Éthique et esthétique

Littérature

17 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour, mes chers amis,

Ma question est simple : éthique et esthétique font-ils bon ménage ? Doivent-ils se lier ? Sont-ils dissociables ? Pourquoi faudrait-il les dissocier ?

😜
decidement j aime bien tes sujets….c est une question aussi que je me pose….disons si tu parle d esthetique au sens large ….car se pose a moi la question quand au pouvoir de l art et sa puissance d influence sur autrui….aux idees que l on veut faire passer ou les choses que l ont veut exprimer….je me demande meme si elle ne sont pas aussi puissante qu un quelquonque pouvoir politique…..en fait je ne repond pas a ta question je la reformule….la liberte d expression oui….mais c est dangereux…..
D'accord 🙂

Mon "avis" sur la question est assez simple : je pense qu'ils ne sont pas dissociables. L'éthique, c'est la science des moeurs, des coutumes, la morale.
L'esthétique, c'est la science du beau. Les partisans de l'art pour l'art me diraient qu'il se suffit à lui-même ; je leur répondrais : "n'oubliez jamais pour qui vous écrivez, et si jamais vous n'avez de public que vous-mêmes, vous vous réfléchissez ; votre morale n'en est que plus éclatante;"

La "morale" classique, l'éthique de l'esthétique classique, considérait qu'il fallait représenter les vices et les vertus avec une stricte vraisemblance. En fait, je crois que toute esthétique, toute manière de sentir le beau, recèle une éthique, une manière de voir le monde.
Cette éthique doit se transfigurer pour toucher l'universel, il me semble. Mais cette transfiguration ne peut aboutir qu'avec la présence d'une éthique.
Il faudrait que je lise les quelques ouvrages de Nathaniel Hawthorne sur la question…
De l'Antiquité jusqu'à la fin du Moyen Age, la plupart des réflexions sur le beau sont des considérations éthiques, parce que le beau est lié au vrai et au bien. De Platon à Saint Thomas, en passant par Plotin, on trouve en gros l'idée que la beauté sensible est dangereuse parce qu'elle détourne des Idées, de la beauté autrement plus noble de la connaissance, etc. La République met le poète au ban de la cité parce qu'il agite les parties irrationnelles de l'âme, tandis que La Poétique voit dans l'émotion suscitée par la musique et la tragédie l'occasion d'une catharsis. Dans les deux cas, on considère l'art d'un point de vue moral, et l'esthétique n'existe pas.
Bonsoir,

Juste pour apporter une pièce importante à cette discussion, je citerai Baudelaire et son hérésie de la morale.

Baudelaire dans l’Art romantique, condamne : « Il est une autre hérésie… Je veux parler de l'hérésie de l'enseignement, laquelle comprend comme corollaires inévitables, les hérésies de la passion, de la vérité et de la morale. Une foule de gens se figurent que le but de la poésie est un enseignement quelconque, qu'elle doit tantôt fortifier la conscience, tantôt perfectionner les mœurs, tantôt enfin démontrer quoi que ce soit d’utile… La poésie (…) n'a pas d'autre but qu'elle-même ».

Cette revendication de l'autonomie de l'Art est à rattacher à ce qu'Ursus a judicieusement rappelé. Thomas d'Aquin a montré qu'en Dieu seul culminent et s'unifient toutes les perfections : vérité, Beauté… La société européenne (d'inspiration chrétienne) est habitée inconsciemment par ces réflexions. Jusqu'au XIXe siècle, et même XXe siècle, l'art est sous tutelle de la morale. On peut penser à la censure, aux procès adressés à Madame Bovary et aux Fleurs du mal, à l'existence de l'index, aux "enfers" des bibliothèques.
Le mythe de la poésie qui n'a de but qu'elle-même, n'est-ce pas négliger son rapport de réception où se réfugie la morale du sujet ?

Baudelaire pouvait certes se poser en romantique, se dire "maître de sa propre plume", mais… Girard nous le dit bien : tout cela est de la blague. Baudelaire avait pour modèle Poe qui lui avait pour modèles les récits gothiques ou autres romantiques, etc… Et Baudelaire esthétisait sa pose qui était résolument éthique : la philosophie du dandysme.

Heureusement, Rimbaud passa par là…
l'éthique et l'esthétique, deux termes qui ont fait révolter les hommes religieux et pas les lecteurs.
la plupart des littératures réussies sont reliées a la beauté du corps de la femme. et la on tombe dans le révolte des religieux qui pensent que cette littérature et une insulte a la moralité. exemple d'un roman censuré, pendant presque 10 ans avant qu'il soit recorrigé par son auteur. Thomas Hardy dans son roman Tess of the D'Urbervilles. L'auteur était contraint de supprimer quelques passages et de réécrire quelques chapitres sans offenser la moralité du lecteur. a son époque les lecteurs, généralement de classe bourgeoise, ou de sang royal trouvent la narration et la description du corps puéril Tess incompatible avec leur rang social.
Mais de plus en plus avec le développement des mentalités et l'évolution, Grace a Darwin et théorie d'évolution. on arrive a accepter, d'ailleurs il y a de toutes les couleurs et sans frontières.

Personnellement ce que je trouve intéressant en la littérature, c'est le conflit de la moralité. j'évoque toujours le livre de Thomas Hardy. ou il a utilisé des métaphores et des passages entiers codés pour pour introduire l'essence même de l'existence de la littérature. l'inutilité de la littérature face à la légèreté des principes des hommes de l'église. il montre comment la moralité peut nuire voir détruire la vie d'une personne innocente issue d'une famille rangée par la pauvreté dans la société, par le fait de subir l'injustice de la moralité sociale.
a mon avis, la beauté de la littérature et de construire l'inconstructible. et la moralité est limité comme la myopie. les gens qui jugent par les principes de la moralité sont atteints d'une myopie mentale. comme les religieux qui n'acceptent pas qu'une jeune fille ne soit pas vierge avant le mariage a un certain époque. et aussi ceux qui pense de ne pas introduire un élément esthétique en littérature.
Il me semble qu'un auteur se doit de comprendre le bien fondé ou pas d'une éthique établie sur son sol dans lequel il écrit ou ailleurs.
L'interdit, de toute sorte, est un secret culturel qui dissimule bien des souffrances également, dont le but est, à mon avis, de freiner toute forme de violence.
La première éthique de l'écrivain doit être la fidélité à son art. Il existe tant de compromissions pour accéder à une notoriété souvent éphémère.
Thomas Hardy est effectivement l'auteur par excellence des conflits de moralité. Jude l'Obscur, de ce point de vue, est saisissant: on n'en tire aucune conclusion définitive car même si un lecteur avisé connait déjà les opinions philosophiques de l'auteur, celui-ci a eu la finesse d'opposer les excellentes raisons des uns et des autres. Cela passe avant tout par la création de personnages non stéréotypés, qui ne caricaturent pas les idées qu'ils portent mais peuvent créer la surprise.
En voulant être moral, on n'évite le moralisme que par la complexité, le détail, l'approfondissement, en évitant de choisir le mauvais sujet, celui qui dévalue grotesquement une opinion par sa sottise quand il est mis en balance avec un héros pourvu de toutes les qualités. C'est un tour rhétorique qui piège parfois le lecteur et qui s'appelle propagande. Et c'est pourquoi il me semble nécessaire que la littérature soit hautement morale.
Je suis indécis. Lorsqu'on ne trouve qu'une seule lecture à faire d'une oeuvre, effectivement, on peut sombrer dans ce qu'on appelle la propagande.
Lorsqu'une oeuvre a plusieurs lectures du réel, on atténue ce "moralisme".

Mais regardons La Bruyere, on ne peut pas dire que son esprit de nuance soit éclatant ; il est le plus juste possible, certes, mais il n'est pas esprit de balancier. Il affirme.

Quand Baudelaire veut tirer la "beauté du mal", c'est un projet esthétique. Il assume. Son entreprise est donc la fidélité à ce projet, et Jean Luc a, me semble-t-il, raison quand il parle de fidélité à son projet.
La Bruyère, pour ce que j'en ai lu, se contente d'annoter le comportement humain, ce qui n'implique pas un questionnement moral, mais plutôt la mise en évidence de ridicules mondains sur lesquels ses lecteurs pouvaient aisément tomber d'accord (et se sentir eux-mêmes concernés).
Avec Thomas Hardy, le sujet est plus litigieux, car ce sont les présupposés philosophiques qui s'affrontent. Or, un roman est profondément moral lorsqu'on en arrive aux présupposés. Pour cela il faut avoir gratté plusieurs couches superficielles. En ce sens, je ne suis pas sûr d'être de ton avis à propos de Homère, qui, je crois, ne manifeste que son époque, de façon symptomatique - n'est-ce pas pour cela d'ailleurs qu'avec le recul, on a parlé d'innocence de la création rudimentaire, précisément parce qu'il n'y avait pas de recul critique?

Il y a deux cas d'école au théâtre qui sont tout à fait opposés: Pirandello, avec qui on ne sait plus qui a fait quoi, ni ce qu'il faut penser de ceci ou de cela, et Brecht, dont le propos est limpide et sans contrastes. Pour autant, ce n'est pas de la propagande, parce que le projet est explicité sans fausse ingénuité et sans complaisance, avec au contraire une réflexion critique. Je n'en dirais pas autant des romans champêtres de George Sand, par exemple.
Ce qui pose problème dans ce cas n'est pas tellement la lecture univoque que le projet initial, qui se réduit à une célébration.
Tu considères alors que Homère était dans une célébration et rien d'autre ? =)
Eh bien, écoute, quitte à passer pour un lecteur distrait, oui. Je pense qu'on chipoterait si on voulait y trouver une dimension critique, un retour réfléchi sur la condition humaine. C'est une littérature qui affirme. N'est-ce pas pour cela qu'elle au fondement de la nôtre?
Dans ce cas, je propose une hypothèse et tu me diras ce que tu en penses, la voici :

Je pense qu'on peut révéler ce que l'auteur n'a pas vu lui-même, ce n'est pas lui faire injure que de dire ça, bien au contraire à mon avis, ça enrichit son oeuvre - je crois que c'est illusoire de croire qu'une oeuvre appartient pleinement à son auteur (je pense à ce sujet qu'elle pourrait même révéler quelque chose que lui-même ne voyait pas). Après, bien sûr, il ne faut pas dire n'importe quoi… Mais si cela est étayé par des exemples… Regarde, par exemple, dans la critique de l'école des femmes de molière, tu as Dorante qui se fait le porte-parole de Molière en disant "la grande règle de toutes les règles est de plaire" : eh bien, même cette position-là donne une donnée idéologique à cette pièce et qui est tout bonnement la suivante : "faut simplement être un divertissement". C'est pourquoi je pense qu'il est mensonger d'affirmer, ou de la part de l'auteur, ou de la part des critiques, qu'une oeuvre n'a rien à nous dire. Selon moi, toute oeuvre, en tant que création, a quelque chose à nous dire, quand bien même elle se voudrait divertissante. C'est comme si on disait à une jolie fille "vous êtes très belle" ; mais elle a forcément des choses à nous dire et c'est bien la respecter avec le plus d'ardeur que de le révéler.
Donc : même dans une oeuvre qui se veut divertissante, on peut à la fois révéler ce que l'auteur lui-même n'a pas voulu mettre ou trouver des indices d'un "message". Voilà mon humble avis. C'est pour ça que, toujours par respect, je me permets de révéler ce qui me semble "idéologique" dans chaque oeuvre.
Je pense que ton hypothèse est juste, à ceci près qu'on ne peut plus se contenter de l'argument selon lequel un grand auteur est celui qui révèle, puisque les séries télévisées ont elles aussi un contenu idéologique latent, ce qui n'en fait pourtant pas des œuvres importantes (sauf pour l'historien et le sociologue, deux personnes susceptibles d'accorder la même valeur à Tintin et Milou et aux romans de Beckett).

En ce qui concerne Homère, je ne crois pas qu'il se soit voulu divertissant, je pense plutôt qu'il fournissait des modèles d'action et d'héroïsme, à partir desquels chacun pouvait se juger et juger autrui. Cela permettait sans doute aux hommes de consolider le clan (uni autour d'une mythe fondateur et de valeurs communes) et d'exalter les castes supérieures. Ce qui rend la littérature plus critique, c'est que, pour parler en termes politiques, elle est passée dans le camp de l'opposition.
Je te rejoins sur le danger des idéologies : il y en a qui sont vite balayées voire ineptes, comme récemment Avatar de Cameron.