Bonjour,
Je suis en Tle, et j'ai une question concernant une contraction particulière.
A l'infinitif présent :
La contraction "doulo-ein" donne normalement "douloin" car o+ei=oi.
Or, on trouve l'infinitif suivant : "douloun" sur les manuels.
J'ai aussi remarqué que ceci s'appliquait à toutes les contractions des verbes qui devraient se terminer en "oin" mais se terminent en "oun".
Mon professeur ne voit pas trop à quelle règle obéit cette contraction, étant donné que dans le tableau des contraction, on a bien "o+ei=oi".
Cordialement, merci d'avance
Ouh la, c'est loin tout ca… mais je me demande si le "ein" n'est pas lui-meme le resultat d'une contraction "e-en"… dans ce cas, l'infinitif ne serait pas "doulo-ein" mais "doulo-en", qui donne logiquement "douloun"
A verifier… y a-t-il un iota souscrit a l'infitif de timao? ("timan")
Oui, la contraction
tima-ein donne a+ ei=a avec le iota souscrit, d'où timan avec le iota souscrit
Attention, ? n'a pas d'iota souscrit!
L'infinitif était anciennement en -en avec e long. Dans les verbes en ? (type?ou ?), le e long s'est fermé en ? (c'est une évolution classique). Dans les verbes contractes, il s'est… contracté (!) avec la voyelle finale du radical, donnant des infinitifs contractes sans iota souscrit: ? pour ?-?,?pour ?-?,?pour ?-?.
Excusez-moi Jean-Luc Picard, mais lorsque nous faisons des exercices de conjugaison avec mon professeur, en particulier sur l'infinitif, il écrit bien ? avec un iota souscrit.
?-?, par la contraction ?+? = ? (+iota souscrit), nous donne ? avec le iota souscrit.
C'est la règle de contraction que j'ai sur mon livre de grammaire grecque (E.Ragon) et que nous utilisons.
Apollinaire a écrit :C'est la règle de contraction que j'ai sur mon livre de grammaire grecque (E.Ragon) et que nous utilisons.
Diable, diable!
Je peux bien sûr me tromper, et spontanément j'aurais comme vous attendu un iota souscrit; mais j'utilise aussi la Ragon, je l'ai sous les yeux comme j'écris, et l'explication que je vous ai donnée vient tout droit de la p.72 note 1.
Cela dit, mon édition date de 1979. Même si j'ai peine à croire qu'une erreur aussi énorme soit possible dans un tel ouvrage de référence, cela mérite investigation. Je vais regarder dans le Bailly et dans une morphologie historique pour faire le tri. A suivre… Si d'ici là Arthur ne vient pas tel un Deus ex machina nous mettre tous d'accord!
EDIT: le Bailly donne bien timân sans iota souscrit. Ma morphologie historique du grec est dans un carton à la cave. Mais avant que j'aille soulever de la poussière, je vous invite à vérifier votre cours, et au besoin à poser la question à votre professeur (discrètement, pour ne pas le gêner si c'est lui qui s'est trompé).
Je viens de regarder, j'ai bien trouvé cette note à la page 72, bien que mon édition soit celle de 2005 que voici :

Je vais donc transmettre cette erreur de "cours" à mon professeur, qui, je m'étonne, est tout de même agrégée de lettres classiques.
Ce que j'ai du mal à saisir, vous m'excuserez, c'est que l'enseignement que j'ai reçu sur l'infinitif m'a toujours dit d'ajouter -? au radical, puis de procéder à la contraction, ce qui mène pourtant à des erreurs comme dans le cas de?et de ?.
C'est parce que l'infinitif n'était pas originellement en -ein mais en -en (avec e long). Cet e long s'est fermé et diphtongué en ei, mais les contractions s'étaient déjà faites avant cela et reposent donc sur un e long et non sur ei: de là l'absence d'iota souscrit.
Quant à votre professeur, que cela n'affecte pas votre opinion à son sujet. Napoléon disait qu'un général qui n'a jamais fait d'erreurs est un général qui n'a pas beaucoup commandé. De même, on fait des bourdes par monceaux lorsqu'on enseigne, et j'en commets moi-même un certain nombre chaque année, des petites et même des grosses.
L'important pour un professeur est de savoir dire "je ne suis pas sûr" et "je vais vérifier". Le bon prof n'est pas infaillible: il avoue ses limites et se corrige quand il le faut. Le mauvais prof, lui, ne veut pas reconnaître l'erreur et "remballe" sommairement l'élève qui ose la signaler, ou pire, invente un barratin ad hoc pour masquer son erreur…
En tout cas, signalez-la lui discrètement, entre deux cours, et en vous faisant toute petite.
Edit: …ou "tout petit", je ne sais pas. 😉
Tout petit, tout comme le Guillaume du pseudo que je porte.
En tout cas merci pour ces précieuses informations que je recherchais depuis un bon bout de temps. Notre prof nous a justement demandé de chercher si on en avait l'occasion.
Cordialement, passez une bonne soirée.
Je vois qu'on me demande. 😜
La réponse est donnée (ut solet) par Chantraine, que je cite :
Morphologie historique du grec, §329 a écrit :Ailleurs [après l'examen de cas et de dialectes particuliers], l'infinitif est caractérisé par -? ou -? (contraction de -?).
Il est maintenant certain que les infinitifs en -? reposent sur *-esen, non sur *-ewen (cf. §325, 2), comme le prouvent en mycénien ekke = ?, anakee = ?. Les faits mycéniens donnent un appuy à l'interprétation qui voit dans les formes homériques ?,?des graphies fautives pour *?, *? devant consonne. Mais, comme souvent, l'artifice de la langue épique a conduit à étendre l'emploi de ?,?hors de cette situation, et il arrive aussi que -? doive être corrigé en -? (voir Chantraine, Grammaire homérique, I, p. 492).
La finale -? est celle de l'ionien-attique, bien attestée déjà chez Homère : ? ? etc. Ce suffixe s'observe également dans les verbes contractes : hom. ?, ? (qui recouvre un ancien *?, cf. §286) chez Hésiode?(Hésiode, Trav. 392). Attique, contracte : ??; ces deux dernières formes qui ne présentent pas trace d'un iota indiquent que -? est un e long fermé, non une véritable diphtongue.
En thessalien se trouve également un e long fermé : ?, ? (Bechtel, I, p. 193) ; en rhodien ? (Bechtel II, p. 647).
Ailleurs on a -? : lesb. ?, ? (attique ?), ? (Bechtel I, p. 99), éléen?"être exilé",?(Bechtel II, p. 856), lacon. ? (Bechtel II, p. 335),?(Alcman, Parth. 88), ? pour l'ion. att.?(Aristophane, Lys. 1004).
Lorsque le parfait est passé à la flexion du présent (cf. §211), c'est la désinence de l'infinitif thématique qui est attestée : ? à Cos (Bechtel II, p. 591), ? à Rhodes (Bechtel II, p. 647),?"avoir pris" à Argos (Bechtel II, p. 499).
Bref, la solution donnée avant moi est en effet la bonne : il y a donc ambiguité sur la graphie ?, qui vaut à la fois pour une diphtongue (dans 95 % des cas) et de temps en temps aussi pour une voyelle longue fermée (qu'on pourrait symboliser par un ? avec un macron, mais je ne peux pas afficher cette lettre sur l'ordinateur). C'est ce dernier phonème qui est présent dans nos infinitifs actifs thématiques. Je crois me souvenir qu'on le trouve aussi dans d'autres cas (en tout cas, ce n'est pas la seule "bizarrerie" avec ?), mais je n'ai pas d'exemple en tête pour le moment.
En revanche, notez que dans ?, autre infinitif actif en -o?-, ce n'est pas le même phénomène qui se produit, bien qu'on pourrait faire une analogie entre les désinences -? et -?. Dans ?, le digamma appartient bien au suffixe (*-
wen) : ?-? et non ?-?. La démonstration, par le gâthique, en est donnée par Benveniste (
Origines de la formation des noms en indo-européen, p. 118).
Cordialement.
Allez, les enfants, tous en choeur:
Merci Arthuuuuur!
AristoFan a écrit :Allez, les enfants, tous en choeur:
Merci Arthuuuuur!
Je veux bien être la présidente du fan-club officiel d'Arthur. 🆒
Mais arrêtez ! Il va disparaître dans sa fraise, le pauvre ! 🆒
Merci bien pour vos réponses. J'en ai parlé à ma prof de grec ce matin qui ne se souvenait plus de cette "règle", mais elle a tout de suite compris lorsque je lui en ai parlé.
Cordialement bonne soirée.
Edit :
Attique, contracte : ??; ces deux dernières formes qui ne présentent pas trace d'un iota indiquent que -? est un e long fermé, non une véritable diphtongue.
Je peux donc continuer à faire l'infinitif en -?
Pour les explications d'Arthur, j'avais lu il y a bien longtemps un article de Jean-Victor Vernhes sur EI et OY, variantes de l'allongement en H et en o méga. Vous pouvez continuer avec vos infinitifs en -ein, en vous rappelant qu'en pratique, l'infinitif est en -en, et que lue-en s'allonge en luein.