phrase : "le spectacle que j'avais sous les yeux présentait quelque chose d'atroce et de sublime à la fois"
J'adore ! 🙂
Anecdote, je tape le nom de la nouvelle sur Google pour me renseigner, le premier lien est Vampirisme.com 😂
En tout cas le visuel est explicite !
https://www.vampirisme.com/wp-content/uploads/galery/2012/02/alexandre-dumas-dame-pale.jpg
C'est une bonne idée de lecture.