CocoRissa a écrit :Le master recherche est sacralisé mais le problème c'est qu'en même temps il devient élitiste.Ce n'est pas un problème. La recherche est intrinsèquement élitiste… Ce qui implique d'avoir des connaissances solides à la base (d'où le requisit tacite de l'agrégation - franco-français, et de moins en moins inébranlable… il y a une vie pour la recherche en dehors de ce concours, il n'est pas mauvais de le rappeler parfois).
Par exemple, Arthur, je pense que tu peux te permettre sans aucun risque de te lancer dans la recherche tout de suite, tu es normalien. Tu as peu de chance (je pense) de ne jamais avoir l'agrégation, et tu es aussi subventionné pour faire de la recherche.Oui. Plus qu'une possibilité, la formation par la recherche est à peu près la seule obligation statutaire des élèves et des étudiants de l'ENS. Elle s'impose même pour ceux qui ne souhaitent pas vraiment ou pas du tout poursuivre dans la recherche (et ils sont de plus en plus nombreux dans tous les départements). Ce n'est pas sans raison.
(et sinon, croire que l'agrégation est une formalité pour les normaliens est de plus en plus une illusion, notamment en philosophie par exemple, mais pas seulement : master enseignement ou pas, il faut avoir le courage de dire que les débouchés sont très réduits pour tout le monde, et que ce n'est pas quelques heures de cours en plus ou en moins qui vont y changer quelque chose).
(et puisqu'on parle de cette école, je tiens à rappeler qu'elle a toujours défendu, par la voix de sa dirêkhtrice, le passage du concours entre M1 et M2, face à des lobbys puissants comme la Société des agrégés de l'Université).
Pour des étudiants plus modestes, ce n'est pas aussi facile. Notre choix ne peux pas être aussi arrêté, on aimerait bien (en tout cas moi) foncer tête baissée vers la recherche sans être sûr de ce qui se passera ensuite, mais c'est pas évident.Le dilemme est nouveau. Le master recherche a toujours conduit à l'agrégation jusque là.
D'où le dilemme.
Bref… il me semble que vouloir "ne pas faire de choix", et garder "un peu de recherche" et un socle de cours, cela revient à renoncer plus ou moins ouvertement à l'activité recherche, qui exige elle de vrais choix.
Lili : oui en effet 🙂 Le problème c'est que pour la recherche il faut l'agrégation, et ça me semble difficile d'arriver à tout faire bien (recherche+préparation au concours) en peu de temps…Si vous allez à l'agrégation par la voie du master enseignement, dans le meilleur des cas vous y parviendrez, mais probablement sans l'expérience et les connaissances qui vous auraient permis de poursuivre en thèse. Ce qui signifie que votre parcours universitaire risque de s'arrêter là. :/ Ce n'est pas dramatique pour vous, l'agrégation donnant déjà une belle position ; mais si cela concerne un grand nombre d'agrégés, ça le sera pour la recherche française.
Et à terme, je vois venir l'effet pervers : désaffection du master recherche pour passer l'agrégation - prélude à la recherche ; désaffection générale de la recherche (sauf rares bulles : une moitié des normaliens, et quelques autres établissements qui résistent au master enseignement) ; ensuite, suppression justifiée de l'agrégation (si plus personne ne fait de la recherche, ça n'a plus aucun sens). C'est cette logique-là, de division des voies vers le concours, qui pourrait se révéler vraiment "élitiste" au mauvais sens du mot : l'agrégation deviendrait de plus en plus pour les uns un terminus ad quem, pour les autres un terminus a quo.
Mais bon je doute trop, je penchais pour la recherche, j'attends surtout les conseils et les avis réels des profs…Plus pratiquement, je pense que les professeurs auront un peu de mal à se convertir à leur nouveau rôle (plus proche de professeurs de CPGE), et que le master enseignement tel qu'on aimerait l'imaginer risque de mettre plusieurs années à se rôder (il n'a échappé à personne qu'il naît dans l'urgence). Le risque est de ne pas faire de vraie recherche sans pour autant assister à des cours de qualité.
(dans ma fac, ils nous ont dit que pour nous par rapport au concours, le master enseignement nous serait utile par rapport au rythme d'entraînement avec des disserts, des commentaires… même si eux préféraient qu'on choisisse le master recherche)
lili77 a écrit :Pas d'accord. J'ai voulu comme beaucoup que cette réforme ne se mette pas en place. Elle est passée, soit. Maintenant, je ne souhaite pas me diriger vers la recherche, mais bien enseigner.C'est une bien curieuse logique que de sauter à pieds joints dans ce qu'on a combattu.
Et je ne vois pas en quoi suivre un cursus qui me prépare aux concours d'enseignement correspondrait à une démission de toute ambition intellectuelle.Assez simplement : aujourd'hui, les masters comportent une partie recherche (mémoire), encore souvent honnête (même si, certes, des directeurs laxistes donnent des sujets qui ne sont pas des sujets de recherche, qui n'exigent aucun ou très peu de travail).
Le reste des crédits est obtenu par la participation à des cours ou séminaires de recherche. Dans le meilleur des cas, la validation se fait par "mini-mémoires" en relation plus ou moins étroite au cours (c'est ce qui se fait systématiquement à l'EPHE, où le concept de partiel est totalement inexistant, et dans quelques séminaires de Paris IV, je crois). Ces travaux permettent de préparer un M2 potentiel, un changement d'orientation des recherches, etc.
Sinon, comme en licence, ce sont des partiels : pour prendre l'exemple de ce que je connais (les lettres classiques), les versions sont souvent aussi voire plus faciles qu'en licence, et les professeurs garantissent ouvertement des notes entre 12 et 20 à leurs élèves. L'objectif est clair : faire passer ces élèves en année supérieure, en tout cas ne pas aller contre le résultat du mémoire proprement dit. D'où des élèves qui obtiennent un master mention B ou TB avec une ignorance (ou un oubli) général des matières plus techniques qui font aussi un succès à l'agrégation (et un bon chercheur, qui a de bons outils). Bref, la partie "enseignement" est bradée, la partie "recherche" dépendant largement du sujet et de l'investissement de l'élève dans son mémoire.
Supprimez le mémoire… et vous avez le master enseignement. Qui n'aura de valeur que sur le papier, en tant que sésame pour le concours. Le master recherche a encore au moins une partie de sa fin en lui-même.
Cocorissa a écrit :Et je pense même pour le cas des enseignants-chercheurs (qui sont enseignants aussi, rappelons-le)Les enseignants-chercheurs du supérieur sont formés à la didactique au sein des CIES de chaque académie, pendant leur monitorat de troisième cycle.