Bonsoir,
Baudelaire continue de me donner des émotions. Je suis d'ailleurs heureux de m'apercevoir que la production de son ennui n'aura pas été vaine, puisque vous en avez vous-aussi encore aujourd'hui !
Plus récemment, j'en ai encore eu avec Bonnefoy, Roubaud, Du Boucher.
Bye
Je ne peux concevoir qu'on puisse ressentir quoi que ce soit devant un texte littéraire dans la mesure où poèmes ou romans , il y a un fabrication ce qui veut dire essais et erreurs, brouillons et ratures.Rien de spontané quoi
alimo a écrit :Je ne peux concevoir qu'on puisse ressentir quoi que ce soit devant un texte littéraire dans la mesure où poèmes ou romans , il y a un fabrication ce qui veut dire essais et erreurs, brouillons et ratures.Rien de spontané quoi
Tu mets sur un même plan spontanéité du lecteur (celui qui est ému) et spontanéité (inexistante selon toi) de l'auteur. Il faut nous expliquer pourquoi il serait nécessaire d'être spontané pour émouvoir. La musique est émouvante, même lorsqu'elle n'est pas improvisée, non?
Quand tu manges un bon plat, tu n'y prends pas plaisir, alors ?
Car la fabrication d'un bon plat n'a rien de spontané; c'est fabriqué, ça aussi. Comme toute production humaine est évidemment "fabriquée", tu ne ressens donc d'émotions (esthétiques, affectives…) que pour les "œuvres" de la nature ?
La lecture comme l'écriture est un jeu de rôle .Nous faisons comme si….L'écrivain joue sa pièce et le lecteur la sienne. Nous ne mettons pas des mots sur des sensations authentiques mais nous simulons des sensations sur des mots.
Bonsoir Alimo,
[…] mais nous simulons des sensations sur des mots.
Et si c'était justement le talent du poète ou du romancier ?
Muriel
Muriel a écrit :[…] mais nous simulons des sensations sur des mots.
Et si c'était justement le talent du poète ou du romancier ?
Ou même son objectif ! Être au plus prêt de la sensation, de l'émotion authentique…
Bonsoir à tous (j'aurai du commencer par là , excusez-moi) , je suis nouveau sur le site.
Jehan ,peut-on confondre des sensations de plaisir (ou de dégoût) qui sont somme toute des réflexes de l'ordre de l'instinct et des constructions de l'esprit?.Le plat fabriqué ou non assouvit ma faim et quand je n'ai plus faim, quelle que soit son apparence , il ne m'intéresse plus.Or ce qu'on appelle littérature ce ne sont que des mots et nous sommes tellement dresser par l'école à"ressentir"que cela finit par être une seconde nature.
Ce que je transmettais à ma fiancée à travers mes lettres d'amour , ce n'était pas vraiment de l'amour mais des mots convenus qui sont supposés "exprimer" ce sentiment
alimo a écrit :Ce que je transmettais à ma fiancée à travers mes lettres d'amour , ce n'était pas vraiment de l'amour mais des mots convenus qui sont supposés "exprimer" ce sentiment
En ce sens, c'est bien un travail d'écrivain. Mais pas de confusion: l'amoureuse peut être dupe des mots, la lectrice sait qu'elle lit un roman. L'émotion du lecteur intervient dans un espace de fiction, où, comme tu dis, il joue un rôle. Ce n'est pas pour autant un simple simulacre: dans cet espace, le lecteur éprouve réellement une émotion (esthétique, si on veut). Je repense à un film, Cinema Paradiso: une femme assiste à une séance de cinéma et pleure d'émotion devant le film, mais lorsque son enfant fait le zouave dans la pièce, elle revient à la réalité et le gronde furieusement… Réalité/fiction ne sont pas sur un même plan.
(ps = le langage convenu pour exprimer l'amour ou quoi que ce soit trouve ses limites quand il est éculé, le travail de l'écrivain consiste alors à le renouveler - d'où, malgré le travail d'écriture, des impressions possibles de spontanéité, mais la spontanéité est une impression qui s'obtient difficilement.)
La cuisine "sophistiquée" n'est pas plus naturelle et "instinctive" que l'écriture d'un roman. C'est aussi une "construction de l'esprit". Apprécier tel ou tel type de cuisine, tel ou tel cérémonial des repas, ne relève pas que des goûts et des dégoûts innés, cela relève aussi de notre socioculture. L'acte de manger, chez l'humain, ne saurait se réduire à la pure satisfaction d'un besoin physique. L'acte d'amour non plus… Il y a aussi, tout autour, des lettres d'amour et des romans d'amour. Mais quand on ne comprend pas qu'un roman puisse émouvoir, pourquoi donc avoir écrit à sa fiancée des lettres "qui n'étaient pas vraiment de l'amour" ? Je suppose qu'Alimo avait tout de même pour but de susciter des émotions chez elle, aussi artificiels que fussent ses "mots convenus". Plus convenus peut-être que ceux de beaucoup de romans…
Rien de mieux que la force de frappe d'un haïku ou d'un court poème librement inspiré par le haïku. Pour les lecteurs intéressés, je recommande vivement l'anthologie-promenade de Maurice Coyaud qui s'intitule: ''Fourmis sans ombre''.
Aussi, du Québec, ''Nous serons sans voix'' de Benoît Jutras est, à mon sens, ce que doit être la poésie: Une hache qui brise la mer gelée en nous, comme l'écrivait F.Kafka.
Le texte poétique qui m'a le plus ému et qui reste un de mes textes préférés est Le Palais Hanté d'Edgar Allan Poe (La chute de la maison Usher), traduit par Charles Baudelaire.
Pendant que j'y suis, j'aime aussi particulièrement la chanson de Tom'O'Bedlam : Avec un coeur plein de fantaisies délirantes
Dont je suis le capitaine
Avec une lance de feu et un cheval d'air
A travers l'immensité je voyage.