Traits d’union et mots composés

Langue française

24 réponses · Page 2 / 2

Je vais essayer d'analyser ici le problème des traits d'union dans les mots composés. C'est actuellement le bazar le plus complet. Inutile d'y chercher une logique ! Personne ne s'y retrouve et tout le monde s'y perd… Pourquoi écrire "surestimer", mais "sous-estimer" ? Vous constaterez aussi des divergences très importantes entre les dictionnaires. La réforme de 1990 elle-même n'est pas satisfaisante. Faut-il ainsi vraiment écrire "otorhinolaryngologie" ? Pour ma part, je préfère à cette bouillabaisse "oto-rhino-laryngologie" ! Même si les composantes ne sont pas clairement identifiées, on sait alors que cette discipline comporte trois spécialités. Et puis, les traits d'union permettent de respirer avec ce mot excessivement long !

Je connais un peu la question, rédigeant en ce moment un gros livre de psychologie. Il comporte en effet beaucoup de néologismes, sous forme de mots composés. Et j'appartiens aussi à l'association Érofa, étudiant ce qui peut être simplifié en français : https://erofa.free.fr/ - Pour commencer, il vaut mieux distinguer les locutions composées et les mots composés…


Les locutions composées sont des groupes de mots suivant la syntaxe, mais dont le sens global diffère plus ou moins des composantes. Si ces locutions composées n'ont pas d'homographes, inutile d'utiliser les traits d'union. On laissera alors les mots disjoints : "pomme de terre", "clef de voûte"… Avec des homographes, il faudra par contre utiliser les traits d'union : "pied-de-biche" (levier) sera ainsi distingué de "pied de biche". Le trait d'union peut aussi être employé avec des noms et adjectifs (ou assimilés) : "un compte-rendu rendu à temps", "des procès-verbaux verbeux", "un pot-pourri pourri"…


Les mots composés sont aussi des groupes de mots, mais ils ne suivent pas la syntaxe comme les locutions. Tous ces mots composés devraient alors s'écrire soudés ou avec des traits d'union. Signalons que ce n'est pas toujours le cas. On devrait ainsi écrire "tout-à-fait" comme "c'est-à-dire", "presque-totalité' comme "quasi-totalité", donc liés et non disjoints.

Avant d'aller plus loin, précisons la définition des mots composés. Les composantes de ces mots ne suivent donc pas la syntaxe, mais sont par ailleurs très diverses. Elles peuvent d'abord être autonomes, semi-autonomes, dépendantes :

A) Les composantes autonomes des mots composés peuvent exister indépendamment dans une phrase. Par exemple, "portefeuille" comporte les mots "porte" et "feuille".

B) Les composantes semi-autonomes ne peuvent se retrouver indépendamment dans une phrase. Mais elles possèdent un sens réduit ou spécialisé, le mot associé étant facilement identifiable. C'est par exemple le cas de "psycho" dans "psychothérapie". En effet "psycho" évoque immédiatement le mot complet "psychologie". Une psychothérapie est donc une thérapie psychologique !

C) Les composantes dépendantes, non seulement n'existent pas indépendamment, mais n'évoquent en fait rien de précis. Ce sont tous les préfixes généraux, non spécialisés comme pour la catégorie B. Dans "prévoir", vous pouvez ainsi reconnaitre le préfixe "pré". Ce préfixe ne peut bien sûr se trouver tout seul. Mais il s'applique aussi à tant de mots qu'il n'évoque rien en particulier, contrairement à "psycho". On peut inclure dans cette catégorie "contre " et "entre", bien qu'ils puissent exister en eux-mêmes : "entretemps", "contretemps"…


Maintenant, je passe à la question primordiale. Quand faut-il souder les mots composés ou utiliser les traits d'union ? Disons tout de suite que le principe général pour les mots composés devrait être les traits d'union. Ils évitent des mots trop longs, facilitent aussi souvent la reconnaissance du sens global par la détection des composantes. Trois critères doivent être pour moi considérés, par importance décroissante : prononciation, sens global, fréquence. Il est important de suivre cet ordre pour ne pas fausser le résultat final. Un choix effectué au cours d'une étape pourra être corrigé à l'étape ultérieure.

1) Prononciation – Quand deux voyelles différentes se trouvent à la jonction des composantes, il faut généralement mettre un trait d'union : « bio-industrie »… C'est aussi conseillé avec deux consonnes ou voyelles identiques : « extra-atmosphérique »… Idem avec des mots trop longs, comptant trois composantes au moins : « anti-sous-marin »… La soudure s'impose par contre avec "psychanalyse ", non « psych-analyse » ! Elle fonctionne généralement bien avec une consonne et une voyelle à la jonction, aussi des mots assez courts (deux composantes).

2) Sens global – Quand les composantes du mot composé ont un certain rapport avec le sens global, il faut en principe utiliser les traits d'union. Cela facilite la reconnaissance du sens global. On écrira donc "porte-monnaie" et "longue-vue", mais "portefeuille", "antisémitisme" et "psychologie". En effet, un portefeuille peut contenir autre chose que des feuilles. L'antisémitisme est en fait dirigé contre les Juifs, pas contre tous ceux parlant des langues sémites (arabe…). S'agissant de "psychologie", c'est un peu différent. La composante "logie" n'existe pas de manière autonome, "psycho" non plus d'ailleurs : cela fait quand même beaucoup !

3) Fréquence – Les mots rares doivent être en principe liés par trait d'union, cela pour faciliter la reconnaissance des composantes : "contre-révolution"… Ce n'est plus nécessaire pour les mots fréquents, se lisant d'une seule traite : "contretemps"… Voilà un critère simple, mais pas toujours facile à apprécier. Dans le doute, il faudra consulter un dictionnaire très courant, le Petit Larousse par exemple : un mot ne s'y trouvant pas sera considéré comme rare.


Le problème est maintenant de combiner ces critères. Expérience faite, voilà mes conclusions. Si à l'étape 1 (prononciation), il faut clairement souder un mot ou le lier par trait d'union, restez-en là ! Dans le doute, passez à l'étape 2 (sens global) : en cas de soudure, ne continuez pas ! Sinon, il faudra passer à l'étape 3 (fréquence). Seul piège ici : avec le trait d'union à l'étape 2 et la soudure à l'étape 3, je préconise au final la soudure. On n'écrira pas en effet "pré-voir", compte tenu de la fréquence de ce mot ! Si les étapes 1, 2 et 3 n'ont dégagé aucun résultat pour chacune, ce sera finalement un trait d'union par défaut.

Mais ce n'est pas tout. Il faut encore tenir compte des mots dérivé et apparentés. Si vous choisissez ainsi judicieusement d'écrire "psychologie", vous choisirez tout aussi logiquement la graphie "psychologique" : pas "psycho-logique", bien que cela pourrait se concevoir. Dans mon livre de psychologie en cours, j'ai écrit "hypno-thérapie" et "théâtro-thérapie" (néologismes) : donc "psycho-thérapie", bien que ce mot ne comporte pas habituellement de trait d'union.


Vous voyez un peu la complexité de ce problème des traits d'union ! Reprenons les trois catégories distinguées pour les mots composés : composantes autonomes (A), semi-autonomes (B) et dépendantes (C). La plupart des mots composés de la catégorie A s'écriront avec des traits d'union, une bonne partie de la catégorie B soudés, presque tous soudés dans la catégorie C (sauf mots rares).

Mais tout dépend aussi du type de document. Dans mon livre de psychologie assez technique, j'ai choisi d'écrire avec des traits d'union la plupart des mots de la catégorie B. Cela facilite l'élucidation de leur sens global, évite aussi des mots trop longs. Mais si vous êtes pressé, vous pouvez simplement consulter le Petit Larousse pour les mots composés répertoriés ; écrire par contre vos néologismes avec des traits d'union, sauf problèmes de prononciation. Je signale par ailleurs que les logiciels de correction orthographique fonctionnent assez mal pour les mots composés avec trait d'union.

J'ai essayé de baliser ici les problèmes principaux. Mais les traits d'union relèvent autant de l'art que de la technique, comme les virgules du reste. On peut établir quand il faut en mettre et ne pas en mettre. Mais entre les deux, il existe une très grande marge disponible pour l'interprétation personnelle…
Je viens juste de créer un sujet intitulé "Mots composés et traits d'union : propositions".

Tout le monde devrait être intéressé ici ! 😉
Je suis en faveur d'une contravention pour incohérence adressée à l'Académie française et aux autres gardiens de la langue française… 😀
Bonjour,

Je suis un peu en délicatesse avec les mots composés. Certains ne prennent pas de trait d'union (jeune fille, jeune homme, etc.) mais d'autres si (coffre-fort par exemple).

Comment savoir si le mot composé nécessite un trait d'union ?

Merci d'avance ! 🙂

Edit :
Pour des "ayants-droit", moi, on m'a toujours dit qu'ils prenaient la marque du pluriel.