La poésie doit-elle "exprimer" ?

Littérature

52 réponses · Page 1 / 3

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Suite à cette question que je me suis posé, et que certains d'entre vous se sont certainement également posés, je voulais lancer un nouveau post permettant de mettre en avant des textes (et notamment des poèmes) qui vous ont EFFECTIVEMENT émus (au sens fort du terme). Des textes qui vous ont bouleversé, torturé, réjoui, etc. Expliquez-nous (expliquez-moi) comment vous pouvez ressentir quoique ce soit devant un "objet" (car pour moi, je le développerai peut-être par la suite, mais ce qui distingue la poésie de tout le reste de la littérature c'est qu'elle tend à créer des "objets verbaux"). Et surtout faites-moi savoir quels sont les poèmes qui vous mettent en émoi (si ce n'est pas trop intime évidemment !).

Moi, jamais un texte ne m'a ému, c'est pourquoi ET je pose la question ET je vous demande de mettre en ligne des textes "expressifs".
Apparemment, tout le monde est dans mon cas 😉

Vive la poésie !
Sourires…

Baudelaire me bouleverse depuis toujours et à chaque fois que je le relis ou redis
J'ai bien aimé le Pont Mirabeau de Apollinaire.
J'ai complètement dévoré son recueil, Alcools 🙂

Les poèmes de Baudelaire sont magnifiques aussi, mais ils me touchent moins.
Apollinaire est beaucoup plus musical et l'octo est un rythme plus "naturel" que l'alex. As-tu lu aussi Calligrammes ; les Poèmes à Lou et les Rhénanes ?
A Mozart62000

Il arrive quelquefois qu'un texte, poésie ou prose, parle de ce que vous avez vécu aussi.
Alors, votre esprit s'envole, quitte le texte, et vous revivez les moments d'émotion dont l'auteur vous propose une autre version, même si ce qu'il dit n'a rien à voir avec votre propre réaction.
Ainsi en-est-il, pour moi, de ce poême dont j'oublie à la fois le titre et le nom de l'auteur et qui commence ainsi (Pardonnez-moi les inexactitudes probables de ponctuation):

"Voilà les feuilles sans sève
Qui tombent sur le gazon;
Voilà le vent qui s'élève
Et gémit dans le vallon…

Je viens d'un pays où les feuilles tombent sous le vent d'Automne et où les jeunes filles meurent aussi parfois trop tôt…..
A mozart62000

Ne-vous êtes-vous jamais senti proche de l'albatros de Baudelaire?

Les occasions n'en manquent pourtant pas dans la vie!
Bonjour Le-beau (?),

SI, je me suis parfois, commme tout à chacun, senti proche de l'albatros.

Mais je suppose que vous écoutez tous et toutes de la musique. Moi, je suis un fan absolu. Et vu mon pseudo, vous savez ce que j'écoute en majorité. Je suis un Musicien. J'adore la Musique. Et, comme vous tous, il m'est déjà arrivé en écoutant un morceau, de frissonner, de m'oublier, corps et âme, de n'avoir plus comme point de concentration que cet élan de notes qui volutent dans ma tête…

Ce que je demandais dans ce post, c'est : est-il possible de ressentir, d'éprouver, ces mêmes souffrances jubilatoires devant un texte littéraire ? De frissonner en lisant du Flaubert ? Je sais qu'il est possible de s'oublier (notamment la pensée) en lisant. Je suis moi-même un adepte involontaire de ce genre de déconcentration qui fait que, au bout de cent pages, on réalise subitement qu'on a rien compris, qu'on a rien lu, qu'on a fait que survoler les pages et qu'il faut tout relire. 🙂
Mais, là, je parle de "s'oublier" dans le sens fort ; de danser sur les mots, de lire, relire, et se dire au fond de soi, "c'est pas possible… !"… Est-ce qu'il est possible de s'Oublier en lisant ?

La question reste ouverte? Et vu l'afflux de réponses, je crois que non.

J'ai en effet lu Apollinaire, et rien ne m'a frappé. Verlaine parfois m'amuse. Flaubert aussi. Baudelaire écrit très bien, c'est vrai. Mais je préfère LARGEMENT écouter la quatrième symphonie de Brahms (que je conseille à tout le monde, et à tout âge).

Ai-je un jour été Fasciné par un texte, un écrivain ? Je crois que non.

Et vous ?

😐
Je viens pour la première fois sur ce site, et j'en suis très heureuse, parce que je viens de découvrir un site de culture dans lequel on parle intelligemment !!

Pour répondre à te question, Mozart, oui, des textes m'ont déjà fait "frissonnée". En tout cas émue, et en lisant une page, je me suis déjà prise à entrer dans un monde d'imagination et de sensations très différent de celui qui était décrit par l'auteur dans les pages suivantes. Je pose le livre et je me laisse rêver. Mais rapidement, la réalité doit bien reprendre le dessus, et je reprends ma lecture, un peu déçue de la suite du texte qui ne correspond pas à celle que j'avais imaginée. Parfois, un texte peut ne me toucher qu'une seule fois. Parfois, j'ai les mêmes sensations en le relisant.
Dernièrement, j'ai commencé Ensemble c'est tou de Anna Gavalda. Il y a une page dans laquelle elle décrit une jeune femme anorexique au mal de vivre intense qu'elle compare à du gravier qui empli son estomac et l'empêche de manger. Quand je l'ai lu, j'ai eu tellement mal au coeur que j'ai lâché le livre. Je n'ai pas pu le rouvrir avant le lendemain tant la sensation était horrible. Mais, j'étais dans un train et je venais de manger. De là vient peut-être l'explication. Pourtant, je n'ai jamais mal au coeur après avoir mangé, même dans un train ! Excuse-moi d'être entrée dans ces considérations gastriques, mais c'était pour expliquer les choses avec justesse.
Je me rends compte que j'ai parlé d'un roman et non d'une poésie. Mais pour moi, une page de roman peut être poétique ! J'ai donc pris poésie au sens large.
pour Mozart 62000

Oui, il est possible de s'oublier totalement par la lecture.
Cela m'est arrivé: des livres m'ont fasciné au point de les lire de les relire, de les déposer et de les relire encore.
Mais je suis un fan de livres- non de lecture-et c'est en fonction de mon parcours, que des livres me sont arrivés à point nommé, et ce à tout âge: j'ai lu le banquet de Platon il y a un an et j'ai passionément aimé. Je crois cependant que c'est aussi parce que j'y suis prédisposé.
Cela m'est arrivé aussi avec la musique, pas là même que la vôtre. Mes goûts vous paraîtront peut-être ridicules, mais deux morceaux me font passer des frissons partout: l'hymne à la joie et la marseillaise….mais aussi les valses de Strauss…
En lecture il en fut de même avec l'oeuvre au noir (Yourcenar) que j'ai lu à vingt ans, les mémoires d'Hadrien du même auteur, Ceux de 14 de Genevoix, entre autres, et j'oublie Villon…..
Ne désespérez pas de la lecture, peut-être aurez-vous aussi cette chance-là un jour.
Papyra
Tes considérations gastriques sont très juste !
Mozart, j'ai pleuré en lisant Carrie de King, oui pleuré de compassion pour cette jeune fille, j'ai été envoûtée par ce livre ; mais sans doute parce que à un moment de ma vie, à un autre j'aurais réagi autrement
Sinon, la poésie me met souvent dans des états d'émerveillement
Oh! je fus comme fou dans le premier moment,
Hélas! et je pleurai trois jours amèrement.
Vous tous à qui Dieu prit votre chère espérance,
Pères, mères, dont l'âme a souffert ma souffrance,
Tout ce que j'éprouvais, l'avez-vous éprouvé?
Je voulais me briser le front sur le pavé;
Puis je me révoltais, et, par moments, terrible,
Je fixais mes regards sur cette chose horrible,
Et je n'y croyais pas, et je m'écriais : Non!
-- Est-ce que Dieu permet de ces malheurs sans nom
Qui font que dans le coeur le désespoir se lève? --
Il me semblait que tout n'était qu'un affreux rêve,
Qu'elle ne pouvait pas m'avoir ainsi quitté,
Que je l'entendais rire en la chambre à côté,
Que c'était impossible enfin qu'elle fût morte,
Et que j'allais la voir entrer par cette porte!


Oh! que de fois j'ai dit : Silence! elle a parlé!
Tenez! voici le bruit de sa main sur la clé!
Attendez! elle vient! laissez-moi, que j'écoute!
Car elle est quelque part dans la maison sans doute!


Victor Hugo, Les Contemplations, Pauca Meae, IV
BOnjour Rouille Encagée ,

Evidemment que ce poème est merveilleusement bien écrit, et que nous "sentons"
cette tension interne, cette force de larmes qui imprime au texte un soupçon d'humanité (c'est une litote). Mais l'éprouvons-nous ? Pouvons-nous nous sentir proche de cet état quand bien même nous n'avons pas vécu la mort, prématurée, de notre jeune fille adorée ?

J'apprécie beaucoup le texte ; mais je ne frissonne pas. Je dois être insensible ?

Combien d'entre vous sont fascinés (au sens fort) par ce texte ?
Tss ; transpose le texte à quelque chose de plus connu : la perte d'un parent, d'un frère, d'un ami, etc. Tu verras que cela fonctionne encore. La résonance profonde se fait quand on a déjà vécu des situations analogues. Même si la situation n'est pas exactement la même, la résonance peut se faire grâce à notre capacité de d'analogie.
J'avoue que Hugo poète ne me fascine pas
Par contre, son théâtre; Hernani et Ruy Blas, je suis transportée !
Lis
La chute
d'Albert Camus
bonjours léah,j'avoue que je partage pas votre opinion sur la poésie de Hugo.je ne sais pas si vous avez lu les contemplations, un livre que je lis depuis 15 ans et je il ne meurt jamais en moi.prenez le temps, de le lire doucement, écoutez les enjambements, les césures;oubiez les rimes si vous voulez, ne pensez pas à sa philosophie que je partage pas entierement, laissez vous envahir par ces mots bien choisis et l'élan des rythmes.vous verrez, du moins vous apprenez à l'aimer comme j'apprends tout le temps à le faire quand je prends un hugo, un musset,un hermann hesse ou un canetti.
Chère Massy
Chacun ses opinions et ses goûts. J'ai lu Hugo romancier, homme de théâtre et poète ; le poète m'exaspère, et je réclame le droit d'en être exaspérée.
"le lac" de lamartine