Rousseau, Julie ou la Nouvelle Héloïse, I, lettre XIV

Entraide scolaire

5 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour !

J'ai un commentaire de texte à faire sur la lettre XIV de la première partie de la Nouvelle-Héloise de Rousseau… Le texte :
Lettre XIV à Julie
Qu’as-tu fait, ah ! qu’as-tu fait, ma Julie ? tu voulais me récompenser, et tu m’as perdu. Je suis ivre, ou plutôt insensé. Mes sens sont altérés, toutes mes facultés sont troublées par ce baiser mortel. Tu voulais soulager mes maux ! Cruelle ! tu les aigris. C’est du poison que j’ai cueilli sur tes lèvres ; il fermente, il embrase mon sang, il me tue, et ta pitié me fait mourir.
Ô souvenir immortel de cet instant d’illusion, de délire et d’enchantement, jamais, jamais tu ne t’effaceras de mon âme ; et tant que les charmes de Julie y seront gravés, tant que ce cœur agité me fournira des sentiments et des soupirs, tu feras le supplice et le bonheur de ma vie !
Hélas ! je jouissais d’une apparente tranquillité ; soumis à tes volontés suprêmes, je ne murmurais plus d’un sort auquel tu daignais présider. J’avais dompté les fougueuses saillies d’une imagination téméraire ; j’avais couvert mes regards d’un voile, et mis une entrave à mon cœur ; mes désirs n’osaient plus s’échapper qu’à demi ; j’étais aussi content que je pouvais l’être. Je reçois ton billet, je vole chez ta cousine ; nous nous rendons à Clarens, je t’aperçois, et mon sein palpite ; le doux son de ta voix y porte une agitation nouvelle ; je t’aborde comme transporté, et j’avais grand besoin de la diversion de ta cousine pour cacher mon trouble à ta mère. On parcourt le jardin, l’on dîne tranquillement, tu me rends en secret ta lettre que je n’ose lire devant ce redoutable témoin ; le soleil commence à baisser, nous fuyons tous trois dans le bois : le reste de ses rayons, et ma paisible simplicité n’imaginait pas même un état plus doux que le mien.
En approchant du bosquet, j’aperçus, non sans une émotion secrète, vos signes d’intelligence, vos sourires mutuels, et le coloris de tes joues prendre un nouvel éclat. En y entrant, je vis avec surprise ta cousine s’approcher de moi, et, d’un air plaisamment suppliant, me demander un baiser. Sans rien comprendre à ce mystère, j’embrassai cette charmante amie ; et, tout aimable, toute piquante qu’elle est, je ne connus jamais mieux que les sensations ne sont rien que ce que le cœur les fait être. Mais que devins-je un moment après quand je sentis… la main me tremble… un doux frémissement… ta bouche de roses… la bouche de Julie… se poser, se presser sur la mienne, et mon corps serré dans tes bras ! Non, le feu du ciel n’est pas plus vif ni plus prompt que celui qui vint à l’instant m’embraser. Toutes les parties de moi-même se rassemblèrent sous ce toucher délicieux. Le feu s’exhalait avec nos soupirs de nos lèvres brûlantes, et mon cœur se mourait sous le poids de la volupté, quand tout à coup je te vis pâlir, fermer tes beaux yeux, t’appuyer sur ta cousine, et tomber en défaillance. Ainsi la frayeur éteignit le plaisir, et mon bonheur ne fut qu’un éclair.
A peine sais-je ce qui m’est arrivé depuis ce fatal moment. L’impression profonde que j’ai reçue ne peut plus s’effacer. Une faveur ?… c’est un tourment horrible… Non, garde tes baisers, je ne les saurais supporter… ils sont trop âcres, trop pénétrants ; ils percent, ils brûlent jusqu’à la moelle… ils me rendraient furieux. Un seul, un seul m’a jeté dans un égarement dont je ne puis plus revenir. Je ne suis plus le même, et ne te vois plus la même. Je ne te vois plus comme autrefois réprimante et sévère ; mais je te sens et te touche sans cesse unie à mon sein comme tu fus un instant. O Julie ! quelque sort que m’annonce un transport dont je ne suis plus maître, quelque traitement que ta rigueur me destine, je ne puis plus vivre dans l’état où je suis, et je sens qu’il faut enfin que j’expire à tes pieds… ou dans tes bras.

Je pensais faire comme plan

1) Le culte de Julie par Saint-Preux

2) De l'idolâtrie aux renoncements de l'amour

Mais je ne sais pas s'il est très approprié et je ne pense pas qu'il me permettera de faire un développement équitable…

Merci d'avance pour vos réponses…
Voilà qqes idées, suite à ton MP, et en toute modestie car je connais assez mal cette oeuvre de Rousseau :

- le culte de Julie, oui, si celui-ci désigne l'état antérieur de Saint-Preux, avant la "faveur" que celle-ci lui accorde : allusions dans le §1, 1e moitié du §3; une allusion encore dans le §4… Essaie cependant d'analyser qqch de plus précis : comment le récit de Saint-Preux précipite cette contemplation passée dans un passé inaccessible
- euh… je ne comprends pas "les renoncements de l'amour" Par contre tu as raison de te pencher sur une évolution de Saint-Preux; sois plus explicite : il passe de l'espérance, de l'amour transi ("culte" pour le désincarné hérité de l'amour courtois)) au désir pur et simple. A nouveau, observe la stratégie narrative qui prépare ce basculement; sois attentive à l'irruption du vocabulaire sensualiste, à la modification des structures phrastiques ( 😜), aux figures de style.
- enfin, pose-toi la question de l'énonciation, de la portée d'un tel texte :
1) pour Saint-Preux : pourquoi cette lettre à Julie ? Pourquoi lui fait-il ce récit, sachant ce qui s'est passé ? (le faux reproche, ce qu'il voudrait à présent → les derniers mots…) = stratégie argumentative
2) pour Rousseau : qu'offre-t-il à ses lecteurs et… ses lectrices ? Image de l'amant/de l'aimée ? (le lyrisme pré-romantique,…)

Voilà ! Bon courage.
Merci beaucoup pour tes réponses, elles vont beaucoup m'aider…
Cependent, je ne vois pas, de façon claire, ce qu'offre Rousseau aux lecteurs…
Est ce que quelqu'un pourrait il "m'éclarer" s'il vous plaît?
Merci encore pour tout!
Bonjour lilhelmina

Je voulais dire que JJR met en scène sa propre expérience amoureuse -- La Nouvelle Héloïse oscille entre le roman autobiographie et l'autofiction -- il offre à ses lecteurs le spectacle d'une sensibilité nouvelle, qui fera date et beaucoup d'émules. Il faut donc mentionner/analyser :
- le fait que ce texte soit une lettre => 1ère personne très présente / dialogue avec un Tu aimé très présent également => aspect autobiographique, donc réel => identification du lecteur facilitée
- le lyrisme pré-romantique, typique de JJR, qui offre aux lecteurs un nouveau modèle de langage amoureux
Bonjour j'ai un commentaire à faire sur ce texte mais en étudiant l'expression de la douleur dans la lettre tout en démontrant que la qualité de la lettre tient tout autant aux sentiments exprimés qu'au style de son auteur. Si vous pouviez m'aider… Merci d'avance. 😀