La poésie doit-elle "exprimer" ?

Littérature

52 réponses · Page 2 / 3

Elle était déchaussée, elle était décoiffée,
Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants;
Moi qui passais par là, je crus voir une fée,
Et je lui dis: Veux-tu t'en venir dans les champs?

Elle me regarda de ce regard suprême
Qui reste à la beauté quand nous en triomphons,
Et je lui dis: Veux-tu, c'est le mois où l'on aime,
Veux-tu nous en aller sous les arbres profonds?

Elle essuya ses pieds à l'herbe de la rive;
Elle me regarda pour la seconde fois,
Et la belle folâtre alors devint pensive.
Oh! comme les oiseaux chantaient au fond des bois!

Comme l'eau caressait doucement le rivage!
Je vis venir à moi, dans les grands roseaux verts,
La belle fille heureuse, effarée et sauvage,
Ses cheveux dans ses yeux, et riant au travers.

Mont.-l'Am., juin 183…
J'adore ce poème !
Bonsoir Mozart,

Bah tu vois !!! Tu es sensible à certain(s) texte(s) !!!

Muriel
Bonjour Muriel,

Sache que je peux être sensible à un poème, sans en être transcendé. Contrairement à quand j'écoute la musique… (Ah ! les symphonies de Brahms ! 🙂 )

😉
Cher Mozart, je crois que ta carapace est percée: si tu es sensible à un poême, un jour, peut-être, un texte te transcendera.
Mais je crois que ce sont surtout les évènements importants de la vie personnelle qui peuvent changer ce genre de réaction.
Bon courage
Sourires…

Baudelaire me bouleverse depuis toujours et à chaque fois que je le relis ou redis
+1 🙂
mozart62000 a écrit :
Elle était déchaussée, elle était décoiffée,
Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants;
Moi qui passais par là, je crus voir une fée,
Et je lui dis: Veux-tu t'en venir dans les champs?

Elle me regarda de ce regard suprême
Qui reste à la beauté quand nous en triomphons,
Et je lui dis: Veux-tu, c'est le mois où l'on aime,
Veux-tu nous en aller sous les arbres profonds?

Elle essuya ses pieds à l'herbe de la rive;
Elle me regarda pour la seconde fois,
Et la belle folâtre alors devint pensive.
Oh! comme les oiseaux chantaient au fond des bois!

Comme l'eau caressait doucement le rivage!
Je vis venir à moi, dans les grands roseaux verts,
La belle fille heureuse, effarée et sauvage,
Ses cheveux dans ses yeux, et riant au travers.

Mont.-l'Am., juin 183…
J'adore ce poème !
charmant sous certains aspects, notamment le côté sensuel, mais certaines expressions me semble quand meme tomber dans la pire platitude…
(barbiegrossementeuseblonde) voila j'ai 13ans je suis en 5em et je voudrais devenir professeur de français a l'université
j'ai ecrit cette poésie et pas une seule seconde je ne peut imaginer ne pas m'emovoir quand je la relie!

Aujourd'hui est une journée de nostalgie et déja je reviens dans mes pensées tout atrister par un mois de janvier la pluis noie mes larmes elle roule elle coule comme une pelote de laine se déposant sur ma joue elle se laisse allait les nuages noie mon ame ils faut qu'ils se calment mes larmes viennent enbrasser mes lèvre le vent se lève et c'est au mois de janvier que ma vie c'est arreter.
maelyne…
La comparaison pluie/larme-pelote de laine est très originale, j'aime beaucoup !
Je suis sensible à certain texte en effet. A de très rares textes. Mais ils ne me transcendent pas.

🙂
Les poèmes des Fleurs du mal sont sans doute ceux qui me bouleversent le plus mais les Derniers vers de Ronsard. Notament ce sonnet:
Je n’ai plus que les os, un squelette je semble,
Décharné, dénervé, démusclé, dépulpé,
Que le trait de la mort sans pardon a frappé,
Je n’ose voir mes bras que de peur je ne tremble.


Apollon et son fils, deux grands maîtres ensemble,
Ne me sauraient guérir, leur métier m’a trompé ;
Adieu, plaisant Soleil, mon œil est étoupé,
Mon corps s’en va descendre où tout se désassemble.


Quel ami me voyant en ce point dépouillé
Ne remporte au logis un œil triste et mouillé,
Me consolant au lit et me baisant le face,


En essuyant mes yeux par la mort endormis ?
Adieu, chers compagnons, adieu, mes chers amis,
Je m’en vais le premier vous préparer la place.
PS: Et le fameux "dormeur du val" me semble aussi être un texte terriblement émouvant…
la poésie c'est le crachat d'un "je" dans son rapport avec ses tripes et dans son rapport avec le monde :sa grandeur et sa misère.
Ouaip ! j'aime ces déclarations sur la poésie, quand c'est pas de l'eau de roses ! continue…
Le post semble avoir été déserté, mais ça n'est pas grave… Je m'accomode de parler dans le vent… 😉
Tu parlais mozart2006 (ou un truc comme ça 🆒 😉), de s'oublier dans un texte.
Je me suis surpris à être au bord des larmes en lisant le Petit Prince. Je considère ce texte comme de la poésie, même si les puristes m'en voudront. Les paroles sonnent tellement vraies à mes oreilles, le prince et son mouton si attendrissant et si plein de naîveté enfantines… Je me suis surpris à ne pas espérer grandir en grande personne. On perd beaucoup trop, je crois. Et rien qu'en y repensant, j'ai des frissons.

De plus, je pense que les poèmes qui nous touchent sont ceux auxquels on accorde de la crédulité. J'ai déjà constaté que, en ce qui me concerne, les poésies qui portent la musique des mots sont celles en qui on croit. Et je rejoint ici, les frissons des uns sur la Marseillaise, et je me rejoint sur le temps de cerise, comme sur le Dormeur du Val, comme sur Boris Vian "La sclague et le fouet, et tous ces gros qui ventripotent" (ce ne sont que des bribes, j'ai oublié le titre…)
Mais une exception demeure cependant, c'est pour le Jet d'Eau de Baudelaire. Je n'aime pas ce style de poème, mais celui porte un tel rythme… Je suis époustouflé chaque fois que je le lis….
Le gerbe épanouie
Où Phœbé ravie
…

et celui de Verlaine ! quelle musique !

Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth, et dansant, et quasi
Tristes, sous leurs déguisements fantasques

Tout en chantant sur le mode mineur
L'amour vainqueur et la vie opportune,
Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune

Au calme clair de lune triste et beau
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et frissonner d'extase les jets d'eau
Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres
je viens de découvrir ce site par le hasard de la navigation, par un tout pareil hasard je tombe sur cette liste de discussion, et je suis frappée de la voir close si vite. Pour ma part, je suis très souvent émue voire bouleversée par mes lectures; la liste, je ne la ferai pas, ce serait fastidieux. j'en dirai seulement deux, des lectures qui me bouleversent à chaque fois que je les retrouve: le poème Fin du monde de Guérasim Luca, poète roumain mort il y a 20 ans, aux vociférations poétiques passionnées, à la langue érotique et regorgeant d'hapax signifiants. Aussi, les Lettres à Poisson d'or, lettres poétiques de Joë Bousquet à une jeune femme à qui il voue un amour qui seul le relie, lui, à la vie.
Bonsoir Astrom,

Mais… cette discussion n'est pas close…

Muriel
Je dirais même plus… Elle est encore ouverte!
A quoi servirait donc la poésie si elle n'exprimait pas?
A nous bercer pour dormir?
Voilà, Mozart,

la terrible moralité des fleurs, le poison des couleurs, la beauté des douleurs…
La disgrâce de la conditio humana, n'est-elle point émouvante? Permettez-moi m'empoisonner de ce que vous appelez "objets verbaux."
Que vois-je, mon Dieu? Platon réincarné, désirant condamner de nouveau l'expression et toute l'art des pauvres poètes… Pitié, Monsieur, pitié !

Les métamorphoses du vampire

La femme cependant, de sa bouche de fraise,
En se tordant ainsi qu'un serpent sur la braise,
Et pétrissant ses seins sur le fer de son busc,
Laissait couler ces mots tout imprégnés de musc:

- "Moi, j'ai la lèvre humide, et je sais la science
De perdre au fond d'un lit l'antique conscience.
Je sèche tous les pleurs sur mes seins triomphants,
Et fais rire les vieux du rire des enfants.
Je remplace, pour qui me voit nue et sans voiles,
La lune, le soleil, le ciel et les étoiles!
Je suis, mon cher savant, si docte aux voluptés,
Lorsque j'étouffe un homme en mes bras redoutés,
Ou lorsque j'abandonne aux morsures mon buste,
Timide et libertine, et fragile et robuste,
Que sur ces matelas qui se pâment d'émoi,
Les anges impuissants se damneraient pour moi!"

Quand elle eut de mes os sucé toute la moelle,
Et que languissamment je me tournai vers elle
Pour lui rendre un baiser d'amour, je ne vis plus
Qu'une outre aux flancs gluants, toute pleine de pus!

Je fermai les deux yeux, dans ma froide épouvante,
Et quand je les rouvris à la clarté vivante,
A mes côtés, au lieu du mannequin puissant
Qui semblait avoir fait provision de sang,
Tremblaient confusément des débris de squelette,
Qui d'eux-mêmes rendaient le cri d'une girouette
Ou d'une enseigne, au bout d'une tringle de fer,
Que balance le vent pendant les nuits d'hiver.

Charles

Quid ergo? Préférez-vous la monstruosité de la prose à l'innocence du chagrin?