Bonjour,
En effectuant une étude du genre épistolaire, j'ai été intriguée par l'ambiguïté de Rousseau dans sa préface de la Nouvelle-Héloise.
Rousseau présente tantôt son roman comme une fiction ("j'ai travaillé moi-même à ce livre et je ne m'en cache pas") et tantôt comme des lettres authentiques ("Vous l'avez lu comme un roman. Ce n'en est point un. C'est un recueil de lettres")
Je ne comprends pas bien pourquoi Rousseau crée cette ambiguïté. alors que le roman par lettres est pas censé donner une illusion de vérité.
Est-ce que Rousseau cherche simplement à égarer ses lecteurs pour les faires réfléchir?
Si quelqu'un pouvait m'éclairer ça serait gentil.
Je n'ai pas relu la préface et m'en tiens à ce que vous écrivez.
Quand vous lisez : "Vous l'avez lu comme un roman. Ce n'en est point un. C'est un recueil de lettres", vous vous imaginez des lettres "authentiques", ce que Rousseau n'a pas dit. Dans l'esprit du texte que vous citez, ce qui serait authentique, ce serait un roman, conforme aux lois du roman qui l'authentifient comme tel. Tandis qu'un recueil de lettres n'est qu'un recueil, c'est-à-dire quelque chose de désordonné.
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Je ne comprends pas bien votre explication, pourriez-vous la reformuler?
la préface de la nouvelle héloise ressemble beaucoup à celle des liaisons dangereuses. ou plutôt les liaisons ressemblent à la nouvelle héloise
Rousseau et Laclos font tout deux acte de foi en disant avoir trouvé ses lettres et des le avoir réorganisé pour une meilleure intelligibilité.
on peut dire que la raisons principale est d'éviter la censure mais il s'agit surtout d'une critique du genre du roman
on trouve des indications sur leurs motivations sur ce site :
https://www.lyc-lurcat-perpignan.ac-montpellier.fr/intra/fra/gtx/romem/synthes.htmOui mais c'est justement cela que je ne comprends pas.
Rousseau présente ses lettres comme authentiques pour éviter la censure et parce que le roman est un genre mal considéré.
Mais dans ce cas, pourquoi dit-il aussi dans sa préface que ce recueil de lettres n'est pas authentique et qu'il a participé à leur rédaction.
Vous etes sur la bonne voie quand vous demandez si Rousseau cree, ou laisse, cette ambiguite "pour faire reflechir" ses lecteurs. Si. En ecrivant cette 2e Preface, il fait le geste de nous refuser la certitude sur le statut de son livre. Rousseau refuse, implicitement, le "savoir" que le roman epistolaire est un genre litteraire et qu'on sait alors que ce livre est de la fiction.
On reflechit, alors, que ce que "Rousseau" suggere par la, c'est qu'on ne peut pas determiner, par des moyens intratextuels, par ses qualites aesthetiques, le statut d'un texte. De n'importe quel texte. Rien ne marque cela definitivement. La question est tranchee par un geste qui invoque un savoir, autorite, pouvoir, qui vient d'ailleurs--par exemple l'histoire des manuscrits. Ce qui arrive a la fin de la Preface, c'est que R. dit a N.: Eh bien non, je ne renonce pas a publier ce texte ni ne suis d'accord de vous en donner le credit--qu'il revient a moi: c'est moi qui aura produit un best-seller! Il n'est plus question de savoir, il est question de pouvoir.
Les Confessions insistent beaucoup sur l'idee que ce qu'il offre la est authentique, "vrai" dans le sens que cela vient vraiment de lui, meme s'il n'est pas vrai en tant que reportage des faits. C'est destabilisant aussi, car on voit par la qu'il faut justement croire en l'auteur; et qu'a la rigeur, c'est une "fonction d'auteur" cree (ou non) par l'acte de lire quelquechose comme DE quelqu'un.
Une réponse près de cinq ans après…J'espère que Coffee a dépassé ses difficultés. 😀