Littérature underground française
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Lysdanslavallee a écrit :C'était juste marrant de voir que haineux et sulfureux me fait spontanément et confusément penser à Alain Soral, je n'en suis pas fière 😜
Ah non, tu peux en être fière, ça le caractérise vraiment ! Et lui, a l'air d'en être fier !
Jérémy a écrit :Si je puis me permettre, il me semble que tu confondes spontanéité (= de sa propre volonté), sincérité (=pureté), avec honnêteté.
Oui, j'ai confondu.
Jérémy a écrit :C'est d'ailleurs révélateur, si tu me le permets, de voir que, d'après ce que je lis, spontanéité = vérité ou sincérité = beauté.
Encore une fois raccourcis faciles. Dans ce cas là quand je dis que Nabe est haineux il n'est pas spontané ? Selon ton raisonnement, j'aurais dis "beau" = spontané et "haineux" = pas spontané.
Je te remercie pour cet exercice où tu excelle, dans les raccourcis. C'est dingue comme tu résume rapidement les idées, et dresse des parallèles fous. Le "dialogue" pourrait donc continuer éternellement, puisqu'à chaque réplique de ta part je dois me justifier par "je n'ai pas dit cela, mais…"
Cette remarque s'applique à tes paragraphes suivants, ce qui m'évitera cette fois (car j'ai pas envie de redire que je n'ai pas dit les résumés que tu me prêtes) de me répéter.
Jérémy a écrit :Les nourritures terrestres a été le livre qui a été une fulgurance pour Genet, tu peux me croire, parole d'honnête homme !
On peut être marqué par un bouquin, oui. Mais, où vois-tu l'influence ?
Tu deviens agressif et à ce jeu là je ne suis pas bon. Tu es pitoyablement ironique et seuls les écrivains que je n'aime pas y excellent (Voltaire). Et à ce jeu là je suis sûr de perdre, les débats rhétoriques ne sont pas mon fort, et comme je te l'ai dit ce n'est pas une guerre. Ca te donnera l'occasion d'un ultime résumé, comme quoi peut-être tu as raison car tu parles en dernier. Si ça peut te faire plaisir.
Je m'en fous de faire un combat, je pensais que ce serait honnête, le début me le laissait penser.
Jérémy a écrit :Mais ce que je veux dire qu'un écrivain n'est pas qu'un romancier. Un écrivain écrit aussi des traités, des essais, Balzac écrivait bien une théorie de la démarche, etc… Cela n'enlève rien au talent d'un écrivain qui, rappelons-le, n'a de sens qu'avec son style.
Ce n'est pas exactement une théorie de sa démarche (mais je l'ai lu comme ça, on comprend mieux la Comédie humaine après). Un écrivain n'est pas qu'un romancier, encore une fois tu fais comme si j'avais dit le contraire (voir ce que j'ai dit sur Baudelaire et Genet, avant Apollinaire). Mais bon j'arrête là c'est stérile. Comprends-ça comme tu veux (et oui vas-y, dis-ce que je pense).
Jérémy a écrit :25p a écrit :Est-ce parce qu'on retouche un texte qu'on n'est pas spontané ? Dans ce cas aucun texte n'est spontané (édition, relectures, épreuves), enfin là je conviens que j'exagère.
Mais tu n'exagères pas, non. 🙂
Oui, c'est ce que je dis.
Houla.
Je règle quelques malentendus, j'y tiens 🙂
Tout d'abord, je n'ai aucune animosité contre toi 😉
Lorsque je parle du "romancier" et de son statut, je dois t'assurer que je ne m'adressais pas directement à toi.
En revanche, pour la spontanéité, etc… Je ne faisais part que de mon impression qui ne demandait que précisions de ta part, c'est tout. 🙂
Ce n'est pas des jugements de valeur, j'essaie de te comprendre, je suis dans cet horizon-là ; et si je me suis trompé sur mon constat, soit, je l'admets.
Je ne prétends pas exceller dans la rhétorique, cela n'est pas ce qui nous intéresse ici.
Plus précisément, quand tu parles de Nabe : Dans ce cas là quand je dis que Nabe est haineux il n'est pas spontané ? Selon ton raisonnement, j'aurais dis "beau" = spontané et "haineux" = pas spontané.
Si je suivais ma déduction effectivement, cela aurait revenu à dire que Nabe, selon toi, aurait une spontanéité que tu ne trouves pas belle parce qu'elle ne serait pas vraie 😀
Je pose la question indirectement, comprends-tu ? Je demande des précisions, rien de moins.
Je t'ai donné mon avis, voilà 🙂 bien à toi,
HST a écrit :Les qualités que je cherche chez un auteur sont entre autre une écriture réaliste, si possible même autobiographique, un mépris total du politiquement correct, un brin d’excentricité, une recherche de vocabulaire et un bon sens de la formule.
Alors lis Georges Hyvernaud,
La Peau et les Os (Ed Le Dilettante)
On se réveille : ça y est. Le besoin est là qui vous gratouille les boyaux. On se dit que ça passera. On simule le sommeil ; mais ça ne prend pas. Alors on se met à écouter la nuit. Mais ça ne fait pas oublier ce trifouillement de plus en plus précis au fond des boyaux. Le vent court autour des baraques et secoue durement les barbelés. Sur le chemin de ronde sonne le pas machinal des sentinelles. Mes compagnons ne sont plus qu'une bête anonyme et informe qui se retourne, se plaint et peine - occupée de quelles tâches, de quels combats ? Pauvre nuit des hommes.
1. Soral n'est pas vraiment un écrivain, mais un essayiste.
Le style ne l'intéresse pas tant que la politique. Pas de personnages, pas de psychologie, juste un certain regard déterministe sur le "fait social".
Nabe a des prétentions littéraires affichées dans ses entretiens, mais je n'ai pas lu ses romans.
2. Gide n'est pas un écrivain "underground".
3. Je désaprouve l'avis d'un internaute sur Céline et le Voyage au bout de la nuit comme seule oeuvre d'intérêt.
Sa correspondance est un choc. J'en conseille la lecture ainsi que celle d'autres de ses livres.
D'un château l'autre, par exemple, nous dresse, avec brio, un portrait jubilatoire de cette bande de freaks collabos qui choisissent l'exil.
4. Les vrais écrivains "politiquement incorrect" ne sont pas forcément les hurleurs qui jappent contre la censure. Ceci est un pose. La transgression est souvent plus contagieuse lorsqu'ellle émane de certaines oeuvres a priori classiques.
Durtal ! Je te salue honorable huysmansien ! 😜
Durtal a écrit :3. Je désaprouve l'avis d'un internaute sur Céline et le Voyage au bout de la nuit comme seule oeuvre d'intérêt.
Sa correspondance est un choc. J'en conseille la lecture ainsi que celle d'autres de ses livres.
Une correspondance n'est pas une œuvre. Elle peut être passionnante bien sûr. Et celle de Céline doit l'être je n'en doute pas. Sais-tu quel éditeur l'a reprise ?
Quant à ses autres romans, je ne sous-entendais que ceux que j'avais lus (raccourcis internet de la formulation oblige). Mais, tu as certainement raison que je fais erreur de balayer le reste si bêtement.
A discuter. Beaucoup d'oeuvres littéraires utilisent la forme de la correspondance (même si fictionnelle, cf. Stoker, Laclos etc).
Surtout, certaines correspondances réelles d'écrivains demeurent de petits bijoux en ce qu'elles ont valeur de journal et qu'ils portent un regard littéraire sur le monde (cf. Rilke, Dostoievski etc).
Ce n'est pas automatique bien sûr, mais le brouillon d'un artiste ne doit pas être négligé sous prétexte qu'il n' ya pas de travail de réécriture.
Après tout de grands classiques, comme les romans de Kafka, ne sont pas même considérés comme finis par leurs auteurs.
Personnellement, j'ai connu Céline par sa correspondance (publiée de manière thématique chez Gallimard ou L'Age d'homme) et l'on découvre un animal véritablement affranchi. Je conseille la lecture de ses écrits de prison, sa correspondance à Gallimard ou celle à son ami Albert Paraz.
Durtal a écrit :A discuter. Beaucoup d'oeuvres littéraires utilisent la forme de la correspondance (même si fictionnelle, cf. Stoker, Laclos etc).
Pas besoin de discuter, il y a deux appelations : correspondance et roman épistolaire. L'un concerne un document historique ou biographique ou autre, l'autre une fiction.
Durtal a écrit :Surtout, certaines correspondances réelles d'écrivains demeurent de petits bijoux
Je ne dis pas le contraire.
Durtal a écrit :mais le brouillon d'un artiste ne doit pas être négligé sous prétexte qu'il n' ya pas de travail de réécriture.
ce n'est pas ce que j'ai dit : je dis que ce n'est pas une œuvre dans le sens où il ne l'a pas écrit dans l'optique de la publier (tu me trouveras des exceptions car il y en a, mais en espérant que tu comprennes ce que je veux dire…)
Durtal a écrit :de grands classiques, comme les romans de Kafka, ne sont pas même considérés comme finis par leurs auteurs.
Mais c'est encore un autre problème ! ça n'a rien à voir…
Durtal a écrit :Personnellement, j'ai connu Céline par sa correspondance (publiée de manière thématique chez Gallimard ou L'Age d'homme) et l'on découvre un animal véritablement affranchi. Je conseille la lecture de ses écrits de prison, sa correspondance à Gallimard ou celle à son ami Albert Paraz.
Merci beaucoup pour avoir parlé de la correspondance de Céline. Je vois qu'elle n'a été publié que partiellement (ça doit être un énorme travail…), mais je vois aussi qu'il est question, collection La Pléiade, de publier ses LETTRES(1907-1961), pour mieux suivre cette publication, voici l'isbn : 9782072026034
les correspondances flaubertiennes sont aussi succulentes 😜
Oui, et là encore, tu l'as sans doute lu dans La Pléiade ! J'hésite à me l'acheter un jour…
Durtal a écrit :2. Gide n'est pas un écrivain "underground".
Je n'ai jamais dit ça, j'ai juste dit en quoi il pouvait correspondre aux critères de HST.
Toutes proportions gardées, ça me rappelle une chanson d'IAM,
Underground : ce n'est pas parce qu'on revendique d'être underground qu'on l'est, et surtout vice versa. Le terme indique une réalité anglo-saxonne et partant, il est difficile d'en trouver un équivalent dans les lettres françaises.
(Attention, je n'ai pas dit qu'il y avait un rapport entre Gide et IAM 😜)
Pour rester dans le mot "underground", Gide est une littérature de la "ground", tout simplement 😜
Deux éditeurs pour l'underground français contemporain: Le Diable Vauvert et Hermaphrodite avec Costes par exemple pour ce dernier.
HST a écrit :Pour en revenir à ma question initiale…vous me conseillerez quoi en dehors de Genet (que j'avais envisagé et qui je pense, fera parti de mes prochains achats)?
Pierre Guyotat. C'est un grand… dont je n'ai vu aucune mention sur ce site.
Catherine75 a écrit :Pierre Guyotat. C'est un grand… dont je n'ai vu aucune mention sur ce site.
🙂 sur ce même sujet justement, tu pouvais lire en page 2 "Dans le cas plus spécifique underground actuel, je te dirais
Guyotat et Prigent"
25p a écrit :Catherine75 a écrit :Pierre Guyotat. C'est un grand… dont je n'ai vu aucune mention sur ce site.
🙂 sur ce même sujet justement, tu pouvais lire en page 2 "Dans le cas plus spécifique underground actuel, je te dirais Guyotat et Prigent"
Désolée, j'ai lu trop vite ! Du coup, ça me donne envie de lire Prigent que je ne connais pas.
Je te conseille ses essais, sympathiques à lire, comme Salut les Anciens, Salut les modernes (9782867447921 POL, son éditeur régulier) ou surtout Ceux qui merdRent (Pol, puis Flammarion, mais actuellement en rupture chez le premier, et plus vendu par le deuxième. Pol envisage une réédition. Consulte-le en bibliothèque !).
Sinon, il a des textes emblématiques comme Grand mère quéquette ou Une phrase pour ma mère (ce dernier n'ayant pas de ponctuation).
Lu Le vingt-septième livre de Nabe.
C'est ma première lecture de cet auteur.
Très drôle et inspiré. Il souffre autant qu'il s'amuse.
Je n'en dit pas plus mais c'est pas mal du tout.
Sur le vingt-septième livre (qui est, si je ne me trompe pas, je ne l'ai pas lu et ne l'ai pas à disposition, la réédition de la préface de son premier livre), il y a quelques tics de Nabe à l'oeuvre, dont la parano, tout comme Le Monde des Livres de Jos[bip] Sav[bip] jouait sur la théorie du complot. Il s'agit de dire, dans un extrait prélevé sur internet :
"Je suis un loser, ce qu’on appelle un écrivain à insuccès, un worst-seller… J’ai écrit vingt-six livres totalement inutiles : personne ne les a lus, ou si peu. Flops sur flops. On ne me connaît que par ouï-dire. Je marche par le bouche-à-oreille ; mais souvent la bouche est cousue et l’oreille bouchée… La plupart des libraires m’enfouissent comme si j’étais un déchet nucléaire !".
Le livre, comme les précédents, connaît une très nombreuse presse, en ont parlé :
- Le Figaro Magazine
- L'express
- Le Magazine des livres
- Nice matin
- … (et ce pour ne pas parler des médias télévisuels)
On connaît pire comme isolement… Il y a beaucoup d'écrivains qui aimeraient être autant boudés que Marc-Édouard Nabe…
Cette paranoïa de l'exclusion (Nabe, on le trouve assez bien en librairie, en comparaison aux autres best-sellers ; et il semble ignorer, ou plutôt il feint d'ignorer, je l'espère pour lui, comment marche le roulement des livres en librairie), on la retrouve sur son site cire-pompe, par exemple dans la partie sur les plagiaires, particulièrement grotesque (https://www.alainzannini.com/index.php?option=com_content&view=category&layout=blog&id=65&Itemid=86).
La présentation qu'il fait de lui d'écrivain maudit, particulièrement fausse, est très pénible et malheureusement parasite la qualité et l'intérêt de certains de ses textes.
C'est encore plus énervant lorsque, dans une page complète, il (ou le rédacteur du site) parle à l'injustice de ceux qui ne parlent pas de Nabe ! Ces journalistes qui, parlant de Jazz, n'évoquent pas Nabe ! Ou ces deux professeurs qui écrivant une histoire de la littérature, n'en parlent pas non plus ! Oh les criminels ! A quand la journée, ou plutôt les journées Nabe ? Paranoïa (même si de la part des proches défenseurs) ? (source : https://www.alainzannini.com/index.php?option=com_content&view=category&layout=blog&id=112&Itemid=100%29.
Ici en tout cas, on parle de Nabe ! Malheureusement…
Voici, mes chers amis, un extrait de Mensonge romantique et vérité romanesque de Girard qui résume parfaitement l'ambiguïté dans la réception de ce célinien, anarchiste par pose comme Baudelaire l'était pour le romantisme :
"L'écrivain se fait toujours imprimer mais, pour cacher ce crime, il fait tout pour empêcher qu'on le lise. Il a longtemps prétendu qu'il ne se parlait qu'à lui seul, il prétend de nos jours qu'il parle pour ne rien dire (…) Il fait tout, dira-t-on, pour se faire détester. (…) Il lui faut d'abord se convaincre qu'il ne cherche pas à nous flatter.
Il nous fera donc une cour négative à la façon des passionnés dostoïevskiens."