Quelle image du héros de roman chacun de ces textes propose-t-il ?

Entraide scolaire

12 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Tout d'abord, bonjour à tous 😉.

Je poste ici, un sujet écrit de l'EAF qui a eu lieu ce mois-ci (en Novembre 2009) dans quelques lycées de Savoie et de Haute-Savoie.
Objet d'étude:Le roman et ses personnages

Corpus:

Texte A – Albert CAMUS, La peste, 1947

Une épidémie de peste sévit à Oran, en Algérie, dans les années quarante. Lorsque le fléau disparaît enfin, il fait une dernière victime en la personne de Tarrou, l'ami du médecin Rieux, le héros du roman.

A midi, la fièvre était à son sommet. Une sorte de toux viscérale secouait le corps du malade qui commença seulement à cracher du sang. Les ganglions avaient cessé d'enfler. Ils étaient toujours là, durs comme des écrous,vissés dans le creux des articulations, et Rieux jugeai mpossible de les ouvrir. Dans les intervalles de la fièvre et de la toux, Tarrou de loin en loin regardait encore ses amis. Mais, bientôt, ses yeux s'ouvrirent de moins en moins souvent, et la lumière qui venait alors éclairer sa face dévastée se fit plus pâle à chaque fois. L'orage qui secouait ce corps de soubresauts convulsifs l'illuminait d'éclairs de plus en plus rares et Tarrou dérivait lentement au fond de cette tempête. Rieux n'avait plus devant lui qu'un masque désormais inerte, où le sourire avait disparu. Cette forme humaine qui lui avait été si proche, percée maintenant de coups d'épieu, brûlée par un mal surhumain, tordue par tous les vents haineux du ciel, s'immergeait à ses yeux dans les eaux de la peste et il ne pouvait rien contre ce naufrage. Il devait rester sur le rivage, les mains vides et le cœur tordu, sans armes et sans recours, une fois de plus, contre ce désastre. Et à la fin, ce furent bien les larmes de l'impuissance qui empêchèrent Rieux de voir Tarrou se tourner brusquement contre le mur, et expirer dans une plainte creuse, comme si, quelque part en lui, une corde essentielle s'était rompue. La nuit qui suivit ne fut pas celle de la lutte, mais celle du silence. Dans cette chambre retranchée du monde, au-dessus de ce corps mort maintenant habillé, Rieux sentit planer le calme surprenant qui, bien des nuits auparavant,sur les terrasses au-dessus de la peste, avait suivi l'attaque des portes. Déjà, à cette époque, il avait pensé à ce silence qui s'élevait des lits où il avait laissé mourir des hommes. C'était partout la même pause, le même intervalle solennel, toujours le même apaisement qui suivait les combats,c'était le silence de la défaite. Mais pour celui qui enveloppait maintenant son ami, il était si compact, il s'accordait si étroitement au silence des rues et de la ville libérée de la peste, que Rieux sentait bien qu'il s'agissait cette fois de la défaite définitive, celle qui termine les guerres et fait de la paix elle-même une souffrance sans guérison. Le docteur ne savait pas si, pour finir, Tarrou avait retrouvé la paix,mais, dans ce moment tout au moins, il croyait savoir qu'il n'y aurait jamais plus de paix possible pour lui-même, pas plus qu'il n'y a d'armistice pour la mère amputée de son fils ou pour l'homme qui ensevelit son ami.

Texte B – Romain Gary, La Promesse de l'aube, 1960

Romain, alors qu'il est lycéen, découvre un jour sa mère en proie à un malaise et apprend ainsi qu'elle est diabétique.

Je sentis qu'il fallait me dépêcher, qu'il me fallait en toute hâte écrire le chef-d'oeuvre immortel, lequel, en faisant de moi le plus jeune Tolstoï de tous les temps, me permettrait d'apporter immédiatement à ma mère la récompense de ses peines et le couronnement de sa vie.
Je m'attelai d'arrache-pied à la besogne.
Avec l'accord de ma mère, j'abandonnai provisoirement le lycée et m'enfermant une fois de plus dans ma chambre, me ruai à l'assaut. Je plaçai devant moi trois mille feuilles de papier blanc, ce qui était, d'après mes calculs, l'équivalent de Guerre et Paix, et ma mère m'offrit une robe chambre très ample, modelée sur celle qui avait fait déjà la réputation de Balzac. Cinq fois par jour, elle entrouvrait la porte, déposait sur la table un plateau de victuailles et ressortait sur la pointe des pieds. J'écrivais alors sous le pseudonyme de François Mermont. Cependant comme mes oeuvres m'étaient régulièrement renvoyées par les éditeurs, nous décidâmes que le pseudonyme était mauvais, et j'écrivis le volume suivant sous le nom de Lucien Brûlard. Ce pseudonyme ne me paraissait pas non plus satisfaire les éditeurs. Je me souviens qu'un de ces superbes qui sévissait alors à la N. R. F, à un moment où je crevais de faim à Paris, me retourna un manuscrit avec ces mots ; « prenez une maîtresse et revenez dans dix ans ». Lorsque je revins, en effet dix ans plus tard, en 1945, il n'était malheureusement plus là ; on l'avait déjà fusillé.
Le monde s'était rétréci pour moi jusqu'à devenir une feuille de papier contre laquelle je me jetais de tout le lyrisme exaspéré de l'adolescence. Et cependant, en dépit de ces naïvetés, ce fut à cette époque que je m'éveillai entièrement à la gravité de l'enjeu et à sa nature profonde. Je fus étreint par un besoin de justice pour l'homme tout entier, qu'elles que fussent ses incarnations méprisables ou criminelles qui me jeta enfin et pour la première fois au pied de mon oeuvre future, et s'il est vrai que cette aspiration avait, dans ma tendresse de fils, sa racine douloureuse, tout mon être fut enserré peu à peu dans ses prolongements, jusqu'à ce que la création littéraire devînt pour moi ce qu'elle est toujours à ses grands moments d'authenticité, une feinte pour tenter d'échapper à l'intolérable, une façon de rendre l'âme pour demeurer vivant.

Texte C – Philippe CLAUDEL, La Petite Fille de Monsieur Linh, 2005

Monsieur Linh fuit son pays d'Asie en huerre et s'exile en Occident avec sa petite fille, Sang diû.

C'est un vieil homme debout à l'arrière d'un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul à savoir qu'il s'appelle ainsi car tous ceux qui le savaient sont morts autour de lui.
Debout à la poupe du bateau, il voit s'éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l'enfant dort. Le pays s'éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l'horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette.
Le voyage dure longtemps. Des jours et des jours. Et tout ce temps, le vieil homme le passe à l'arrière du bateau, les yeux dans le sillage blanc qui finit par s'unir au ciel, à fouiller le lointain pour y chercher encore les rivages anéantis. Quand on veut le faire entrer dans sa cabine, il se laisse guider sans rien dire, mais on le retrouve un peu plus tard, sur le pont arrière, une main tenant le bastingage, l'autre serrant l'enfant, la petite valise de cuir bouilli posée à ses pieds.
Une sangle entoure la valise afin qu'elle ne puisse pas s'ouvrir, comme si à l'intérieur se trouvaient des biens précieux. En vérité, elle ne contient que des vêtements usagés, une photographie que la lumière du soleil a presque entièrement effacée, et un sac de toile dans lequel le vieil homme a glissé une poignée de terre. C'est là tout ce qu'il a pu emporter. Et l'enfant bien sûr.
L'enfant est sage. C'est une fille. Elle avait six semaines lorsque Monsieur Linh est monté à bord avec un nombre infini d'autres gens semblables à lui, des hommes et des femmes qui ont tout perdu, que l'on a regroupés à la hâte et qui se sont laissé faire.
Six semaines. C'est le temps que dure le voyage. Si bien que lorsque le bateau arrive à destination, la petite fille a déjà doublé le temps de sa vie. Quant au vieil homme, il a l'impression d'avoir vieilli d'un siècle.

Question: Quelle image du héros de roman chacun de ces textes propose-t-il?

Commentaire: Vous ferez le commentaire du texte d'Albert CAMUS (Texte A).

Dissertation: Le roman est-il "une feinte pour tenter d'échapper à l'intolérable", comme l'affirme Romain Gary ? Vous répondez à cette question en vous appuyant sur les textes du corpus, les oeuvres étudiées en classe et vos lectures personnelles.

Écriture d'invention: Vous écrirez le monologue de Monsieur Linh sur le bateau de réfugiés.

Voilà, ça pourra vous servir comme révision =D.

Après, j'ai plusieurs choses qui me turlupine. Au niveau de la question, est-ce que le terme "chacun" indique qu'il faut traiter chaque texte séparément?
Sur un des annales que j'ai emprunté dans mon CDI, il était écrit qu'il fallait systématiquement traiter chaque texte séparément lorsque le terme "chacun" apparaissait dans la question. Néanmoins, ici, je voyais beaucoup de points communs entre les textes et la question était tellement vague … .

Ensuite, j'ai pris le commentaire. Est-ce qu'on peut formuler une problématique restreignant certaines interprétations de l'œuvre?
Je vous présente mon plan (Qu'en pensez vous?):

I. Un sentiment de désolation
1. Souffrance de Tarrou
2. Souffrance de Rieux

II. Une bataille tragique
1. Une bataille
2. Le silence comme témoin de la défaite
3. L'impuissance du médecin face à des forces supérieures
Bonsoir Ulrich,

La présence de "chacun" t'oblige seulement à étudier tous les textes du corpus. Il me semble qu'une réponse synthétique reprenant toutes les similitudes puis les nuances ou différences est plus adaptée et plus subtile que celle qui résulte d'une analyse sérielle. En outre ce type de réponse évite les redites.

Quant au commentaire, je regrette que tu n'aies pas fourni ton parcours de lecture, seul capable de justifier tes axes. Ceux que tu as retenus sont pertinents. Il m'apparaît que tu as occulté le passage du réalisme scientifique du début au lyrisme pathétique. Ce changement est très significatif chez le témoin scientifique que le médecin Rieux veut être dans sa chronique.
Merci pour cette réponse (rapide).

C'est vrai que j'ai longuement hésité entre l'"analyse sérielle" et l'analyse synthétique (que j'avais toujours privilégié jusque là). Bon, apparemment j'ai fais le mauvais choix =(. Je trouve dommage que des annales rédigés par des profs de français nous induisent en erreur. Est-ce que vous pensez que ça va beaucoup me pénaliser? Ça se présente très mal cette histoire , de plus mon plan ne m'inspire pas vraiment confiance!

Et pour ma deuxième question: Pour le commentaire, est-ce qu'on peut formuler une problématique restreignant certaines interprétations de l'œuvre?

Merci d'avance pour vos réponses. Excusez-moi, je n'ai pas vu la deuxième partie de votre message.
Quant au commentaire, je regrette que tu n'aies pas fourni ton parcours de lecture, seul capable de justifier tes axes
Qu'entendez-vous par "parcours de lecture"? Si c'est la problématique, oui je l'ai fourni. Ca devait être: En quoi ce passage descriptif a t-il une portée tragique?
Je sais que plusieurs de mes camarades ont parlé de l'absurde dans leur analyse (nous avons étudié l'Etranger (œuvre intégrale)), mais, personnellement, je ne décèle, dans ce texte, aucune notion d'absurde. Qu'en pensez-vous?
Il m'apparaît que tu as occulté le passage du réalisme scientifique du début au lyrisme pathétique. Ce changement est très significatif chez le témoin scientifique que le médecin Rieux veut être dans sa chronique.
Effectivement, ça aurait pu étoffer ma première partie. Surtout que ce n'était pas très compliqué à comprendre.

Pour la conclusion du commentaire, est-ce que l'ouverture sur le thème de la "révolte" est pertinente?
Bonsoir Ulrich,

Le plan ne devrait pas trop te pénaliser si l'analyse est pertinente et bien argumentée. L'essentiel reste quand même l'exactitude de la réponse.

Pour le commentaire le parcours de lecture est une notion voisine de la problématique (que je préfère réserver à la dissertation).

Comme il est impossible de rendre compte de la totalité d'un texte, il est normal que le parcours de lecture s'intéresse à un des aspects essentiels de l'extrait. En revanche ce texte évoquait bien l'absurde avec la notion finale de défaite, le sentiment tragique de l'existence humaine, la métaphore de la guerre cruelle et implacable, le rappel des souffrances sans justification. Mais l'essentiel reste la révolte de Rieux qui refuse de pactiser avec le Mal, qui refuse d'oublier l'épreuve. C'est par ces refus que Rieux accède à la dignité et à la grandeur pascaliennes d'une humanité plus grande que l'univers qui la broie.
Gouaaah ! C'est le sujet qui est sorti le 17 novembre pour les bacheliers Amérique du sud.

J'ai pris le commentaire. J'ai besoin d'un avis.

Mon plan

I. une description réaliste mais symbolique

1)le cadre spatio-temporel du récit
2) réalité dans la description (réel par le vocabulaire médical [ganglions, sss]
3) personnage de roman : un héros au caractéristique humaine (dans le sens → J'éprouve des sentiments)

(tout ça non pas dans le sens du réalisme-mouvement littéraire mais pour montrer la réalité des faits d'un point de vue psychologique, si vous voyez ce que je veux dire)

II. une narration sur un thème essentiel

1)une thématique "philosophique"
2)la maladie (souffrance douleur) : registre pathétique
3)je ne me rappelle plus, mais je crois que j'ai fait une continuité du deux dans l'argumentation du pathétique (sous toute ses formes, 😉 )

III. vision de l'homme et du monde

1)"dénonciation" de la mort par la faiblesse humaine (de Rieux face à son ami)
2)une métaphore de la vie, révolte du personnage (défaite, champs lexical de la guerre…)

→ mais là j'ai du me dépêcher, alors j'ai un peu compressé le reste (relation avec la montée du nazisme, pouvoir d'expression du roman) dans le deuxième paragraphe qui a fait 20 ligne, je crois.

Ma problématique : Comment l'auteur parvient-il par le roman à aborder une question essentielle concernant la société ?
C'est par ces refus que Rieux accède à la dignité et à la grandeur pascaliennes d'une humanité plus grande que l'univers qui la broie.
Argh ! Je n'ai pas mis ça !

Tout cela est-il cohérent, dites moi, j'ai une grosse impression de hors-sujet ! 😞 =(

Pour la question j'ai fait texte par texte. Par contre, j'ai un doute sur le héros de l'extrait trois : c'est la petite fille ou le père ? (perso, j'ai mis la petite fille, puisque c'était elle "le titre" du roman)

mae.
Bonsoir Mae,

Ce commentaire tient la route.

Je regrette néanmoins cette volonté d'interpréter cet extrait de manière étroite et plaquée à partir d'une symbolique générale du roman. Vouloir faire dire à tout prix à un texte (dans les limites du corpus) ce qu'il ne dit pas forcément est un défaut couramment pratiqué par les élèves de 1re. Cet extrait de la Peste est une leçon d'humanisme désespéré et sa tentative d'échapper à la détresse par la rébellion. Ici, il faut torturer le texte pour y percevoir un engagement contre le nazisme (ou la barbarie). Aussi ta problématique est-elle aussi biaisée : moins qu'une question essentielle pour la société, il s'agissait d'une réflexion existentielle (philosophique) sur la condition humaine.
(Message édité)
Quant à la question, le troisième texte présentait deux "héros" : la petite-fille et son grand-père. Pour avoir lu ce très beau récit de Philippe Claudel, je peux affirmer que le personnage principal reste M. Linh. Ici dans l'extrait, l'essentiel pointait vers le vieil homme. Il fallait souligner l'insignifiance, l'effacement du héros ballotté par des événements qui les dépassent, mais aussi son caractère profondément humain, sa dignité dans le malheur, son attachement viscéral à la vie (instinct de survie, dévouement absolu du grand-père à sa petite-fille, détachement douloureux du passé pour se tourner vers le présent et envisager un avenir contre toute espérance).
Bonjour, je viens de voir que ce sujet de bac est celui que je dois faire.
J'ai choisi de faire le commentaire. Mes 2 axes me sont imposés :

I) En quoi cet extrait de la Peste a une dimension tragique ?
II) Commnt la tentative de rébellion permet d'échapper à la détresse ?

J'ai fait le I) mais je bloque sur le II)

Pourriez vous me donner quelques idées ?!

Merci
Bonjour,

Échapper à l'accablement,
Ne pas accepter la défaite, l'injustice, la souffrance, l'absurdité,
Manifester sa solidarité avec les vaincus,
Le devoir de mémoire,
Comme le disait Pascal : "L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature; mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser : une vapeur, une goutte d eau, suffit pour le tuer. Mais, quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, puisqu'il sait qu'il meurt, et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien." Ainsi, dans sa révolte, Camus fonde-t-il la grandeur de l'homme.
Bonjour tout le monde! 😀

J'ai en léger problème… Je dois répondre à des questions sur un corpus de textes et je bloque.
Voici le sujet:
Il y a 3 textes:
Texte A:

Le spectacle était épouvantable et charmant. Gavroche, fusillé, taquinait la fusillade. Il avait l'air de s'amuser beaucoup. C'était le moineau becquetant les chasseurs. Il répondait à chaque décharge par un couplet. On le visait sans cesse, on le manquait toujours. Les gardes nationaux et les soldats riaient en l'ajustant. Il se couchait, puis se redressait, s'effaçait dans un coin de porte, puis bondissait, disparaissait, reparaissait, se sauvait, revenait, ripostait à la mitraille par des pieds de nez, et cependant pillait les cartouches, vidait les gibernes et remplissait son panier. Les insurgés, haletants d'anxiété, le suivaient des yeux. La barricade tremblait ; lui, il chantait. Ce n'était pas un enfant, ce n'était pas un homme ; C'était un étrange gamin fée. On eût dit le nain invulnérable de la mêlée. Les balles couraient après lui, il était plus leste qu'elles. Il jouait on ne sait quel effrayant jeu de cache-cache avec la mort ; chaque fois que la face camarde du spectre s'approchait, le gamin lui donnait une pichenette.
Une balle pourtant, mieux ajustée ou plus traître que les autres, finit par atteindre l'enfant feu follet. On vit Gavroche chanceler, puis il s'affaissa. Toute la barricade poussa un cri .


Victor Hugo, Les Misérables, 1862.
Texte B:
Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d'une obscurité et d'une épaisseur d'encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betteraves. Devant lui, il ne voyait même pas le sol noir, et il n'avait la sensation de l'immense horizon plat que par les souffles du vent de mars, des rafales larges comme sur une mer, glacées d'avoir balayé des lieues de marais et de terres nues. Aucune ombre d'arbre ne tachait le ciel, le pavé se déroulait avec la rectitude d'une jetée, au milieu de l'embrun aveuglant des ténèbres.
L'homme était parti de Marchiennes vers deux heures. Il marchait d'un pas allongé, grelottant sous le coton aminci de sa veste et de son pantalon de velours. Un petit paquet, noué dans un mouchoir à carreaux, le gênait beaucoup; et il le serrait contre ses flancs, tantôt d'un coude, tantôt de l'autre, pour glisser au fond de ses poches les deux mains à la fois, des mains gourdes que les lanières du vent d'est faisaient saigner. Une seule idée occupait sa tête vide d'ouvrier sans travail et sans gîte, l'espoir que le froid serait moins vif après le lever du jour. Depuis une heure, il avançait ainsi, lorsque sur la gauche à deux kilomètres de Montsou, il aperçut des feux rouges, trois brasiers brûlant au plein air, et comme suspendus. D'abord, il hésita, pris de crainte; puis, il ne put résister au besoin douloureux de se chauffer un instant les mains.
Emile Zola, Germinal, 1885.
Texte C:
Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile : "Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués." Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier.
L’asile de vieillards est à Marengo, à quatre-vingts kilomètres d’ Alger. Je prendrai l’autobus à deux heures et j’arriverai dans l’après-midi. Ainsi, je pourrai veiller et je rentrerai demain soir. J’ai demandé deux jours de congé à mon patron et il ne pouvait pas me les refuser avec une excuse pareille. Mais il n’avait pas l’air content. Je lui ai même dit : "Ce n’est pas de ma faute." Il n’a pas répondu. J’ai pensé alors que je n’aurais pas dû lui dire cela. En somme, je n’avais pas à m’excuser. C’était plutôt à lui de me présenter ses condoléances. Mais il le fera sans doute après-demain, quand il me verra en deuil. Pour le moment, c’est un peu comme si maman n’était pas morte. Après l’enterrement, au contraire, ce sera une affaire classée et tout aura revêtu une allure plus officielle.
J’ai pris l’autobus à deux heures. Il faisait très chaud. J’ai mangé au restaurant, chez Céleste, comme d’habitude.
Albert Camus, L'Etranger, 1942.



Les deux questions où je bloque sont:
- Quelle image du héros de roman chacun de ces trois textes propose-t-il?
- Confrontez les textes de Victor Hugo (A) et d'Albert Camus (C) en montrant qu'ils représentent des visions du monde opposées.

Mes réponses (qui ne me plaise pas):
- Ces textes proposent un héros courageux, en effet Gavroche, l'enfant de la rue, est confronté à la mort et joue avec celle-ci pour récupérer des balles. Dans Germinal on trouve un héros qui brave le froid, en effet à aucun moment on ne le vois fléchir face à la dureté de sa marche. Enfin dans L'Etranger on trouve un héros confronté à la mort de sa mère et ne montre aucune faiblesse comme si ce fait était une banalité.
- Pour cette questions je pensais dire que la vision du monde de Hugo état remplie de sentiments et d'émotions alors que celle de Camus est impersonnelle et sans émotions.



Je trouve que mes réponses ne sont pas assez pertinentes et j'ai peur de mettre trompée dans le raisonnement…
Allors pouvez-vous m'aider s'il vous plait? Car je suis un peu perdue :/


Merci de m'avoir lu et merci d'avance!

😉


M.
il faut également que tu réfléchisses à la nature de ces trois héros. les trois sont en effet des "petites gens" le héros est ici personnage principal c'est monsieur tout le monde, ce qui est un choix narratif assumé par Zola.
Je n'aurais qu'un seul mot à la bouche : Antihéros. 🆒
Ces trois textes présentent des antihéros cependant, ils doivent leurs qualités d'antihéros à différents faits (que tu trouvera sans doute toute seule).
Pour la deuxième question, tu dis
- Pour cette questions je pensais dire que la vision du monde de Hugo état remplie de sentiments et d'émotions alors que celle de Camus est impersonnelle et sans émotions.
C'est pas faux mais explore d'avantage la qualité fantastique, surhumaine, que revêt ab initio Gavroche dans ces déplacements (il semble être un véritable superman enfin jusqu'à ce que la réalité lui retombe sur la tête).
Concernant le texte de Camus, je ne suis pas vraiment d'accord avec toi, moi j'ai envie de pleurer à ces lignes (d'avantage que pour celles d'Hugo). Ce côté impersonnel, insensible qui se dégage du texte réussit à créer un sentiment tout opposé chez le lecteur : l'étranger est un roman absurde !
Sa mère décède et il vit cela comme si de rien n'était, il se laisse lui contrairement à Gavroche dévorer par la réalité comme pour ne pas admettre la vérité en disant
Pour le moment, c’est un peu comme si maman n’était pas morte.
En résumé, Hugo = réalité déformée et Camus = pure réalité.

Un dernier conseil qui servira à tout le monde : lorsque vous faites un commentaire ou que vous répondez à ce genre de question, vous recherchez les figures de style, les procédés narratifs ect… Et souvent vous vous arrêtez là en oubliant de dire à quoi sert tout cela dans le but primaire du texte : Vous dites QUOI mais par POUQUOI !

Bon courage !
Merci 🙂