Bonjour,
Je suis encore confronté à une petite difficulté dans une traduction des
Astronomiques de Manilius… Voici le début de l'extrait que je dois traduire :
illa decus linguae faciet regnumque loquendi
195 atque oculos mentis, qui possint cernere cuncta
quamuis occultis naturae condita causis.
hinc et scriptor erit uelox, cui littera uerbum est
quique notis linguam superet cursimque loquentis
excipiat longas noua per compendia uoces.
Concernant la subordonnée « qui possint cernere cuncta quamvis occultis naturae condita causis », j'ai bien analysé la fonction de la proposition (relative au subjonctif, exprime le but ?!), mais la suite me chagrine un peu 😀. L'analyse me ferait rattacher « cuncta » à « condita », tous deux à l'accusatif neutre pluriel ; « naturae causis » à « occultis ». Mais est-ce cela ? Je ne comprends pas le sens en tout cas, de même que le « quamvis » me gêne énormément…
Dans cette perspective, on aurait un « pour (les) distinguer tous, quelque cachés (
sint = qu'ils soient ?) … », mais comment analyser l'ablatif/datif qui suit ? Un c.c. d'agent ? « Par les causes de la nature dissimulées. » Un c.c. de lieu ? « Dans les causes de la nature dissimulées. » Je ne vois pas le sens, et me trompe sûrement…
Je suis (encore) perdu…
Merci pour toute l'aide que vous pourrez m'apporter !
Cordialement.
Tes premières analyses vont dans la bonne direction direction, il me semble.
Voici comment je traduirais : "qui puissent distinguer toutes les choses fondées par des causes naturelles, si dissimulées soient-elles", ou autrement : "tout ce qui est fondé sur les lois de la nature".
Dans mon analyse, "condita" s'accorde à "cuncta", "occultis causis" est complément d'agent de "condita", "naturae" est complément du nom "causis" et "quamuis" est un adverbe qui fonctionne régulièrement avec l'adjectif "occultis".
J'ai surtout un doute lexical, sur le sens de "condita". Condere ayant aussi le sens de "receler" et "enfermer". Je pense cependant que cette différence sémantique importante ne change rien à l'analyse grammaticale.
Ce serait une mauvaise interprétation dans le choix de traduction, alors ?
Le condita pour "fondé", et non pas pour "caché" ? C'est vrai que c'est beaucoup plus logique 😉.
Je connaissais le condere dans le sens de cacher,
je vais l'ajouter de nouveau dans mes listes, équivalent à fonder…
Merci beaucoup, Lucretius 🙂 !
"Ab urba condita" Zadek, cela ne te dit rien ?
mais je préfère pourtant le sens de cacher ici…
Exact ! Je ne suis pas doué pour associer ce que je sais à ce que je fais …
Je ne suis pas non plus très sûr pour la suite…
200. Ingenio bonus, at teneros pudor impedit annos,
Magnaque naturæ cohibendo munera frenat
Nec fecundus erit (quid mirum in virgine?) partus
C’est pour le « magnaque naturae cohibendo munera frenat » que je bloque. Personnellement, j’ai analyse « pudo » sujet de « frenat », « cohibendo », adjectif verbal complément circonstanciel de moyen (cause/manière), « magnaque munera » complément d’objet direct de « cohibendo » (car il me semble que la transformation du génitif n’est pas obligatoire à l’ablatif/génitif), et « naturae » complément du nom de « munera ». Ce qui me donne : et (la timidité) freine (teneros annos = les tendres années) en retenant/empêchant les grandes fonctions/faveurs de la nature.
Mais l’analyse me semble un peu tirée sur les cheveux, d’autant que je reprends « teneros annos » comme C.O.D, ce qui me semble un peu incongru ! Et puis, la transposition du gérondif (qui aurait donné « magnis cohibendis muneribus ») est-elle si peu fréquente au génitif/ablatif ?
Et puis la petite particule « quid mirum in virgine ? » me gêne un peu… Je l’ai traduit littéralement par « Quoi d’étonnant dans la vierge ? », mais ça me semble étrange.
Merci pour toute l’aide que vous m’apportez !
Bonsoir, Zadek.
Ce texte est manifestement la description du tempérament astrologique d'un natif de la Vierge.
Tu n'as pas oublié de traduire le premier verbe, "impedit" ?
teneros pudor impedit annos = la timidité gêne (entrave, embarrasse) les tendres années. =
Traduction très libre : "C'est lors des premières années (l'âge tendre) que la timidité est source de gêne." La forme emphatique "c'est …que" me semble bien rendre l'antéposition de "teneros" dans le texte original.
Je traduirais l'incise par "Quoi d'étonnant en Vierge ?"
Dans la nomenclature astrologique, la Vierge n'était pas un signe catalogué "fécond" comme l'étaient certains autres.
Bonsoir.
Ah, je n'ai pas proposé ma traduction du début de phrase 😜, seul le morceau qui me gênait ! "Ingenio bonus, at teneros pudor impedit annos" : Bon par la nature (dispositions naturelles), mais la timidité entrave les tendres années et (même sujet : la timidité) freine (même COD : teneros annos = les tendres années) en retenant/empêchant les grandes fonctions/faveurs de la nature". J'ai restitué l'ensemble de la proposition cette fois 😀 !
Excusez le dérangement, et merci bien pour l'aide !
Zadek a écrit :Exact ! Je ne suis pas doué pour associer ce que je sais à ce que je fais …
Je ne suis pas non plus très sûr pour la suite…
200. Ingenio bonus, at teneros pudor impedit annos,
Magnaque naturæ cohibendo munera frenat
Nec fecundus erit (quid mirum in virgine?) partus
C’est pour le « magnaque naturae cohibendo munera frenat » que je bloque. Personnellement, j’ai analyse « pudo » sujet de « frenat », « cohibendo », adjectif verbal complément circonstanciel de moyen (cause/manière), « magnaque munera » complément d’objet direct de « cohibendo » (car il me semble que la transformation du génitif n’est pas obligatoire à l’ablatif/génitif), et « naturae » complément du nom de « munera ». Ce qui me donne : et (la timidité) freine (teneros annos = les tendres années) en retenant/empêchant les grandes fonctions/faveurs de la nature.
Tu veux dire "pudor" comme sujet. Oui.
Cohibendo n'est pas adjectif verbal, pour la bonne raison qu'il n'est pas un adjectif : à quel nom le rattaches-tu? C'est donc ici un simple gérondif, équivalent de l'infinitif à l'ablatif de moyen.
Cette erreur d'analyse ne t'a pas empêché de bien voir la structure.
Enfin, s'il s'agit du signe de la vierge comme dit Jehan, je comprends ainsi le "quid mirum in virgine" : "quoi d'étonnant de la part d'une vierge?".
Oui, c'est vrai… Ou: "Quoi d'étonnant chez la Vierge ?"
Lucretius a écrit :Cohibendo n'est pas adjectif verbal, pour la bonne raison qu'il n'est pas un adjectif : à quel nom le rattaches-tu? C'est donc ici un simple gérondif, équivalent de l'infinitif à l'ablatif de moyen.
Cette erreur d'analyse ne t'a pas empêché de bien voir la structure.
Plus je le rencontre celui,-ci (adjectif verbal) et Dieu sait combien je l'ai travaillé, plus je suis épaté devant la logique de sa construction, comme celle de toute la grammaire latine d'ailleurs… C'est donc un gérondif avec COD, possible qu'à l'ablatif/génitif, c'est bien cela ? Mais si je comprends bien, l'analyse de "legendo historiam disco" (j'apprends en lisant une histoire - à moins que ce ne soit "j'apprends une histoire en lisant ?) diffèrera de celle de "legenda historia disco", quoique la traduction sera la même ? Littéralement, on a d'un côté "j'apprends en lisant une histoire", et de l'autre "j'apprends une histoire devant être lue", que le
Précis traduit de la même manière, par "j'apprends en lisant une histoire"… Fais-je une erreur d'analyse ?
Merci beaucoup pour toute votre aide !
Ton hypothèse ne marche qu'à condition que le verbe conjugué soit transitif…