Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince

Littérature

18 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,
Avez-vous lu Le Petit Prince ? Nous avons tous une histoire avec ce chef d'oeuvre d'Antoine de Saint-Exupéry. Racontez moi votre histoire et votre expérience d'enfant ou d'adulte.
Lu au collège, comme tous mes camarades lobotomisés par L'éducation Nationale.
J'ai d'abord voulu croire à une merveille puisque c'était paraît-il un chef d'oeuvre. Mais l'enthousiasme n'a pas eu de prise sur mon petit coeur.
En voulant le faire découvrir à ma fille, je me suis aperçu de la supercherie. Je n'ai pas voulu lui faire partager mon scepticisme. Nous sommes donc passé aux aventures de Conan Doyle et de Jack London.
Il y a beaucoup mieux que St Exupéry. Surtout pour les enfants pour lesquels on se doit d'être exigeant.
Pas mieux : quand j'étais enfant, ce faux conte m'ennuyait : une série sans queue ni tête de dialogues censés vous apprendre la vie, remarquables surtout par la lourdeur des incises. Quand j'ai grandi, mes impressions premières se sont trouvées confirmées. Saint-Exupéry est un auteur stupide.
Lucretius a écrit :Saint-Exupéry est un auteur stupide.
Ah! En voilà une fine analyse…

"Quand j'étais enfant"+"quand j'ai grandi"= "stupide".
On sent l'hommage à la dialectique hégélienne: thèse, antithèse, synthèse.


U.M.
Bonjour,

Je fais partie des quatre-vingt millions de lecteurs et admirateurs stupides de cette allégorie en forme de conte.

Ces renseignements de Wikipedia montrent que notre mauvais goût est "la chose du monde la mieux partagée" :
L'ouvrage fut traduit en plus de cent-quatre-vingts langues et des dialectes : les langues les plus connues des cinq continents, mais aussi dans des langues moins répandues comme le tagalog aux Philippines, le papiamento à Curaçao, le féroïen aux îles Féroé, le frioulan en Italie, l'aragonais en Espagne, le romanche en Suisse, le quichua en Équateur et dans les nombreuses langues de l'Inde : le télougou, le marâthî, le panjâbî, le tamoul, le malayalam[9]. En 2005, Le Petit Prince fut traduit en toba, une langue amérindienne du nord de l'Argentine, sous le titre So Shiyaxauolec Nta'a. C'est le premier livre à avoir été traduit dans cette langue après le Nouveau Testament.
Je reconnais candidement avoir reçu la grâce de retrouver l'esprit d'enfance.

Saint-Exupéry me paraît toujours d'actualité dans nos temps modernes si inhumains.
Je comprends que le mot 'stupide' employé par un réprobateur ait pu heurter les admirateurs de St-Exupéry.
C'est un fait, St- Exupéry est traduit en tamoul, en javanais et en bulgare. C'est là le lot commun de beaucoup d'auteurs et je n'y vois pour autant aucun gage de qualité.
En effet, à la relecture, je n'ai pu y trouver nulle intertextualité dense, nulle profondeur morale, nulle complexité psychologique, nul style et nul intérêt politique qui puissent en faire une oeuvre littéraire éloignée de clichés gentillets ou constituer une grille d'interprétation du monde singulière. Dommage.
Je me souviens d'un vieux prof de latin qui racontait, les yeux pétillants de joie, les défis que lui posait la traduction du Petit Prince en latin.

Enfant, j'étais assez perplexe, voire assez effrayée par certains aspects du conte (l'exigüité des planètes, l'ivrogne), de même que je serai génée, adulte, par une certaine forme d'absurde. Je garde cependant un bon souvenir de la rencontre entre l'aviateur et le petit prince, puis du personnage du renard. Les rapports entre le petit prince et la rose aussi, me paraissent intéressants.
Je ne sais plus comment le plus jeune de mes fils est "tombé" sur le bouquin, vers 5/6 ans, toujours est-il qu'il était très très attaché à cette histoire, et surtout au mouton.

Adulte, je me suis bien plus intéressée au reste de l'oeuvre de Saint-Exupéry, du reste je ne suis pas sûre qu'il aurait apprécié qu'on résume son oeuvre à ce seul titre (dont je crois d'ailleurs qu'il disait qu'il ne s'agissait pas d'un conte pour enfants, mais pour adultes). Terre des Hommes a longtemps été mon livre de chevet, et j'ai aimé Pilote de Guerre, ou encore Courrier Sud, qui témoigne d'une aventure que j'ai toujours trouvée extraordinaire, celle de l'Aéropostale. J'ai essayé de lire Citadelle lorsque j'étais adolescente,j'y ai renoncé, c'était trop hermétique - il attend toujours sur mes étagères.
Saint-Exupéry n'est pas un "grand" écrivain, il lui manque peut-être quelque chose, une fougue, une ambition, que sais-je. Peut-être était-il pilote, homme, avant d'être écrivain. Néanmoins j'aime beaucoup son écriture. La "légende" autour de l'homme, de sa mort, de son Petit Prince, a peut-être pris trop d'importance, au détriment de l'oeuvre littéraire, évitant de considérer celle-ci avec l'objectivité qu'elle mérite.
C'est curieux que, de mon message lapidaire, les admirateurs de Saint-Exupéry n'aient retenu que la conclusion. Pourtant je dis bien les défauts du petit prince. Je vais donc redire et développer. D'abord la structure est faible : c'est une succession de rencontres qui sont des occasions de dialogues semi-philosophiques. Aucune véritable fiction n'est bâtie, rien à voir avec un conte par exemple. La pauvreté de la narration est un premier facteur d'ennui, mais ce n'est pas tout. Les dialogues sont creux et sentencieux. Je renvoie aux fameux liens qu'on crée, à l'apprivoisement etc. Tout cela, c'est bien joli, mais ce ne sont que des slogans optimistes. On expliquera ailleurs ce que c'est que l'amour, ceci ou cela. Les plus belles vertus sont vendues comme des tubes de dentifrices. C'est en somme un préchi-précha permanent. De la guimauve. Enfin, il y a les incises (dit le renard, répliqua le petit prince etc.) : procédé répétitif qui rend le tout encore plus pesant.

Et tout comme Jean-Luc, je retrouve candidement mon "esprit d'enfance" : et me fais une joie de détester ce qu'on veut m'imposer comme une merveille.
Salut

Je me permets de réagir par rapport au message précédent… Oui, d'accord, on y fait l'étalage des vertus, ce qui à mon sens est une bonne chose dans ce monde trop triste, mais tu oublies -ou semble oublier- les questions existentielles que pose ce livre. =|Tout d'abord, on y voit la solitude (avant l'apprivoisement si critiqué), ensuite on y voit le chagrin (d'un enfant qui perd ce qu'il aime), enfin on y voit la mort. Et je n'exagère pas en disant qu'on peut lire ce livre de multiples manières. Personnellement, il y a trois ans j'ai dû faire un dossier dessus; ça ne m'emballait pas, je craignait de tomber sur une oeuvre fleur bleue. Mais en creusant le sujet, après avoir passé deux semaines à éplucher les différentes possibilités d'interprétations, je me suis rendu compte que ce livre est interessant. Car un enfant peut le lire, et y retrouvera ses rêves par l'émotion, un adulte peut le lire, et s'y retrouvera par ses souffrances… Maintenant, il est clair que les goûts et les couleurs ne se discutent pas (ou plutôt si), mais je pense que Saint-Exupéry est un de ces auteurs qu'il faut creuser en profondeur et relire plusieurs fois pour pouvoir comprendre, accepter et aimer. =D
🆒Cordialement
C'est une œuvre que j'ai toujours aimée (depuis mes 5 ou 6 ans), très riche je trouve. La question du rapport à la mort, des liens qui se créent entre les êtres et la question de la communication sont réellement splendides. A lire à tout âge.
Bonsoir à tous,

Je pense inscrire Le Petit Prince sur ma liste pour l'oral de bac français, en lecture complémentaire de la Séquence sur l'argumentation indirecte, où nous avons étudié un conte philosophique de Voltaire, intitulé Le Taureau blanc. Mais quels rapprochements pourrais-je trouver entre ces deux œuvres ?… Ou, question plus large, pouvez vous m'indiquer quelques axes de réflexion sur l'œuvre de Saint-Exupéry ?
En vous remerciant,

Caroline.
Bonsoir Carpediem,

Les rapprochements entre le Taureau blanc et le Petit prince vont être difficiles.
Ils ne répondent pas au même projet même s'ils revêtent apparemment la même forme, celui du conte philosophique.
Voltaire livre une œuvre critique et se moque de sa fiction car elle est justement une critique du déraisonnable par un rationaliste convaincu.
Saint-Exupéry nous livre une méditation philosophique plus proche des contes merveilleux.
L'une est une polémique, l'autre est un poème.
L'une dénonce des abus, l'autre délivre une sagesse.

J'espère avoir répondu à tes attentes.

Regarde aussi cette page ici.
Merci Jean-Luc,

Pensez-vous que je devrais choisir un autre ouvrage en complément ? Ou bien puis-je garder Le Petit Prince en présentant ainsi les différences à l'intérieur même du genre du conte philosophique ?
Pourriez vous me donner d'autres œuvres à lire en complément ?…
Merci d'avance,

Caroline.
Bonsoir Caroline,

Cette œuvre entre tout à fait dans le genre du conte philosophique mais non à la manière du siècle des Lumières.

Quel type d'œuvre cherches-tu en complément ? du même type, à savoir du XVIIIe siècle ? des œuvres courtes ? à visée critique ou didactique ?…

Regarde sur le site Zadig. Tu pourrais beaucoup aimer Le Baron perché d'Italo Calvino. Il existe des discussions concernant ce dernier récit.
Bonsoir Jean-Luc,

J'hésite entre soit une forme d'argumentation indirecte, mais je pense qu'un autre conte philosophique ne serait pas vraiment enrichissant et ne permettrait pas de dégager quelques prolongements pertinents, et soit un essai des Lumières.
Et je préférerais quelque chose de relativement court, car (je sais, ce n'est pas bien…) je suis en retard pour les lectures complémentaires, et j'étudie de front Les Fleurs du Mal, Le Rapport de Brodeck, et l'œuvre que vous allez m'aider à choisir !
Merci d'avance,

Caroline.
Bonsoir Caroline,

Je te propose deux oeuvres de Diderot qui ne sont pas très longues :
Leur forme est originale
Entretien avec la Maréchale de *, un discours très vif,
Le Supplément au voyage de Bougainville, sur la base d'un discours, mélange de plusieurs genres.

Tu devrais trouver des discussions à leur sujet sur le site.
Le Rêve de d'Alembert, ou encore la Lettre sur les sourds et muets de Diderot sont éblouissants d'esprit, de finesse et de virtuosité stylistique. Ils présentent en outre l'avantage d'être drôles, brefs, et d'un abord facile. Sade lui aussi a écrit des contes philosophiques très propres sur eux, et tout à fait savoureux : je pense évidemment au Dialogue entre un prêtre et un moribond, ainsi qu'à des nouvelles moins connues, telles que Augustine de Villeblanche ou les Stratagèmes de l'amour et l'Instituteur philosophe. Chacun de ces textes s'efforce de convaincre, et par là même, s'appuie sur une mécanique argumentative précise. Je pense que tu les trouveras sur internet, en passant par google.

Dans le cadre de ton exercice sur le conte philosophique, il peut en effet être pertinent d'établir un parallèle avec des contes plus proprement merveilleux, de Grimm ou de Perrault par exemple, afin de dégager les spécificités du conte philosophique au XVIIIe siècle (le Petit Prince, ça me paraît un peu éloigné, mais tout dépend de ton axe d'étude). Il n'est pas inintéressant à cet égard que le siècle des Lumières, de la raison triomphante, ait aussi été le siècle des contes et du merveilleux. Merveilleux qui ne se borne pas aux écrits brefs : on peut penser à Le Sage et à son Diable boiteux, aux Infortunes de la vertu de Sade, aux Bijoux indiscrets de Diderot, à l'engouement du XVIIIe pour le roman baroque.
Bonsoir,

Et bien MERCI beaucoup à tous deux, qui m'avez bien aidé ! Je pense lire une nouvelle de Sade, évoquer à l'oral (si je "tombe" sur cette séquence) les contes merveilleux, et lire également Entretien avec la maréchale de * !
Merci encore,

Caroline.