Quelles sont les fonctions d’un écrivain ?

Littérature

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J'avais fait une dissertation là-dessus, l'année dernière. Il ne serait pas forcément utile de la recopier mais j'avais dit qu'écrire, c'était raconter, rêver, imaginer, puis témoigner et dénoncer. On peut dire qu'un écrivain est une personne qui écrit pour livrer des émotions, une part de lui, pour marquer un siècle, pour avoir l'impression d'avoir accompli quelque chose. Un écrivain est quelqu'un qui ose parler de lui à travers ce qu'il écrit.
La fonction principale d'un écrivain est de trouver des lignes de fuite, de s'y engouffrer et de nous éclairer sur l'aventure passée, présente et à venir de l'humanité.
sergentgarcia a écrit :La fonction principale d'un écrivain est de trouver des lignes de fuite, de s'y engouffrer et de nous éclairer sur l'aventure passée, présente et à venir de l'humanité.
Ce n'est pas vraiment ce que j'appellerais une "fonction". C'est surtout là un exercice de louange générale, trop générale pour être pertinente.
Je persiste et signe : la fonction d'un écrivain est celle d'un éclaireur (comme dans les westerns) ou bien d'un chercheur si l'on préfère. Autrement dit, c'est d'aller voir, au péril de sa raison parfois. Il n'y a là ni compétition ni préméditation ni même exercice de louange?, il y a l'inconnu, l'effort, la jubilation aussi (tous ceux qui ont essayé d'écrire au moins une fois peuvent l'attester). Chercher toujours, trouver peut-être. Non, écrire n'est pas un exercice de complaisance mais enfantement, cri douloureux, libérateur, créateur.

"Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous."
Franz Kafka - Lettre à Oskar Pollak
Je précise ce que j'entends par exercice de louange, puisque tu mets trois points d'interrogation. C'est l'exercice auquel tu te livres, et qui consiste à attribuer à la littérature en général des vertus mirobolantes et fantastiques. Tu y joins ici un ton un peu épique, en montrant combien c'est périlleux etc. Tout cela véhicule plus un fantasme de la Littérature, qu'une réflexion sur la "fonction" de la littérature. Pour ma part je reste assez dubitatif sur la possibilité même de lui en trouver une qui soit universellement valable. Par exemple les textes d'Homère avaient dans la Grèce antique une fonction éducative à un niveau qu'aucun texte n'a aujourd'hui. Il était appris par coeur, et était une référence, quelque chose qui formait. Homère ensuite a été aussi considéré comme un précurseur imparfait de la sagesse de l'évangile. Aussi pour certains des premiers chrétiens, l'odyssée avait une fonction annonciatrice. Homère avait il songé aux usages multiples qu'on ferait de ses textes? Peut on parler d'une fonction qu'on puisse attribuer à l'odyssée? En discourant sur le grandeur de la création littéraire, tu te places du point de vue de l'artiste de génie, mais la littérature n'est pas faite que de cela. Et surtout la question de la fonction suppose qu'on s'interroge plus sur le rapport entre l'oeuvre et la société, qu'entre l'oeuvre et l'artiste.
J'ai un peu réfléchi à vos propos et je vais tenter d'y répondre le plus clairement possible (j'avoue ne pas être un champion en la matière et dévier facilement du sujet) :

Je crois que la littérature est un témoignage, historique, idéologique, politique, existentiel, etc.

Ce peut être effectivement une entreprise périlleuse autant que glorieuse, une transcendance qui tient peut-être du fantasme, mais certainement pas un gagne-pain. Plus, on écrit d'abord pour soi.

Je me place du point de vue de l'écrivain (j'aurais voulu être écrivain) car enfin il est cette singularité qui, comme nous tous, se nourrit de son temps mais va plus loin, ne se contente pas d'un patrimoine disons socio-culturel-donné, trace des lignes de fuite, pousse l'horizon, tend vers le progrès. A mon avis, cela se fait souvent de manière inconsciente.

Je ne sais pas si Homère était conscient de l'impact de son oeuvre, je ne le pense pas mais je crois que les premiers chrétiens avaient intérêt à commenter l'Odyssée pour qu'elle s'adapte à leurs convenances religieuses, politiques, sociales. On a vu et on voit encore de nos jours de telles récupérations.

C'est donc la société (une infime mais très influente partie de celle-ci) qui attribue des louanges ou des excommunications aux oeuvres selon les intérêts de telle autorité à tel moment (la foule est potentiellement dangereuse mais heureusement naïve).

En conclusion, je dirais que la fonction de l'oeuvre au sens où vous l'entendez est d'ouvrir au progrès social, cela peut demander du temps, la société n'étant pas toujours prête, mais cela finit toujours par arriver (c'est en cela que l'écrivain éclaire - cf. Les Lumières).

Pour ma part, je reste demandeur du Beau, fonction suprême.