Proust, Du côté de chez Swann - Les vertèbres sur le front de la Tante Léonie

Littérature

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Pour les métaphores acrobatiques, il y a par exemple celle qui clôt A l’ombre des jeunes filles en fleurs, où voyant un jour qui se lève dans une météo frisquette, Proust compare l’apparition du soleil au désemmaillotage d’une momie ! Ce qui semble aussi improbable que des vertèbres.

Comme chacun sait, le jour qui se lève dans le froid, c’est comme une momie dont on retire les bandelettes et qu’on démaillote !

Ils ont quand même donné le prix Goncourt à ce livre, mais pas sous couleurs Gallimard, Gide ayant jugé que c’était infra-littéraire. Gide a eu un prix Nobel, en revanche, pas Proust, ça fait partie du manque de sérieux et la pertinence ultradouteuse de cette distinction.

Merci fandixhuit pour la redirection, nous serons plus tranquilles ici.

Ce qui est amusant, c’est qu’à côté des grands écarts gymniques avec la logique ou la raison, Proust entretient un culte fétichiste à la factualité. Quand il faisait ses fameuses visites faubourg Saint-Germain, il commençait par une pause dans la cour intérieure, pour vérifier qu’on trouvait bien, sur un linteau, le visage de Gorgone ou de Sainte Vierge qu’il avait dit dans son livre, et après il incommodait son hôte en lui posant des questions sur la couleur du pourpoint de Monsieur Machin, ou sur l’expression exacte qu’avait utilisée Madame Truc. Et il n’était pas content s’il avait déclaré vert un gilet qui était gris. Il se le reprochait.

Il pouvait descendre aux cuisines, pour demander aux filles si une expression qu’il avait entendue en passant était exactement celle-là, ou si cela venait de ce que la cuisinière était picarde et que ce n’était qu’une manière picarde de dire, etc. Il était maniaque de l’exactitude.

Une des raisons sans doute pour quoi on ne l’a pas pris au sérieux : il n’entretenait personne de profondes conversations littéraires, il faisait braire tout le monde avec des petites questions à la con.

"Il était maniaque de l’exactitude".

Monomaniaque, dirait-on aujourd’hui sans doute. De toute manière, dès que l’on sort de la "zone de confort" (tiens, encore une expression à la mode) des autres ou du "socialement correct", on est considéré comme étrange. Dieu merci, il existe encore des endroits (ce forum par exemple) où nous pouvons laisser libre cours à nos manies diverses.

https://www.babelio.com/livres/Enthoven-Dictionnaire-amoureux-de-Marcel-Proust/519917

Je ne l’ai pas lu.